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PAR LES CITOYENS GUYTON, VINCENT, TAUNAY ET BERTHOLLET

La peinture a un grand désavantage auprès de la postérité : les autres productions du génie peuvent traverser les siècles ; mais elle confie ses créations à une toile périssable. Le soleil, l'humidité, les exhalaisons auxquelles l'incurie les abandonne, et même une négligence inaperçue dans

ADDITIONS DE L'ÉDITEUR. 695 les premiers apprèts, menacent promptement des chefs-d’œuvre de disparaître pour toujours. Si une puissance protectrice ne s'était chargée de plusieurs monuments de l’ingénieuse Italie, le nom de Raphaël n’aurait bientôt été transmis, dans sa patrie même, que comme celui d’Apelles. Les arts doivent donc une grande reconnaissance au génie de la victoire qui a recueilli ces monuments épars et négligés, pour les réunir au centre de la République, les confier à une administration éclairée et vigilante, et les présenter, comme dans un vaste sanctuaire, à l'admiration de l’Europe et à l'étude de tous ceux qui aspirent aux palmes des arts.

Le mal avait fait de grands progrès dans plusieurs tableaux des plus précieux ; ladministration du Musée, qui regarde les fonctions dont elle est chargée comme une magistrature qu’elle exerce au nom des arts, a cherché à concilier, et la sollitude qui s’inquiète dès qu’on ose toucher aux productions des grands maîtres, et l’irrésistible conviction d’une dégradation rapide.

Le désir de réparer les outrages du temps a malheureusement aggravé le dépérissement de plusieurs tableaux par des repeints grossiers et de mauvais vernis dont on a recouvert plusieurs traits du premier pinceau. D'autres motifs encore ont conspiré contre la pureté des plus belles compositions : on a vu un prélat faire couvrir d’une chevelure discordante les charmes d’une Madeleine.

Cependant on est parvenu à des moyens efficaces de restauration : on transporte sur une toile nouvelle une peinture dont la toile se détruit, ou dont le bois est vermoulu ; on fait disparaître les touches profanes d’un pinceau étranger; on supplée avec scrupule aux traits effacés, et on rend la vie à un tableau qui finissait ou qui était défiguré. Cet art a surtout fait des progrès à Paris, et il en a fait de nouveaux sous la surveillance même de l’adminstration du Musée; mais ce n’est qu'avec un respect religieux qu’on peut se permettre une opération qui peut toujours faire craindre quelque altération dans le dessin et dans le coloris, surtout quand 1l s’agit d’un tableau de Raphaël.

Parmi les plus fameux tableaux de Raphaël était celui de Foligno, et il se trouvait dans le dernier état de dégradation; mais il fallait constater cet état, pour mettre l'administration du Musée en règle avec ses commettants, c’est-à-dire avec tous ceux qui aiment les arts : il fallait, de plus, constater la sûreté des procédés, pour pouvoir, sans donner d’alarmes, en faire l'application aux autres tableaux qui les réclament.

Sur la demande de l’administration du Musée, le ministre de l'intérieur invita l’Institut à nommer une commission pour suivre la restauration projetée ; la classe des Sciences physiques et mathématiques de l'Institut chargea les citoyens Guyton et Berthollet de cette commission, et la classe de Littérature et Beaux-Arts nomma les citoyens Vincent et Taunay.

La restauration peut être divisée en deux parties : l’une qui se compose des opérations mécaniques, dont le but est de détacher la peinture du fond où elle était fixée, pour la transporter sur un nouveau; l’autre qui consiste à nettoyer la surface de la peinture de tout ce qui peut la ternir, à rendre le véritable coloris au tableau, et à réparer les parties détruites, par des teintes habilement ménagtes et fondues avec les traits primitifs : de là, la division distincte des opérations mécaniques, et de celles de l’art de peindre, qui seront l'objet des deux parties de ce rapport. Les premières ont surtout fixé l'attention des commissaires de la classe des Sciences ; et les autres, qui exigeaient habitude de manier un savant pinceau, se sont trouvées départies aux commissaires de la classe des Beaux-Arts.

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