‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 228 sur 407 · Le Couronnement de la Vierge · texte numérisé non relu

Le Couronnement de la Vierge

Sur bois. H. 9’ 40”; L. 7° 2”.

Dans la partie supérieure, la Vierge, en adoration, assise à côté du Christ sur des nuages, est couronnée par son divin Fils; au-dessus plane le Saint-Esprit. De chaque côté, il y a un ange qui jette des fleurs, et un autre petit ange en adoration. Dans le bas, qui estséparé de la partie supérieure par un épais nuage, les douze apôtres expriment de diverse facon leur étonnement en voyant que le tombeau de la Vierge est vide et seulement rempli de fleurs. Dans le fond, à travers la voûte sépulcrale, on voit une ville auprès d’un fleuve qui forme cascade.

Nous avons rapporté, dans l'Histoire de Raphaël, que le peintre d’'Urbin avait reçu, dès l’année 1505, un à-compte de trente ducats d’or des religieuses du couvent de Monte Luce, près Pérouse, pour peindre une Assomption de la Vierge, qui devait décorer le maître-autel de leur église ; nous avons dit aussi pourquoi cette commande ne reçut point son exécution !. Après onze années d'attente infructueuse, quoique les religieuses eussent souvent rappelé au peintre sa promesse, un nouveau contrat fut

4. On a supposé qu’un dessin représentant le Couronnement de læ Vierge, lequel passa du palais Borghèse dans les collections de Th. Lawrence, du roi de Hoilande et de Woodburn, était la première esquisse de ce tableau; mais ce dessin n’est pas de Raphaël ; c’est tout au plus

l’ouvrage d’un de ses élèves,

passé entre ces religieuses et Raphaël, par l'entremise d’Alfano Alfani, le 21 juin 4516, contrat en vertu duquel il devait livrer à leur église un tableau du Couronnement de la Vierge, le 15 août 1517, jour de l’Assomption ?.. Raphaël, afin de témoigner aux religieuses son bon vouloir et pour réparer aussi en quelque sorte sa négligence, déclara que, bien que la somme de cent vingt ducats d’or lui eût été promise pour l’exécution de cette peinture , il n’en voulait pourtant recevoir que cent. C’est à ce moment-là qu’il put faire des esquisses pour ce sujet, lesquelles nous ont été transmises par les gravures du Maître au Dé. Bartsch, t. XV, p. 188, n° 7 (Landon, n° 337), et p. 190, n° 10. Mais, cette fois encore, Raphaël fut empêché de tenir son engagement, par suite des travaux qui le surchargeaient et aussi à cause de son voyage à Florence, où l'avait mandé le pape Léon X, pour concourir au plan de la façade de l’église S. Lorenzo. Ces retards involontaires se prolongèrent tant, que, même à la mort du maître, le tableau était à peine dessiné sur le panneau. Ce fut seulement quatre années plus tard que les élèves et béritiers de Raphaël, Jules Romain et Francesco Penni, entreprirent d'achever ce tableau, de telle sorte que Jules Romain se chargea de peindre la partie supérieure représentant le Christ, la Vierge et les anges, tandis que Francesco Penni devait exécuter la partie inférieure où sont les apôtres. Enfin, selon les termes du contrat, maître Berto di Giovanni, à Pérouse, exécuta le gradin pour le tableau, qui fut enfin exposé sur l’autel de l’église du couvent de Monte Luce, le 21 juin 1525. Il y resta jusqu’en 1797, époque où on le transporta au musée Napoléon, à Paris. Après le traité de paix de 1815, il fut rendu aux États de l’Église; mais il ne retourna plus à sa place primitive, et 1l orne aujourd’hui le musée du Vatican.

