Portrait de Raphaël lui-même
Jusqu’aux genoux.
Tourné à gauche, vu de trois quarts, Raphaël est assis devant une table recouverte d’un tapis, sur laquelle il appuie son bras droit, en laissant pendre sa main, tandis que, de la main gauche, il tient son pourpoint garni de fourrures. Ses amples cheveux bruns, séparés sur le front, tombent en partie sur la poitrine et en partie sur le cou. Il est coiffé d’une barrette, posée en biais et un peu en arrière sur la tête. Pour fond, le mur
d’une chambre avec une fenêtre qui s'ouvre sur un paysage où sont plusieurs édifices, dont l’un ressemble au tombeau de Cecilia Metella, près de Rome.
Raphaël paraît être, dans ce portrait, âgé d'environ vingt-cinq ans; ila le nez long et fin, la bouche caractérisée et le menton assez développé. Son front large et découvert æst accompagné de sourcils doucement arqués. Son regard, doux et pénétrant à la fois, est dirigé vers le spectateur. Le beau contour de sa joue gauche accuse pourtant cette maigreur particulière qu’une âme ardente entretient souvent dans une nature pleine de force et de jeunesse.
Nous avons déjà exprimé la conjecture que ce portrait pourrait bien être celui que Raphaël promettait à Francesco Francia, dans la lettre qu’il lui adressa le 5 septembre 1508. Les auteurs anciens ne donnent aucun renseignement positif à ce sujet; mais Scanelli (Wicrocosmo della pittura, etc. Cesena, 1657, p. 169) mentioune un très-beau portrait de Raphaël, peint par lui-même, qui était alors dans la galerie de Modène, portrait de grandeur naturelle, vu presque de face et regardant le spectateur. Ce portrait, d’une authenticité incontestable, qui pourrait bien être celui que nous décrivons, est encore indiqué dans le manuscrit de la bibliothèque ducale, intitulé : Descritione delle pitture esistenti nella ducal Galleria di Modena l’anno 1744. Cette indication est ainsi conçue : « Ritratto di Raffaello di Urbino, dipinto da se medesimo. » Mais une autre main a mis en note : « Si è perduto. » (Voy. Pungileoni, p. 283.)
D’après une tradition dont il ne nous a pas été possible de découvrir la source, Antoine van Dyck aurait possédé un portrait de Raphaël conforme à la description précédente et que Paul Pontius à gravé du côté opposé.
Deux répétitions de ce portrait sont aujourd’hui connues, mais nous n’en avons vu aucune. D’après un renseignement que nous trouvons dans la Real Galleria di Firenze, t. 1, p.5, et dans Longhena, p. 653, un de ces tableaux serait en la possession du prince Adam Czartorysky, qui l’acheta en 1807 à Venise. Il existe une gravure au trait d’après ce tableau, par Felice Zeliani, avec une inscription indiquant que la peinture se trouvait chez le sig. Niccola Antonioli, à Venise. M. Waagen, qui avait vu ce portrait chez le prince, à Paris, affirme que c’est l'original, et que cet original est de la plus grande beauté.
L'autre portrait, qui a été vu, il y a quelques années, en Angleterre et dans les Pays-Bas, appartient à M. Regbellini de Schio ; il fut gravé par Devlamynck, avec une légende indiquant qu’il était autrefois dans la col-
. lection ducale de Mantoue, où il avait été porté par Jules Romain. Les connaisseurs doutent de l'originalité de ce dernier portrait, mais
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ils attribuent à un élève de Raphaël. Cette peinture doit avoir beaucoup souffert. Probablement c’est la même qui provenait de la succession de M. Jac. Philippe Rottier, à Gand, et qui fut mise en vente au prix de 60,000 fr., sans trouver d’acquéreur. M. van Hansselaer en a, dit-on, offert 10,000 fr.
L'académie Carrara, à Bergame, possède une copie du portrait de Raphaël, copie qui n’est pas même du temps. Nous en avons vu une autre qui faisait partie de la collection Barbini à Venise, actuellement à Stuttgard ; dans cette copie, le revers du vêtement est de brocard d’or, et la pelisse, de couleur claire, est tachetée.
GRAVURES : Paulus Pontius fecit et excudit. Avec ce titre : RAPHAEL DE URBIN.
Urbinum urbs aluit pinxit sua dextera, némpe Qui melius quiret pingere, nullus erat.
Sic ipsum præter bene quis pinxisset Apellem ! Eximia eximios pingier arte dicet.
Tourné à droite. Petit in-folio. — Ant. Gramignani, dans un ovale, in-12. — À Paris, chez Odieuvre, tourné à gauche, in-8°. — Chez B. Moncornet, tourné à gauche, in-8. — G. W. Knorr, le buste seulement, tourné à gauche, in-12. — P. Pejroleri, seulement le buste du peintre tenant une tablette, in-8°.— Souvent pour feuille de titre, en buste, comme pour les sept Cartons de Th. Bowles et S. Gribelin ; — pour : Vie et OEuvres de Raphaël, de Landon. — Au trait, gravé par Felice Zeliani (Venezia, presso il sig. Niccola Antonioli). — D’après le tableau des Pays-Bas, par P. Devlamynck, tourné à gauche, avec cette note : « Ce ta- « bleau provient de la fameuse collection du duc de Mantoue, qui le tenait de Jules « Romain, Il appartient maintenant à M. Reghellini de Schio. Dédié à M. le che- « valier Odevaere, etc. » Grand in-folio.