L'Homme de douleur, dans la même église, à Cagli
A côlé de la chapelle de la famille Tiranni, dans l’église des Dominicains à Cagli, se trouve la sépulture de Battista, épouse de Pietro Tiranni. Au-dessus du sarcophage, dans une espèce de niche, Giovanni Santi a peint une autre fresque représentant un Christ à mi-corps, debout dans son tombeau, ayant à gauche saint Jérôme et à sa droite saint Bonaventure qui tient un livre. Au bas, on lit inscription suivante : BAPTISTÆ CONIVGI PIENTISSIMÆ PETRVS CALLIENSIS SALVTEM DEPRECAT VR. ANNO MCCCCEXXXI. Cette fresque n’est pas aussi parfaite d’exéeution que celle de l’autel, cependant la tête du Christ est très-belle dans son expression de douleur.
Voici maintenant, sur diverses peintures de Giovanni Santi, qui ont disparu, quelques détails, avec des observations critiques sur d’autres peintures qui lui ont été faussement attribuées.
Tableau d'autel de S. Blasius et S. Vicentius, qui était autrefois dans la cathédrale d’Urbin.
On lit dans un manuscrit intitulé : Chorographia sive Theatrum metropoliticum Urbinatense, par Antonio Vannucci d’Urbin, écrit en 1709, lequel se trouve dans la bibliothèque Albani à Rome : « Metropolitana Ecclesia. tabulam (S. Blasii) præstans Joannis Saneti Urbinatis divini Raphaelis genitoris, manus jueundioribus architectonico ordine distributis ductisque lineis, ingenti studio et vigilantia suis pinnieulis coloribus conspersit et ipsam S. Blasii imaginem formavit, multaque laude e fama prepria ac patriæ gloria immortali pandidit et S. Basilicam exornavit inter nobiliores tabulas collocata. » — Dans un Catalogue de tableaux et autres objets remarquables qui se trouvaient à Urbin, catalogue dressé par Pavocat Francesco Maria de Praetis, on lit : « Quadri della navata a cornu Evangelii : IL S. Biagio ed il San Vincenzo è di Giovanni Santio, padre di raffaello. » Michele Dolci donne également les mêmes indications dans son ouvrage manuscrit, intitulé : Guida in Urbino, et Tomasso Marelli, dans un rapport daté de 1719, Le décrit de la sorte : « Tabella repræsentans sacrum Præsepe sanctosque martyres Blasium et Vicentium, in qua B. Virgo simul cum divino ejus puero coronis argenteis sunt redemiti, est Joannis Sancti, genitoris celebris Raphaelis. » Ascanio Maflei, dans sa Description de la cathédrale d'Urbin, rédigée en 1643, attribue pourtant ce tableau à Timoteo Viti; l'Anonyme de la famille Antaldi veut que ce soit un ouvrage de Galeazzo Sanzio, qui figure seulement dans une fausse généalogie de la famille Santi, laquelle se conserve au palais Albani à Rome. Lazzari donne ce tableau à un certain Antonio Sanzio, tout aussi problématique que Galeazzo Sanzio, mais il avoue pourtant que quelques personnes le croient de Giovanni Santi {.
Le manuscrit, ci-dessus cité, de Ant. Vannucei nous donne le renseignement suivant sur un autre tableau de Giovanni, qu’on voyait en 1709 à Urbin, dans l’église S. Domenico : « Ecclesia S. Dominici. Alia mensa S. Thomæ Aquinati ascripta et sancta ejus effigie in decenti tabula penicillis suaviter composita , illuminata ab eruditissima Joannis Santis Urbinatis manu accurate, lineisque architectonice ductis, non modica sui fama et patriæ gloria distributa, et in lucem aperta. Qui filium summum patriæ splendorem et divini nomine toto orbe prædicabilem habere picturæ renovatorem meruit. » Pungileoni, én parlant de ce tableau, s’étonnait de ce qu’on leût coupé en plusieurs petits morceaux pour les suspendre dans la sacristie, attendu, dit-il, qu’ils représentent plusieurs des fils du patriarche Gusimano. Nous n'avons cependant pu découvrir le plus petit morceau d'un tableau de Giovanni dans la sacristie de S. Domenico , pas plus que le moindre renseignement verbal à l'égard de ce tableau. Peut-