Quant à l'exécution de ce tableau, nous renvoyons le lecteur à ce que nous en avons dit dans l'Histoire de Raphaël. Nous ajouterons seulement ici que, selon Vasari, dans sa Vie de Francesco Penni, un autre élève de Raphaël, Perino del Vaga, qui avait, peu de temps auparavant, épousé la sœur de Penni, prit aussi part à l'exécution de cette peinture. Le concours que Perino del Vaga apporta au travail de Jules Romain et de Penni ne paraît pourtant pas avoir été très-important, puisqu'on ne saurait découvrir dans le tableau ni les traces de son pinceau facile, ni le ton vif de son coloris. Il nous reste à dire, de plus, que la predella de ce tableau, peinte entièrement par Berto di Giovanni, se trouve encore dans la sacristie de l’église du couvent de Monte Luce. Elle est composée des quatre sujets suivants : la Naissance de la Vierge, son Entrée au temple, son Mariage et sa Mort. Le premier de ces tableaux porte la date de 1595. En général, ces petites peintures ont le caractère de l’école de Raphaël

1. Le contrat original se trouve à présent dans le Cabinet des Dessins, au Louvre.

pendant son séjour à Rome. Cependant les compositions offrent peu d’ensemble; elles ont peu de caractère et le ton en est lourd.

Gravures d'après le Couronnement de la Vierge.

Joannes Cappelli ex archetypo delin. Jacobus Bossi sculpsit Romæ, avec une dédicace à Carlo Baduel ; Perugia, 30 aprile 1791, gr. in-fol. — Dans le Manuel du Musée Napoléon, n° 39. — Le groupe des apôtres seulement, à l’eau-forte, par L. Guttenbrunn, 1792. Petit in-fol.

Documents concernant ce tableau.

Dans un manuscrit de la bibliothèque de la ville de Pérouse, intitulé : Iste est Liber reformationis, vel memorialis flentis monasterii S. M. Montis lucidi extra mœnia perusina , on lit, à la page 46, la notice suivante :

« À di 29 del mese de decembre 1505. Nel tempo de lo offitio della sopradetta Abatessa (Suor Chiara de Messer Francesco de’ Mansueti de. Procia) fu ordinato se dovesse fare una tavola o vero cona grande per lo Altare Magiore de la Chiesa de fuora come molte volte era stato ragionato depinta cum lAssumptione della Verg. Ma come se conviene in essa Chiesa : et perchè questo era el terzo anno et circa al fine del suo offitio non fu tempo da poterne fare allora. Ma fece trovare el Maestro el migliore si fosse consigliato da più cittadini : et anco dali nostri Venerandi Padri li quali havevano vedute le opere sue : lo quale si chiama Maestro Raphaello da Urbino, et con esso fu facto el pacto con lo contracto ricolte et testimonj al bancho de Cornelio de Randoli da Procia : et dal nostro Factore Ser Bernardino da Chanaglia li furono dati in mano per arra trenta ducati tutti de oro como Maestro Raphaello adomandè. Le ricolte furono lo predicto Cornelio de Randoli et Venciolo de Messer Sacramotre : e tucto questo ne appare el contracto per mano de Ser Giacopo Coppo Not. del Monast. Li detti trenta duchati furono dati al detto Fattore per mano de me Sora Baptista indegnamente Abbadessa che esso li desse al Maestro : furono de la lemosina de Sora Illuminata de Perinello che le haveva da spendere in cose de Chiesa. »

Dans les Opere del Consigliere Lodovico Bianconi (Milano, 1802, t. IV, p. 52), il est dit que, le 23 décembre 1505, Rafael de Bernardino Chanaglia recut de l’homme d’affaires (fattore) du couvent de Monte Luce la somme de trente ducats d’or. On trouve ensuite, à la page 57 du même recueil, l'acte suivant, relatif au tableau du Couronnement de la Vierge :

« AI nome di Dio XXI di Giugno MDXVI in Roma. Sia noto, et manifesto a qualunque leggerà la presente seripta come M. Raphaelo da Urbino pictore toglie a fare, e dipingere una Tavola ovvero Cona per le Monache del Monasterio di Monteluce extra muros Perusinos con li infrascripti pacti, et Capituli che qui di sotto se annotaranno, etc. In prima, che dicta Tavola sia dell altezza et grandezza che fu ragionata nel primo

