La Vierge au Diadème
Sur bois. H., 25; 1, 48%
La Vierge, la tête ornée d’un diadème bleu, est accroupie devant l’enfant Jésus couché et endormi sur une draperie à terre ; elle lève le voile qui le recouvre pour le montrer au petit saint Jean ‘agenouillé auprès d’elle. Celui-ci tient sa petite croix de roseau entre ses bras. On voit une ville dans le lointain et l’on reconnaît, au plan du milieu, dans une ruine animée par quelques petites figures, celle qui subsiste encore à Rome dans la vigne Sacchetti, près de la basilique de Saint-Pierre.
Ce ravissant tableau est souvent désigné sous le nom de la Vierge au Linge ou au Voile, et encore sous les noms de Sommeil de Jésus et de Silence de la sainte Vierge.
Comme chaque tableau de Raphaël a son histoire plus ou moins remarquable, on raconte de celui-ci que, partagé en deux morceaux, il servait de couvercle de tonneaux dans une cave de Pescia, lorsqu'il fut acheté par un amateur. Cet amateur, dit-on, aurait fait rejoindre les deux morceaux par un artiste tellement habile, qu'à l'heure qu’il est on serait en peine de découvrir la moindre trace des anciennes restaurations de ce chefd'œuvre.
Nous sommes plus certains que ce tableau était autrefois dans le cabinet si célèbre de M. de Chateauneuf, à Paris, et qu’il passa, par héritage, en la possession du marquis de la Vrillière , secrétaire d’État. Il passa ensuite dans la collection du prince de Carignan, après la mort duquel on dit qu’il fut acheté, vers 1743, pour le roi Louis XV‘. Cependant il n’est pas cité
1. Nous devons rectifier tout ce qu’il y a de vague et d’incomplet dans ce paragraphe, en citant textuellement lasnotice de M, Villot dans son Catalogue du musée, qui est toujours un
danis le Voyage pittoresque de Paris, etc. Par M. D. (Dezallier-d’Argenville.) Paris, 1757, in-12. C’est actuellement un des joyaux du Louvre, où mous nous rappelons Py avoir vu dans le plus parfait état. Mais, depuis, il a été un peu trop nettoyé, et à ce point que les ombres des Chaïrs ont pris un aspect gris. Nous regrettons que quelques retouches aiemt complété cette fâcheuse restauration.
Gmavures : François de Poilly, in-folio. Premières épreuves, d'artistes, les piedis de la Vierge non terminés, et sans les armes; puis, avec les armes de la famille de la Vrillière et une couronne. Deuxièmes épreuves, avec des armes à trois fleurs de lis, sans couronne. Troisièmes épreuves, sans armes. Retouché par Charles Simonneau, pour le Cabinet-Crozat. — Jac. Frey, 1705. in-folio. avec: l'indication que: le tableau se trouve chez le marquis de la Vrillière. — Du los, in-12, avec le titre : Le saint Sommeil de Jésus-Christ. — À Paris, chez Diacire, in 12, cintré. — A Paris, chez Chiquet, avec deux vers : Soit que nous veillons, etc. — Franc. Borsi fecit, 1774, du côté opposé. — J. Bruynel exc. Antwerpiæ, du côté opposé. Faible copie, d'après de Poiïlly, in-folio. — À. Boucher Desnoyers sculp., avec ce titre : La Vierge au Linge, grand in-folio. — J.-B. Massard sculp., grand in-folio. — J.-J: Avril, 1813, in-folio. — Ant. Banzo, in-folio. -—- L.-C. Ruotte, petit in-folio. — Ingouf jeune, sous ce titre : Le Silence de la Vierge, grand in-folio, pour le Musée Napoléon. — Bovinet, pour la Galerie Filhol, — Gerard, 1845, petitin-folio. — Pierre Metzmacher, 1855, in-fol. — Liandon, n° 108.
Dans un ovale, avec des variantes (l'enfant couché différemment et un autre paysage). Côté opposé. Jo. Poiret del. Claudius Randon fec. In-fol.
Dans un rond, avec une figure de saint Joseph ajoutée à gauche. Chez de Poillly.
La tête seule de l’enfant Jésus. Lith. par Jean Gigoux, à Paris.
Copies anciennes de cette peinture.
a.) Dans la galerie Bridgewater ‘, à Londres. Sur bois. H. 26” 9”;
guide sûr et intelligent : « On sait peu de chose sur l’histoire de ce tableau, qui n’est pas cité par Wasari. Voici ce qu'en dit Germain Brice (Description de la ville de Paris, 1759, t. I, p. 435), en parlant de l’hôtel bâti en 1620 par Raymond Phélypeaux de la Vrillière, secrétaire d'Etat, acquis en 4713 par Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, prince légitimé : a L'on y a vu longtemps une suite d’excellents tableaux des plus grands maitres, que ce grand « mimistre y avait rassemblés et qui donnaient une grande idée de la puissance de son goût. Un « des principaux était un beau tableau de Raphaël, représentant la sainte Vierge qui considère « l’emfant Jésus endormi, lequel a passé, en 1728, dans le cabinet du prince de Carignan, et dont on a une belle estampe gravée par François Poilly. » Ce tableau fut, dit-on, acheté par Louis XV à la vente du prince de Carignan; cependant il ne figure pas sur le catalogue imprimé en 1742 ni sur celui de 1743. (La vente, annoncée par le premier catalogue pour le 30 juillet 1742 n'ayant pas eu lieu, fut remise au 18 juin 1743, et l’on publia un nouveau catalogue, fidèle réimpression du premier.) Il y a tout lieu de croire que ce tableau et le Tintoret (n° 354 de l'Ecole italienne au Louvre) furent choisis sur l’inventaire manuscrit et retirés avant la vente. (Nole de l'éditeur.)
1. Dans le catalogue de Bridgewater Gallery (1856), cette copie est enregistrée (n° 36) comme original de Raphaël, et comme « provenant de la collection de Sir Joshua Reynolds. » M. Waagen l’accepte aussi comme une « ancienne et très-bonne répétition. » (Note de l’éditeur.)
1. 49” 6”. Acquis à la vente de la galerie d'Orléans, pour 300 liv. sterl. (?) — Gravée par P.-W. Tomkins. Petit in-fol., pour la Sta/fford Gallery, publiée par W. Young Ottley.
b.) Une autre copie passa de la collection du duc de Choiseul dans celle de M. Agars, à Londres. Voyez l'ouvrage de C. Aug. Goede sur l’Angleterre, etc., t. IV, p. 74.
c.) Une belle copie, qui provenait de la succession d’un ecclésiastique français et qui était signée: RApHAEL. 1512 (H. 25”; 1. 18”), fut exposée à Trèves et passa plus tard en Angleterre où elle doit être encore. Voyez Artistisches Notizenblatt, Dresden, du 3 février 1834.
d.) Dans la sacristie de la cathédrale de Tolède se trouve une très-belle et très-fine copie dans laquelle la robe de la Vierge est rouge au lieu d’être bleue comme dans l'original.
e.) Nous avons parlé, dans la Vie de Raphaël, d'une copie, ou plutôt d’une imitation de ce tableau avec quatre saints debout, de grandeur naturelle, qui se voyait à la cathédrale d’Urbin, et qui était attribuée à un certain Antonio Sanzio.