Plan pour l'Église Saint-Pierre
On a vu, par le bref que nous avons publié dans lHistoire de Raphaël , que ce grand peintre fut nommé architecte de Saint-Pierre, le 4er août 1514, après avoir présenté un modèle en bois de l'édifice qu’il devait exécuter, avec un aperçu des dépenses approximatives. Il avait déjà été choisi, à la mort du Bramante, pour diriger les travaux de cette église, et il reçut aussi à ce titre le traitement d'architecte, à partir du 1° avril 4514. Ces faits
ressortent aussi des extraits que le pape Alexandre VII fit faire d’après les registres de l’agence des travaux de construction et qui se trouvent réunis dans un manuscrit coté H. H. 22, de la bibliothèque Chigi.
Voici ces comptes tels qu'ils ont été publiés par Carlo Fea (Notizie, etc., p. 9) et par Pungileoni (p. 163) : :
« Maestro Rafael d’Urbino deve havere ducati 1500 per sua provisione d'anni cinque , cominciati a di 4 aprile 1514, et finiti a di 1 aprile 4519, a ducati 300 l’anno, come appare nel conto di M. Simone Ricasoli — D. 1500.
« … Deve havere ducati 300 d’oro per sua provisione d’un anno a ragione di ducati 300 l’anno finito primo aprile 1520 — D. 300. »
En regard de cet article, on lit :
« 1519 a maestro Rafael da Urbino architteto deve dare duc. 1500, pagatili da Simone de’ Ricasoli e Bernardo Bini da Fior. depositar)j per sua provisione d’anni cinque cominciali a di primo aprile 1514. — D. 1500.
«À di 410 maggio 1520 à M. Rafael duc. 300 per sua provisione di un anno finito primo aprile 4320 pagatili da M. Simone Ricasoli — Sc. 300. »
Malheureusement on ne possède aujourd’hui ni le modèle en bois que Raphaël avait fait exécuter d’après son plan, n1 ses esquisses, ni aucune gravure faite d’après ses dessins. Le plan seul nous a été conservé par Serlio, qui l'indique dans le troisième livre de son ouvrage ! : « Le Bramante commença d’abord les magnifiques travaux de Saint-Pierre; mais, interrompu par la mort, il les laissa inachevés, et le plan de l'édifice n’était pas même complet dans toutes ses parties. C’est pourquoi plusieurs hommes de mérite S’efforcèrent de terminer l’œuvre du Bramante, entre autres aussi Raphaël d’Urbin, peintre, qui était en même temps très-habile en architecture. Ce fut donc, en suivant les données du Bramante, qu’il exécuta le dessin ci-joint. » Ce dessin est le plan que Bonanni? à publié aussi, pl. 40, mais en l’attribuant par erreur au Bramante.
Il existe encore un autre plan de Saint-Pierre, attribué à Raphaël, dans le cahier des Dessins d’architecture de Giuliano da San Gallo, à la bibliothèque Barberini à Rome; ce plan, qui ne diffère guère d’ailleurs de celui que nous avons décrit en détail dans l'Histoire de Raphaël, accuse tellement les qualités originales de son génie architectonique , qu’on peut le considérer comme une première esquisse. Il forme une croix latine toute semblable à celle du plan publié par Serlio, avec une large nef au milieu et trois autres nefs ou galeries latérales, plus étroites de chaque côté; chacune d’elles ayant une porte qui s'ouvre sur le mur, à plein vestibule. Un
1. Tulte l’opere d’Architeltura di Sebasliano Serlio, raccolle dal Scamozzi (Venezia, 1854, cart. LXV ; ou, dans une édition antérieure , de 1545, cart. XXXVII).
2. Numismala summorum pontificum lempli Valicani fabricam indicantia, ete., a parté Philippo Bonanni (Romæ, 16906).
cintre entoure le chœur et forme une galerie fermée autour de l'enceinte extérieure, tandis que les cintres des transepts ont presque la même ordonnance que dans le plan de Serlio. Le plan à Ja bibliothèque Barberini présente aussi toujours quatre colonnes disposées carrément entre les quatre pilastres. Le vestibule repose sur trente colonnes au lieu de trentesix qu’on voit dans le plan de Serlio ; car les dernières, de chaque côté, sont accouplées. Les piliers, le long de l’église, se trouvent renforcés par des pilastres également accouplés, avec des niches dans les entre-deux. En somme, ce plan est moins grandiose et plus tourmenté que celui qui était déjà connu. ;
On peut voir combien le plan de Raphaël diffère de celui du Bramante, par une médaille que Caradosso exécuta en 1506 ; elle porte d’un côté l’effigie du pape Jules IF, et sur le revers la vue de la façade de Saint-Pierre d’après le plan projeté, avec l'inscription : TEMPLI. PETRI. INSTAVRATIO. VATICANVS. M. Le plan de l’église semble former une croix grecque avec une grande coupole. La facade offre deux tours sur les côtés, ainsi qu’une espèce de vestibule avec une petite coupole. La même vue de la façade se retrouve encore sur une autre médaille frappée vraisemblablement lors de Pélection de Léon X, car elle porte son effigie sur l’avers, avec cette inscription : LEO. DECIMVS. PONT. MAX. — ROMA. Entre ces deux derniers mots, il y a un lion couché. Agostino Veneziano a gravé une estampe d’après cette médaille, en 1517, avec l'inscription : TEMPLI. PETRI. INSTAVRACIO. MCCCCCOVI. — VATICANVS. M. Voy. le Peintre-graveur de Bartsch, t. XIV, p. 383, n° 534.