1. Voy. plus loin, p. 618, ce que nous avous dit d’un täbleau d’autel qui se trouve dans la maison Liera.
être l’indication erronée, qui nous a fait faire des recherches inutiles dans l’église de S. Domenico, a-t-elle rapport à un passage de Lazzari ainsi conçu : «Dans la sacristie de S. Domenico se trouvent plusieurs petits tableaux sur bois de Galeazzo Sanzio d’Urbin, qui furent enlevés d’un autel. » Galeazzo Sanzio ne figure, comme nous l'avons dit, que dans la fausse généalogie de la famille Santi, qui a été déjà mentionnée plus haut, mais nous devons laisser à Lazzari la responsabilité de ce renseignement et de tant d’autres non moins fautifs.
Il y avait certainement un tableau d’autel de Giovanni dans l’oratoire de la confrérie del Corpo di Cristo. L’archevêque Benedetto, dans la relation de la visite qu'il fit des églises d'Urbin en 1612, rapporte ce qui suit : « Habet imagines beatissimæ Virginis et S. Francisci, sancti Joannis Baptistæ et S. Joannis Evangelistæ cum multis imaginibus angelorum in tela depictis, quæ sunt excellentis artificis et ut fuit dictum depictæ a patre excellentis Raphaelis de Urbino, quæ imagines sunt inclusæ in quodam ornemento ligneo et inaurato, in cujus summitate sunt inscripta hæc verba : Angelorum Reginæ dicata. » En effet, dans la Descrizione della antica chiesa fatta d'ordine del Sig. D. Lattanzio Valentini Priore, e di tutta la sua suppellettile, pièce écrite en 1708 avant que cette église ne fût démolie, il est fait mention de notre tableau en ces termes : « Degli altari laterali due Icone in tela, alla destra, di mano del padre di Raffaelle, con Cristo e la B. Vergine, S.S. Giovanni Battista ed Evangelista, un coro d’angeli, e S. Antonio da Padova. » — L'auteur anonyme d’un Catalogue manuserit des peintures les plus distinguées qu’on voyait dans la ville d’Urbin, s'exprime de la sorte au sujet du même tableau : « Al secondo altare v’ à una tavola di Gioan-Sanzi; dentro v’ è un Cristo a sedere che tiene 11 mondo in mano e molti SS. et angeli intorno. »
Nous avons peu de renseignements sur les tableaux qui étaient autrefois à S. Francesco dans la chapelle de la’ famille Galli. Le livre de la sacristie marqué H nous fournit ce passage : « Altare de’ S.$. Galli. Il suo quadre è in tavola rappresentante la Vergine col Bambino, di sopra il Padre Eterno, da un lato S. Cristoforo e S. Caterina, dal} altro S. Giro- Jamo et altri. » — Dans un manuscrit de la bibliothèque Biancalana, que Pungileoni croit être du seizième siècle, on lit ce qui suit : « Il quadro della cappella de” Signori Galli in tavola à di mano di Vincenzi Sanzi, rappresentante la B. Vergine con S. Onofrio ed altri S.S.» Puis, dans un autre manuscrit de la même bibliothèque : «Nella cappella de’ Sig. Galli Rafaele quand” era puito vi disegnô molte cose. » Après avoir mis en présence tous ces documents si contradictoires et si douteux, ce qui nous paraît le plus vraisemblable, c'est que Giovanni Santi peignit la chapelle de la famille Galli, et que son jeune fils Raphaël l’aida dans ce travail.
