DE LA MAISON ANCAJANI
Peint sur toile, à la colle, 7° 9° 6”” carrés.
La Vierge, adorant l'enfant Jésus, est agenouillée à gauche; saint Joseph, debout auprès d’elle, et un ange en adoration de chaque côté. L'enfant Jésus, couché sur un coussin bleu, porte un de ses doigts à sa bouche. Devant lui, est à genoux le plus âgé des rois Mages ; les deux autres, tenant leurs présents, sont debout derrière lui, avec cinq personnes de leur suite. Parmi ces derniers on remarque un jeune homme, vu de profil, d’une beauté toute raphaélesque. Dans le paysage du fond, sont trois soldats, et on voit descendre de la montagne le cortége des gens des rois Mages avec des chameaux et des chevaux. Dans le haut, sur un nuage, trois anges, debout, chantent le Gloria.
La large bordure jaune d’or pointillé du fond a des arabesques grises imitant le relief. Dans le milieu du haut, on voit, dans un cercle rayonnant, le monogramme du Christ IHS (Jesus hominum salvator ), et dans les quatre coins, quatre demi-figures, deux sibylles dans le haut et saint Benoît et sainte Scolastique dans le bas. Dans la bordure du bas, les armes de la famille Ancajani, avec la mitre d’évêque, entourées d’une ornementation en grisaille figurant un bas-relief, avec deux chevaux marins, sur lesquels sont assis des tritons et des Amours ; des satyres de mer et des nymphes égaient de leurs jeux ce cortége mythologique. L’ornement de chaque côté représente un riche candélabre.
Raphaël, selon une tradition locale, aurait peint ce tableau à la demande de l'abbé Ancajano Ancajani, qui était le supérieur du couvent de Ferentillo de 1478 à 1503. Le tableau est resté dans l’église S. Pietro de cette ville jusqu’en l’année 1700. Mais, comme il avait souffert de l'humidité et que les couleurs, surtout les bleues, commençaient à s'écailler, l'abbé Decio Ancajani fit doubler la vieille toile d’une toile neuve par fes soins de Domenico Michelini, et, d’après les conseils des peintres Masucci et Sebastiano Conca, il sollicita, auprès de la Sainte-Congrégation, à Rome, l'autorisation de faire placer le tableau dans la chapelle du palais Ancajani, à Spoleto, où il sérait mieux conservé, après en avoir fait exécuter une copie pour l'autel de l’église de Ferentillo, par Seb.
tion de 1855). Il fut acheté, en 1843, des héritiers du baron de Gérando, auquel il avait été offert, en 1811, par la villè de Pérouse, comme un témoignage de reconnaissance publique pendant l'occupation française. Malgré cette provenance authentique, les vrais connaisseurs ont toujours contesté l'attribution de ce tableau, qui est d'ailleurs à moitié repeint. On a même lieu de croire que la liste civile, en achetant ce prétendu Pérugin pour la modique somme de 25,000 francs, avait voulu seulement faire acte de munificence à l’égard de la famille du baron de Gérando. Ne serait-il pas singulier, en effet, que le Pérugin eût fait lui-même une copie d’un tableau de son élève ? (Note de l'éditeur.)
Conca. Cette autorisation lui fut accordée le 48 septembre 1733, sous la signature du cardinal Francesco Barberini. En 1825, la famille Ancajani fit transporter le tableau à Rome, où il fut exposé pendant quelques années au fort Saint-Ange, puis ensuite au palais Torlonia. Il a été acquis, en 1833, au prix de 6000 scudi, pour le musée de Berlin.
Quoique, dans cet intéressant tableau, il y ait encore plusieurs parties très-bien conservées, comme les têtes et les mains, cependant les couleurs, en s’écaillant, ont disparu par places et dans les draperies surtout; c'est ce qui a empêché de l’exposer publiquement au musée de Berlin.
Cette détérioration, très-regrettable sans doute, a cependant l’avantage de nous apprendre comment le maître procédait pour exécuter ses tableaux. Ainsi, dans les endroits où la toile est entièrement à nu, on voit qu’il a tracé le dessin à l’encre, soit avec une plume, soit avec le pinceau.
Ce tableau est déjà mentionné comme un ouvrage de Raphaël dans le Guido d'Italia, imprimé à Rome en 1775, et beaucoup de connaisseurs ont depuis confirmé cette attribution; cependant nous ne devons point oublier de dire que, dans le certificat, cité plus haut, relatif à la conservation du tableau, le maître ne se trouve point nommé et que -des personnes très-éclairées, à Rome, soutiennent que non-seulement une ancienne tradition le donne au Spagna, mais encore qu’elles y reconnaissent son style son faire.
Nous nous rangeons également à cette dernière opinion et cela d’autant mieux que, dans la frise en grisaille dans le bas du tableau , nous n'avons pas constaté que les têtes des chevaux eussent cette conformation particulière qui distingue ceux de Raphaël depuis sa première époque jusqu’à sa dernière. Pourtant, dans l’état actuel de cette peinture, et en considérant que le Spagna est de tous les élèves du Perugin celui qui a imité Raphaël avec le plus de succès, il serait difficile de donner, au sujet de son auteur, un avis tout à fait décisif.
Gravé par Édouard Eichens. 1836. Gr. in-fol.
D’après une indication que nous trouvons dans le « Saggio intorno le pitture di F. Filippo Lippi e di Giovanni Ispanoz, » par le duc Pompeo Benedetti de’ Conti di Montevecchio, le peintre Jacopo da Norcia aurait
fait un bonne copie de ce tableau. Voy. Pungileoni, Elogio stor. di Raffaello Santi, p. 18.