PREMIÈRE PARTIE
Quoique le travail mécanique se sous-divise en plusieurs opérations, il a été confié en entier au citoyen Hacquin, dont nous devons nous empresser de louer l'intelligence, l'adresse et l’habileté.
Nous avons d’abord constaté, en présence de l'administration, l’état caduc du tableau et la nécessité de le soumettre à la restauration ; nous avons ensuite été appelés à chaque époque où il fallait varier les manipulations : l’habile artiste chargé de cette partie de la restauration nous faisait connaître les détails du procédé qu’il allait exécuter, et nous rassurait sur chaque opération par les précautions dont il l’environnait. Nous joignons à ce rapport l'extrait des procès-verbaux des séances où nous nous sommes réunis; on ne fera qu’en indiquer ici le sommaire,
Le tableau représente la Vierge, l'enfant Jésus, saint Jean et plusieurs autres figures de différentes grandeurs. Il était peint sur un fond de bois blanc, de 0,032 d'épaisseur ; une fente s’étendait depuis le cintre jusqu’au pied gauche de lenfant Jésus ; elle avait 0",010 d’écartement à son extrémité supérieure, et diminuait progressivement jusqu’à la partie inférieure ; depuis cette fracture jusqu’au bord droit, la surface formait une courbe dont la plus grande flèche était de 0,067, et, de la fracture jusqu’à l’autre bord, une autre ligné de 0",054 de flèche. Le tableau s’écaillait dans plusieurs parties, et un grand nombre d’écailles s'étaient déjà détachées ; la peinture était, de plus, piquée de vers dans plusieurs endroits.
Il fallait d’abord rendre la surface plane ; pour y parvenir, on a collé une gaze sur la peinture, et on a retourné le tableau ; après cela, le citoyen Hacquin à pratiqué dans l’épaisseur du bois de petites tranchées à quelque distance les unes des autres, et prolongées depuis lextrémité supérieure du cintre jusqu’à l'endroit où le fond de bois présentait une surface plus droite; il a introduit dans ces tranchées des petits coins
ADDITIONS DE L'ÉDITEUR. 625 de bois ; il a couvert ensuite toute la surface avec des linges mouillés qu’il a eu soin de renouveler; l'action des coins qui se, gonflaient par l'humidité, contre le bois ramolli, a obligé celui-ci à reprendre sa première forme : les deux bords de la fente dont on a parlé se sont rapprochés ; l’artiste y a introduit de la colle forte, pour réunir les deux parties séparées ; il a fait appliquer des barres de chêne en travers, pour maintenir le tableau, pendant la dessiccation, dans la forme qu’il venait de prendre.
La dessiccation étant opérée lentement, l'artiste a ‘appliqué une seconde gaze sur la première, puis successivement, deux papiers gris spongieux.
Cette préparation, qu’on appelle cartonnage, étant sèche, il a renversé le tableau sur une table, sur laquelle il l’a assujetti avec soin ; il a ensuite procédé à la séparation du bois sur lequel était fixée la peinture.
La première opération a été exécutée au moyen de deux scies, dont l’une agissait perpendiculairement, et l’autre horizontalement; le travail des scies terminé, le fond de bois s’est trouvé réduit à 0,010 d’épaisseur ; l'artiste s’est servi alors d’un rabot d’une forme convexe sur la largeur ; il le faisait marcher obliquement sur le bois, afin de n’enlever que des copeaux très-courts, et d'éviter le fil du bois; il a réduit par ce moyen le bois à 0,002 d'épaisseur ; 1l à pris ensuite un rabot plat, à fer dentelé, dont l'effet est à peu près celui d’une räâpe qui réduit le bois en poussière ; il est parvenu par là à n’en laisser que l'épaisseur d’une feuille de papier.
Dans cet état, le bois a été successivement mouillé avec de l’eau pure par petits compartiments, ce qui le disposait à se détacher ; alors l’artiste le séparait avec la pointe arrondie d’une lame de couteau.
Le tableau, ainsi dépouillé de tout le bois, a présenté à l’œil tous les symptômes de sa dégradation. Il avait été restauré anciennement ; et, pour réappliquer les parties qui menaçaient de tomber, on avait introduit des huiles et des vernis ; mais ces ingrédients, passant par les intervalles que laissaient les parties de la peinture réduites en coquilles, s'étaient étendus dans l'impression à la colle sur laquelle reposait la peinture et avaient rendu la véritable restauration plus difficile, sans produire l'effet avantageux qu'on en avait attendu.
Le même procédé n'a pu servir à séparer les parties de l'impression qui avaient été ainsi durcies par les vernis, et celles où la colle était restée sans mélange : les premières ont dû être bumectées pendant quelque temps par petits compartiments; lorsqu'elles étaient assez ramollies, l'artiste les séparait avec sa lame de couteau; les autres ont été plus facilement séparées, en les humectant avec une flanelle, et en les frottant légèrement. Il n'a fallu rien moins que l'adresse et la patience du ci-