Autel de Pier Antonio Paltroni. Dans le livre A de la sacristie de
DE GIOVANNI SANTI. 617 S, Francesco, on lit : « Altare S. Michaelis, etc. Imagines ligneæ... concessum familiæ de Paltronis. » — De même, dans le livre G, p. 11 : « Altare detto di S. Michele Archangelo con figure in tavola antiche. » — Dans le livre H de la même église : « Pittura in legno con la efligie della B. V. col Bambino, $. Gio. Battista, S. Francesco e altri santi, e di sotto pitture della Passione di N. S. Altare de’ Paltroni. » L'auteur de cette description a confondu, sans aucun doute, ce tableau d’autel avec celui de la famille Buffi, comme on peut en juger par cet extrait du manuserit à la bibliothèque Biancalana : & Il quadro della cappella de’ Sign. Paltroni è parimente in tavola rappresentante S. Michele Archangelo e sotto vi sono li misteri della Passione di N. S. Opera di Gio. Sanzi. »
Dans ce dernier écrit, un autre tableau, peint par Vincenzo Sanzio, se trouve encore indiqué comme étant à l’église des Franciscains : « Sopra la porta di detta chiesa vi è un Crocefisso di N. S. Opera da Vincenzo Sanzi. » — On ne saurait aujourd'hui fournir des renseignements plus précis à l'égard de ce tableau.
Tableaux des volets de l'ancien orgue de $S. Franscesco. Dans la Chorographia manuscrite d’Antonio Vannucci, déjà citée plus d’une fois, on trouve la note ci-jointe : « Duæ aliæ in eodem choro parique sublimitate ab earum antiquitate ad hæc usque tempora pendentes a Joanne Sanctio antedicto nobili certamine picturatæ tutabantur tahulæ S. S. Assisiatem Franciscum et Bonaventuram, Episc. Conf. et Ecclesiæ Doctorem fidelium venerationi templique apparatui exponentes : nuper inde amotæ commodiorique loco aptatæ, ut a mortalium oculis rectius frui valeant : exemplar referunt. » Dans un autre manuscrit de la biblothèque du palais Albani, qui porte pour titre : Abbozzamento della Città d'Urbino, on lit ce qui suit sur le même objet : «S. Francesco. Si vedono anche nel coro disposti a proporzione quattro quadri di Santi Francescani dipinti da Rafael d’Urbino mentr’ era ragazzo, e prima che arrivasse alla perfezione, che l'opere fatte da lui in Roma e fuori nelia gioventù dimostrano ; e detti quadri servivano di coperta all” organo antico di detta chiesa, onde più per il nome che ritengono di lui, che per la pittura sono tenuti cari. » Le passage suivant, extrait du manuscrit de la bibliothèque Biancalana, semble se rapporter aussi aux mêmes tableaux : «Nella cappella dell altar maggiore vi sono attaccati al muro in alto due quadri di Raffaello e due altri quadri di Giovanni Santio suo padre. » Comme le même auteur a précédemment attribué à Raphaël lui-même les peintures latérales de l'autel Buffi, représentant l’Ange et Tobie, ainsi qu'un Saint Roch, tandis que ces peintures sont évidemment de son père Giovanni, 1l témoigne par là qu’il n'est pas trop habile connaisseur ; car ces quatre tableaux ont bien pu être exécutés par Giovanni Santi.
Dans l’église Nunziata extra muros, près d'Urbin, on trouve un tableau
de Madone tellement noir et endommagé, qu’on peutà peine distinguer la tête de la Vierge et celle de l’Enfant. Elles sont fortement repeintes, mais, néanmoins, on peut y reconnaître la main de Giovanni. D’après une notice communiquée au P. Pungileoni par l’archidiacre Luca Allegrini, tirée de l'inventaire de l’église paroissiale de Cella di pietra, lequel fut dressé par l’archidiacre Joseph Iffinger, ce tableau se trouvait alors placé audessus du bassin du baptême : l’auteur de l'inventaire lattribue à un certain Antonio Sanzio, et dit que la fabrique le reçut en présent de l’archidiacre Palma. Antérieurement, il aurait été, dit-on, apporté en grand honneur, recouvert de velours vert, dans l’église des Dominicains.
