‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 226 sur 407 · Les Huit Papes, avec les fiqures allégoriques · texte numérisé non relu

Les Huit Papes, avec les fiqures allégoriques

A côté de chaque peinture murale se trouve représenté un pape assis dans une niche, entouré de deux figures allégoriques représentant ses vertus. Mais, comme il se trouve deux fenêtres auprès de la fresque de la Donation de la ville de Rome, et que l’espace qui reste libre dans l’encoignure est très-étroit, il n’y avait pas la place pour une niche : on n’y a donc mis qu’une seule figure allégorique à côté du pape. Derrière ce dernier, comme nous l'avons dit, sont des pilastres sur lesquels il y a de petites figures tenant l'emblème et la devise de Léon X : ce sont des jeunes garcons et des jeunes filles à peine vêtus et deux bermaphrodites. À côté du Baptême de Constantin on reconnaît Apollon et Diane debout sur les pilastres, mais, au lieu du joug, ils tiennent des boules de verre, avec cette légende : Candor illæsus, qui, selon Paolo Giovio (Dialogo delle Imprese , p. 51), fut adoptée par Clément VII lorsqu'il était encore cardinal, sous le pape Adrien VI.

a.) L’Apôtre saint Pierre. Il est majestueusement assis in pontificalibus et tient les deux clefs dans sa main gauche. Deux petits anges relèvent les rideaux d’un baldaquin. A droite est assise la figure allégorique de l’Église montrant un petit temple qu’elle tient sur ses genoux, comme si elle prononcait ces paroles de Jésus-Christ dans l'Évangile : « Tu es Pierre, sur cette pierre je veux bâtir mon église. » En face est assise la figure allégorique de lEternité, tenant un livre, un encrier et une plume; ayant le Phénix à ses côtés, elle indique que l'Église, confiée à l’Apôtre, doit avoir une durée éternelle.

b.) Le Pape Clément Ier. Ce pape vécut sous Domitien, Nerva et Trajan. 1l élève la main droite et tient un livre dans la main gauche; il y a aussi deux petits anges relevant les rideaux d’un baldaquin. A gauche est assise la figure de la Modération, tenant une bride dans chaque main. A droite, la figure de la Bonté (Comitas), ayant un agneau à ses pieds. Ces vertus caractérisent les qualités de l’évêque romain telles qu'Eusébe les a célébrées.

La Bonté est une des figures allégoriques qui a été exécutée à l'huile par Jules Romain ou Francesco Penni d’après le carton de Raphaël.

Gravé par Robert Strange, 176%. In-fol.

c.) Alexandre Ier, L'inscription indique, il est vrai, cette figure comme étant celle du pape Sylvestre. Mais Montagnani a démontré, par des raisons concluantes qui trouvent surtout leur appui dans l’ordre chronolo-

ll, 20

gique des pontifes romains, qu'il y a eu erreur dans le placement des - inscriptions, ce qui nous paraît d'autant plus probable, que le pape Sylvestre, qui figure déjà dans les deux peintures principales, serait ainsi représenté deux fois. L’évêque romain Alexandre vivait du temps de l’empereur Adrien et mourut martyr. Il est représenté ici tenant un livre et regardant avec enthousiasme vers le ciel; deux anges se tiennent auprès de lui. A ses côtés sont assises les figures allégoriques de la Foi et de la Religion, la première ayant un calice, et la dernière deux tables dont l’une porte cette inscription : Liber generationis Jesu Christi filii David.

d.) Urbain Ie. Il vivait au troisième siècle, sous l’empereur Alexandre- Sévère. Cette figure, d’un caractère rempli de dignité et peinte avec une énergie particulière, est incontestablement de Jules Romain. Deux anges relèvent de chaque côté son manteau pontifical. La figure allégorique de : la Justice est assise à sa gauche, et, en face de lui, celle de la Charité. La première de ces figures a été peinte à l’huile par Giovanni Francesco Penni; elle tient une balance dans la main gauche et pose sa main droite sur une autruche. L’autruche n’est pas ordinairement l’attribut de la Justice !; Raphaël l'avait peut-être empruntée d’une médaille antique qui porte la tête de Tibère, ou bien d’une médaille représentant une figure allégorique de la Justice qui, selon la donnée de Valeriano Bolsani (J. Pierii Valeriani Hieroglyphica, Lugduni, 1602, lib. XXV, cap. un), montre plusieurs plumes d’autruche avec le mot JVSTITIA. Horus Apollo nous fournit à cet égard, dans ses Hiéroglyphes des Égyptiens, les explications suivantes : «Les plumes d’autruche"désignent un homme qui rend une justice égale pour tous, de même que les ailes de lautruche sont semblables et non variées comme %elles des autres oiseaux. » Voyez liv. 11, p. 110. — Quant à la figure allégorique de la Charité, elle est assise, tenant deux enfants sur ses genoux, avec un troisième enfant debout, à sa droite, qui lève ses regards vers elle.