Il résulte des documents que Carlo Fea et Pungileoni ont tirés de l’Extrait des livres des comptes de l'agence des travaux de Saint-Pierre, que Giuliano da San Gallo était déjà chargé de ces travaux depuis le 4° janvier 1514, et par conséquent du vivant de Rramante. Ainsi on lit dans cet extrait :
«Maestro Giuliano da San Gallo deve havere duc. 450 per la provisione di mesi 18 cominciati a di 1 gennaro 1514, e finiti a di 4 luglio 4545, a duc. 25 il mese; come appare dal conto di M. Simone Ricasoli e Bernardo Bini depositar] — Duc. 450. »
Dans l'année 1518, on trouve un autre payement de la même somme.
De ces mêmes actes, il ressort que fra Giocondo eut la direction des travaux depuis le 1er février 1514 jusqu’au 27 mars 1518.
«1514. 1 agosto. Frate Jocondo, architettore della fabrica di S. Pietro, ha avuto duc. 150 a buon conto del salario, che N, S. gli dona.
« Anno 1518, 27 marzo. Frate Jocondo, architettore, etc., deve havere duc. cinquecento d’oro per tanti si fa creditore a buon conto della provisione a ragione di ducati 300 l’anno a M. Simone Ricasoli e Bernardo Bini da Fior. depositarj : sono per la provisione di mesi venti da finire — Duc, 500. »
à ais
PART, TA TEE
À partir du 2 janvier 1517, Antonio da San Gallo, qui jusque-là n'était cité que comme charpentier (falegname), faisant les échafaudages, apparaît en qualité d'architecte en second, avec un traitement mensuel de 42 ducats et demi. Depuis le 4er mai 4518, ses honoraires furent élevés à 25 ducats par mois, jusqu’à sa mort, survenue à la fin de septembre 1546 :
«AÏla rev. Fabrica a di 24 settembre 1546 sc. 25 moneta pagati per mandato a maestro Antonio da S. Gallo per sua provisione di settembre.
« À di 13 ottobre 1546 sc. 203 bo. m. a gli heredi di maestro Antonio da San Gallo per resto di rubbia 159 di calce. »
Ces actes authentiques nous montrent quelle importante position Raphaël occupait en comparaison des autres architectes de Saint-Pierre, si bien qu’il nous semble superflu de discuter des opinions erronées qui tendraient à rabaisser cette position. Nous avons déjà vu dans l'Histoire de Raphaël qu’il fut empêché d’activer les travaux de construction, en ce qu'il perdit beaucoup de temps à renforcer les fondations des piliers de sa coupole et qu’ensuite il y eut une pénurie d'argent, occasionnée par les goûts dispendieux du pape et par les frais de la guerre qu’il faisait au duc d'Urbin.
Après la mort de Raphaël, ce fut Baldassare Peruzzi qui lui succéda, le 4er août 1520, en qualité d'architecte en chef; mais il ne reçut jusqu’à sa mort, arrivée en 4536, que la moitié du traitement qu'avait eu Raphaël, c’est-à-dire 150 ducats par an‘. On adopta aussi un nouveau plan bien plus restreint que le premier et formant une croix grecque avec une coupole. Seb. Serlio donne (cart. 65) la gravure de ce plan. Comme notre but n’est pas de’faire ici une histoire de l’église de Saint-Pierre, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur aux renseignements exacts qu'Ernest Platner a rassemblés sur ce sujet dans sa Description de la ville de Rome.
2. Plan pour la Chapelle Cligi, DANS L EGLISE S. MARIA DEL POPOLO, A, ROME.
Dans notre Histoire de Raphaël , nous avons énuméré les raisons qui nous font croire que l’illustre peintre avait déjà fait le plan de cette chapelle pour son riche protecteur Agostino Chigi, "sous le gouvernement de Jules II. Sa forme est un octogone à pans inégaux, au-dessus duquel s'élève une petite coupole éclairée par une lanterne. A chacun des quatre pans étroits de l’octogone est ménagée une niche entre deux colonnespilastres ; celles-ci s'élèvent jusque sous la corniche; leurs chapiteaux de marbre blanc sont ornés d’un aigle parmi des feuillages, avee une ordonnance et une exécution parfaites. Quoique ces chapiteaux soient imités de l'antique, 1ls trahissent pourtant le grand goût du grand maître et son individuelle originalité.