On n’est pas encore d'accord sur la question de savoir si le tableau du Mariage mystique de sainte Catherine de Sienne, à l’église des Dominicains à Pesaro, peut être attribué à Giovanni Santi; dans le cas où cette attribution pourrait être prouvée, il faudrait regarder ce tableau comme une des premières créations de la jeunesse de l’auteur, car le style du maître y est encore moins caractérisé que dans son tableau de la Visitation à Fano; le jet de plis y est aussi plus maladroit, et l’on n’y trouve pas cette grâce et cette originalité qu’on remarque dans ses autres ouvrages. Mais, en revanche, les accessoires, tels que les plantes, les nuages frisés et les roches du paysage, ainsi que l’aspect total de la peinture, présentent une véritable analogie avec les ouvrages de Giovanni. Au côté du groupe principal on voit saint Jean-Baptiste, et saint Dominique à gauche; Vapôtre saint Jean et saint Thomas d’Aquin à droite. Les figures sont de demi-grandeur naturelle. Il y à peu d’années, ce tableau ayant été restitué à l’église par la famille Macchinelli qui le possédait, quelques counaisseurs l’attribuèrent alors, mais sans raison, à un certain peintre Giuliano Preciuto de Fano, quoique le faire de ce peintre du seizième siècle différât entièrement de là manière de Giovanni, et que le tableau fût d’une époque bien antérieure à celle ou vivait Giulino Preciuto, ce qui se trouve attesté par l'inscription d’un tableau représentant l’Incrédulité de saint Thomas, tableau qu’on voit encore dans l'église de cet apôtre, à Fano : IVLIAN. PSVTIS. FANI. ORIVNDVS. FACIEBAT. MDXLVI. C’est, au reste, un tableau de mince importance, mais curieux pourtant à certains égards, en raison de l’époque à laquelle il appartient et du style maniéré qui commençait à être en vogue.
On à souvent attribué, par erreur, à Giovanni, une Nativité qui est conservée dans la maison Liera à Urbin. Saint Joseph et saint Blaise sont d’un côté ; saint Vincent, martyr, et saint Pierre Damiano, de l’autre côté. Dans le haut plane le Saint-Esprit entouré d’anges et de chérubins. Le tableau, provenant de la cathédrale, pourrait être le même que celui qui est mentionné au commencement de ce Catalogue, et qui a été décrit successivement par Mich. Dolci, Tommaso Marëlli, Lazzari et autres,
comme étant dé Giovanni, et se trouvant alors à la cathédrale d’Urbin. Mais ilest peint à l’huile, dans la manière du seizième siècle ; la Vierge accroupie, qui soulève le voile de l'enfant Jésus endormi, est même empruntée à une composition de Raphaël, qui se trouve au musée du Louvre, connue sous les noms de : Sommeil de Jésus et de la Vierge au Diadème. Il ne faut donc pas s'arrêter à la supposition du P. Pungileoni, qui fait provenir ce tableau de l'abbaye de Pietra Pertusa, située au pied du Furlo, non sans douter toutefois de son authenticité.
Dans la maison du comte Materozzi Brancaleoni, à Cogli, un Saint Francois qui contemple un crucitix passe pour être une œuvre de Giovanni ; mais il est peint à l’huile ‘. Le P. Luigi Pungileoni rapporte qu’un autre tableau de Giovanni Santi se trouvait autrefois dans la petite église della Umiltà, et que ce tableau, après la suppression de cette église, entra dans la cabinet d’un amateur, mais qu'il en disparut lors de l'invasion des Français en Italie. Le savant écrivain semble regretter beaucoup la perte de ce tableau pour la ville d'Urbin, quoiqu'il ne leût jamais vu.
Un tableau que l’on crovait de Giovanni Santi, parce qu’il était signé de son nom, passa au musée de Berlin. Ce tableau représente une Madone sur un trône, l’enfant Jésus, le petit saint Jean et un autre enfant, entourés des deux apôtres, saint Jacques le Majeur et saint Jacques le Mineur. Le troisième enfant qui figure dans cette composition avait été considéré comme étant le petit Raphaël lui-même, ainsi que pouvait le faire présumer cette inscription : 10. /SANCTIS. VRBI. P.; mais l'inscription, reconnue fausse, fut enlevée du tableau : avec elle disparut la prétendue attribution du portrait. Aujourd’hui cette peinture est attribuée avec plus de raison à Timoteo Viti d'Urbin.
1. Nous ferons remarquer que bien des tableaux du quinzième siècle, peints originairement à l’œuf ou à la détrempe, ont été restaurés et vernis à l’huile, de telle sorte que le caractere primitif de la peinture n’est plus appréciable à l'examen. (Note de l'éditeur.)