Fresque de la chapelle de la famille Tiranni, à Cagli
Cette chapelle, le second autel à gauche de l'église Saint-Jean des Dominicains, à Cagli, petite ville dans les Apennins, à vingt milles d’Urbin, forme un arc fortement avancé, porté par deux gracieuses colonnes. Selon Pungileoni, c’est un patricien, du nom de Pietro Tiranni, qui fit élever cette chapelle et qui en commanda les peintures. La peinture principale, qui se trouve sur le mur derrière l'autel, représente la Vierge assise sur un trôue en forme de niche, et tenant l’enfant Jésus debout devant elle, dans une attitude que le Pérugin lui a donnée plusieurs fois. La tête de la Vierge, cependant, a tout à fait le caractère particulier aux Madones de Giovanni. De chaque côté du trône est un ange; celui de gauche rappelle vivement les traits du jeune Raphaël et semble être son portrait à l’âge de neuf ans ; telle a été du moins une tradition constante, que nous avons adoptée nous-même en publiant une gravure d’après ce portrait.
1. Le premier exemple de cette attitude que nous puissions signaler avec une date certaine parmi les compositions du Pérugin se trouve dans le tableau d’autel de l’église S. Maria Nuova, à Fano, avec le millésime de 1497. Mais le petit tableau de Madone , à la galerie de Berlin, offre une composition semblable et paraît être d’une date antérieure.
Auprès de cet ange, on voit saint Francois d'Assise, tenant un crucifix, et l’apôtre saint Pierre, et de l’autre côté saint Dominique et saint Jean- Baptiste, qui a beaucoup de ressemblance avec la figure du même saint, dans le tableau d’autel de la famille Buffi à Urbin. Au-dessus d’un raur en marbre blanc, on aperçoit une montagne avec la Résurrection du Christ : six soldats qui gardent le sépulcre sont couchés endormis dans des positions très-variées et dans des raccourcis très-hardis. Giovanni se montre ici encore une fois l’imitateur et l’émule de son ami Melozzo da Forli, qu’il admirait surtout comme passé maître dans l’art des raccourcis. Dans le milieu de l’are, un médaillon contient un Père Éternel dont la ressemblance avec la tête du Christ est remarquable, et dans les voussures sont peints de petits anges, deux à deux, d’une grâce charmante. Enfin, dans les angles de la façade, l’Annonciation à la Vierge est représentée en demifigures dans des médaillons. Cette fresque est, sans contredit, l'œuvre la plus importante et la plus belle qui nous soit restée du maître, lequel était bien plus habile dans ce genre de peinture que dans la peinture à la détrempe : ici, son dessin est plus libre et plus ample; sa couleur est plus harmonieuse et surtout plus chaude dans les tons de chair. Les airs de têtes de la Vierge, de l'Enfant et des anges, y sont ravissants; leurs attitudes sont des plus gracieuses. En somme, c’est une œuvre satisfaisante dans toutes ses parties, et il est bien à regretter que l’on n'ait pas pris plus de précautions pour la conserver.