disegno dato dal prefato M. Raphaelo con la Incoronazione de la gloriosissima Nostra Donna : con li Capitoli in modo, e forma che in esso primo disegno se dimostra ad uso de bono optimo et leale Maestro dipinta di fini-et boni colori secondo ad tale opera se conviene : Et che prefato M. Raphaelo sia obbligato fare dicta Tavola sive Cona, et depingere solum la Istoria supradicta in lo campo o vero vano de dicta tavola in Roma a sue spese de legname, colori et oro che ne intrasse : et omnia altra cosa, et spesa che andasse per fare depingere et finire de tucto punto dicta Tavola : Ma la Cassa, chiodi, corde et amagliatura, vectura et gabelle da essa per condurla da Roma a Perugia vadi a spese de esse Monache : Quale opera prefato M. Raphaelo promette dare finita per tempo de uno anno da hoggi videlicet ad saummum ad tal tempo che dicta Tavola sia conducta in Perugia adeo che il giorno della sagratissima festa della Assumptione che sarà adi 15 agosto del 4517 sia perfecta et messa in opera nello altare della Chiesa del dicto Monasterio de Monteluce. Ma la predella Cornicione frigio et come altro adornamento de dicta Tavola, et pictura de esse cose se debbia fare et dipingere in Perugia videlicet il legname imtaglio Magisterio colori oro, et omne altra cosa, che vi andasse a tutte spese de M. Berto de Giovanni pictore supradicto, et in questa opera Compagno electo da prefato M. Raphaelo, et accettato da prefate Monache, qual M. Berto habbi etiam a dipingere tutte le cose contenute in lo presente Capitulo videlicet predella cornicione etiam : Et sia obligato ultra li adornamenti depinger in la predella la Natività de prefata gloriosissima Nostra Donna, suo sposalitio et sua sanctissima morte ovvero transito. Le quali tucte cose videlicet ornamenti predella etiam prefato M. Berto sia obligato fare ad suo uso de bono et leale Maestro et per termine ut supra notato videlicet che se possa ponere in opera et sia perfecta per la Festa de Santa Maria d’Agosto 1517 ut supra : Per le quali opere et picture le prefate Monache siano obligate pagare et cum effecto numerare alli prefati M. Raphaelo et M. Berto ducati doicento d'oro in oro de Camera videlicet ducati cento venti simili a lo prefato M. Raphaelo per sua mercede et premio de la tavola come de sopra : De li quali ducati cento venti prefato M. Raphaelo ha havuti da prefate Monache ducati venti simili per arra et parte de pagamento. Et a prefato M. Berto ducati octanta simili videlicet per legname, intaglio, colori, oro, pictura et ornamento de dicta predella, pilastri, cornicioni, fregi et omne altra cosa, che andasse per ornamento de essa tavola de li quali ducati octanta prefato M. Berto ne ha avuti da prefate Monache ducäti dieci simili per arra et parte de pagamento. Et li pagamenti se debbian fare in quésto modo cioè ducati sexanta nel principio de lo lavoro computati pero li ducati trenta supradicti, che li prefati hanno havuti come de sopra : Et ducati septanta debbano havere facta la metà della opera, et aliri

septanta che sarà lo residuo de dicti ducati doicento, quando dicta opera sarà finita, etconducta al dicto Monasterio : cioè a ciascuno de loro la sua rata da per se de tempo in tempo come de sopra. Et se per caso nel condurre da Roma a Perugia dicta tavola per qualche sinistro evento havesse qualche lessione prefato M. Raphaelo sia tenuto acconciarlo.

« 10 Raphaelo son contento quanto de sopra è scripto et a fede ho fatto questa de mia mano in Roma die dicta et sono contento haver il mio pagamento videlicet ducati cento finita tutta la opera non obstante quanto nel penultimo Capitolo se contiene.

« Jo Alfano Alfani da Perugia come procuratore de le prefate Monache prometto se chserverà quanto de sopra se contiene, et in fede mi sono qui de propria mano subseripto Romae die dicta.

« Et io Piernicolo Alevolino da Rocchacontrata de voluntà delle soprascripte parte ho seripti li soprascripti Capituli di mia propria mano. »

Dans le registre cité plus haut, qui provient des archives du couvent de Monte Luce, on lit encore ce qui suit, à la page 67 :

« 1525. Item. Nel predicto millesimo lultimo anno dello oflitio della azienda sora Veronica fu portata la cona nostra da Roma essendo fornita de pingere , la quale per molti anni innanzi la buona mem. della Reverenda Anzienda sora Baptista aveva data commissione fosse facta e penta per lo altare della chiesa de fore come appare al presente. » -

D’après d’autres indications fournies par le même registre, la suora Battista mourut le 23 mars 1593, et le tableau d’autel arriva à Pérouse le 21 juin 1525.

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