Madone de la famille Ansidei
Sur bois; figures entières, un peu moins grandes que nature.
La Vierge est assise sur un trône élevé, avec des degrés en forme de caissons. Elle tient l'enfant Jésus sur son genou droit, tandis que sur le genou gauche elle ouvre un petit livre dans lequel ils lisent ensemble l’un et l’autre. A gauche, saint Jean-Baptiste debout, les regards levés, montre le Sauveur de la main droite, et de l’autre il porte une croix de cristal en guise de bâton. Le saint évêque Nicolas de Bari est placé de l’autre côté, tenant sa crosse et un livre, dans lequel il lit. La frise, sous le dais, offre cette inscription : SALVE. MATER. CHRISTI. Sur la bordure, au bas du vêtement de la Vierge, est la date MDV. A travers l’arcade ouverte, derrière le trône de la Vierge, on voit un paysage et une ville.
Raphaël peignit ce tableau d’autel pour la chapelle de saint Nicolas de Bari, dans l’église S. Fiorenzo, à Pérouse; chapelle qui appartient à la famille Ansidei, et pour la décoration de laquelle Filippo di Simone Ansidei, mort en 1490, laissa un legs considérable. Par l'entremise de Galvino Hamilton, ce beau tableau fut acheté, en 1764, par lord Robert Spencer, pour une somme considérable, et en échange d’une copie faite par Nicolas Monti, laquelle est encore dans l'église. Le noble lord donna plus tard ce tableau à son frère le duc de Marlborough: il est encore auiourd'hui conservé à Blenheim Palace.
Le faire de cette peinture accuse encore l’école du Pérugin, mais le dessin des parties nues est plus ample et plus nature, les têtes ont un caractère plus profond et plus sérieux, surtout celle de l’évêque. La tête de l'Enfant est d’une grâce et d’un charme tout particuliers. La couleur de tout ce tableau est claire et lumineuse. Les draperies aussi sont plus librement traitées que dans l’école du Pérugin, seulement celle de la Vierge est mesquine de plis et quelque peu soufflée, comme celle du Christ dans le Couronnement de la Vierge, de S. Francesco. Mais ce tableau ne porte pas, comme celui du couvent de Saint-Antoine, les différents caractères d’un talent qui cherche et qui se développe : au contraire, il est fait d’un seul jet et d’une seule inspiration. Son état de conservation est parfait. On avait commencé à le nettoyer dans le bas, sous la figure de saint Jean, mais fort heureusement on en est resté là.
Ludwig Gruner, auquel nous devons la reproduction de cette peinture, pl. XI de notre édition allemande, en a gravé en 1856 une estampe plus srande et terminée.
Le tableau avait autrefois un gradin avec trois petits sujets, tirés de la vie de saint Jean-Baptiste, mais ils ont été fortement détériorés ; deux de ces peintures restèrent en Italie, et la moins endommagée des trois fut seule transportée en Angleterre ; elle représente la Prédication de saint Jean. Le saint, debout sur un tertre, est entouré de trois groupes d’audi-
teurs. Dans le groupe le plus rapproché de lui on remarque deux jeunes gens, d’une grande beauté raphaëlesque, qui semblent très-émus des paroles du Précurseur, tandis qu’à leurs pieds deux enfants continuent innocemment leurs jeux. Au milieu du paysage, on voit venir deux cavaliers.
Les draperies de ce petit tableau sont encore plus largement traitées que celles du tableau principal et elles rappellent souvent la manière de Masacci@ Seule la draperie rouge de saint Jean est encore mesquinement brisée, et, de plus, elle est fortement glacée. Du reste, la couleur générale a un ton vigoureux et lumineux à la fois, et tout le tableau est très-délicatement traité.
C’est chez le marquis de Lansdowne, à sa résidence de Bowood, près Devizes, que nous avons vu ce petit tableau.
Gravé par Ant. Capellan, de la grandeur de loriginal, in-fol. en larg., avec l'inscription suivante : Nobilissimo viro Roberto Spencer insigni hujus tabulæ possessori. C. Morison. L. D.