La tête du pape Urbain I‘, gravée par Ferd. Ruschweyh, Romæ. Petit in-fol.

La Justice. Une légère esquisse pour cette figure se trouve chez M. de Savigry, conseiller d’État, à Berlin.

Gravé par Gio. Batt. Gintes, en contre-partie. Petit in-fol. — Robert Strange, 1765. Gr, in-fol. — La tête seule, grandeur de l'original, par Paolo Fidanza, Gr. in-fol.

La Charité. Deux esquisses de G. F. Penni, pour cette figure, se trouvent dans les collections du Louvre et d'Oxford.

La première de ces esquisses a été gravée par le comte de Caylus, et la seconde lith. dans la Lawrence Gallery.

4. Le monument sépulcral du pape Adrien VI, dans l’église de Santa Maria dell’Anima, à Rome, contient également une statue allégorique de la Justice, avec le symbole de l’autruche,

Gravures à l’eau-forte d’après l'original, par le Maître au monogramme DBC. 1643. Voy. Brulliot, t. I, n° 816; cette estampe porte aussi le monogramme de l'éditeur : CPV. 1643. Voy. Brulliot, t. I, n° 1436. Format étroit. — En clair-obscur de 3 planches dans l'ouvrage de John Skippe, marqué J. S. sculp. 1783. — Landon, n° 149.

Une esquisse de la figure de femme avec le joug, qui se trouve dans la fresque au-dessus de la Charité, est conservée à l’Institut Staedel, à Francfort-sur-Mein. C’est un dessin à la pierre noire par Giov. Francesco Penni.

e.) Le Pape Damase Ier. La tête découverte et les mains jointes, il lève ses regards verse ciel. Un des anges qui sont derrière lui tient la tiare ; deux petits anges sont agenouillés à ses pieds. Damase Ier est le trentehuitième dans la suite chronologique des papes; il vivait vers le quatrième siècle. La Prudence, assise à sa gauche, vêtue comme Minerve, se regarde dans un miroir rond. À droite, la figure de la Paix, assise, tenant une branche d’olivier.

f.) Le Pape Léon Ier, surnommé le Grand. Il vivait vers la moitié du cinquième siècle, et il combattit, avec autant de force que de dignité apostolique, les doctrines des Nestoriens et des Manichéens. Il est représenté assis, entouré de trois anges dont l’un semble vouloir embrasser son pied. A gauche, est assise la figure de la Pureté, avec une colombe pour symbole. En face, la Vérité rejetant son voile.

9.) Le Pape Félix IL. Quoique le nom de Sylvestre soit inscrit au-dessous de ce pape, la figure allégorique de la Force qui l'accompagne semble pourtant indiquer un autre évêque de Rome. Nous admettons avec Montagnani qu’on avait voulu représenter ici Félix Il, dit Félix HE, car cet évêque résista avec force et persévérance à l’empereur Zeno, qui avait promulgué un édit dans la question des dogmes, et qui s’appuyait sur l'autorité ecclésiastique du patriarche de Constantinople. Le pape, entouré de quatre petits anges, tient la plume au-dessus d’un livre, en regardant dans un autre volume. La figure de la Force, qu’on voit auprès de lui, est cuirassée, ayant un lion à ses pieds. De l’autre côté du pape se trouve une fenêtre.

k.) Le Pape Grégoire VII. Quoique cette figure n’ait pas reçu d’inscription, nous voyons cependant, par la figure allégorique qui l'accompagne et qui tient le bras droit élevé avec le foudre dans la main, que c’est un pape de la plus haute énergie, qui défendit les droits de l’Église avec les foudres de l’excommunication; c’est pourquoi nous n’hésitons pas à reconnaître, dans cette figure, le pape Grégoire VII. Ce pape, entouré de quatre petits anges, écrit dans un livre. La figure, à droite, qui tient un foudre, a un livre dans la main gauche. Si nous devions lui appliquer un nom, nous l’appellerions la Force spirituelle. °

Gravures : Les 14 figures allégoriques placées à côté des papes. A l’eau-forte, par Remy Vuibert, 1635. 14 pl. in-8°. — De même, par Scalberg. — Au trait avec

de légères ombres, par Th. Piroli. 12 fig. pet. in-fol. — Avec des fonds d’architecture ou de paysâge, gravé par Joh. Volpato et C. Pestrini. 6 pl. continuées pour la Calcografia Camerale in Roma, par Lod. Ferretti et Filippo Cenci. Gr. infol. — Landon, n°° 448-450.

Sept des figures, debout sur des piédestaux, comme Apollon, Dianeetdesfigures de femmes, ont été publiées sous le titre suivant : Peintures inédiles des salles de Raphaël au Vatican, par J. de Meulemestre (chez Martin, à Paris). 7 pl. in-8. Cette première livraison a paru en 1830; nous ne savons pas si elle a eu une suite.

Deux des figures de femme, vêtues, vues de dos et de face, ont été lithographiées par C. von Mannlich. Gr. in-fol.

Page 1