Madone de Fuligno
Sur bois, et depuis transporté sur toile. H., 8° 10°; 1., 5’ 10°”.
La Vierge, assise sur des nuages, dans une gloire de forme ronde et de couleur d’or, est entourée d’un grand nombre d’anges vus à mi-corps et iégèrement indiqués dans l’azur du ciel. La Vierge soutient de la main gauche l’enfant Jésus debout à sa droite, et le couvre de la main droite avec une petite draperie. Tous les deux abaissent leurs regards sur le donataire, Sigismondi Conti, lequel, agenouillé en adoration à droite, est présenté à la mère de Dieu par saint Jérôme debout derrière lui. Saint Jean-Baptiste, debout à gauche, désigne du geste le Sauveur, et devant lui est agenouillé saint François en extase. Un petit ange nu, debout au milieu de ces deux groupes, montre une tablette sur laquelle a pu être inscrite autrefois la donation de ce tableau. Une ville dans un site montagneux forme le fond. On voit tomber du ciel une boule enflammée au-dessus de laquelle se trace un arc-en-ciel 1.
Déjà, dans la Vie de Raphaël, nous avons fait remarquer la perfection de cet ouvrage, dont la couleur surtout est d’une grande puissance. Mais cependant nous ne pouvons nous dispenser de faire la part aux critiques : ainsi, la Vierge représente moins une mère de Dieu qu’une femme gracieuse; l'enfant Jésus est d’un mouvement un peu trop cherché. La figure de saint Jean-Baptiste manque d’élévation, et le bras de cette figure est
1. D’après une tradition, ce serait une bombe, qui rappellerait le danger que courut Sigismondi au siége de Fuligno, sa ville natale. Quant à l’arc-en-ciel, il peut ètre considéré comme symbole de la réconciliation du donataire avec Dieu.
assez défectueux, pour qu’on puisse supposer que le dessin à été gâté par la restauration.
Ce tableau doit avoir été peint vers 1511 pour Sigismondi Conti, secrétaire intime du pape, et vraisemblablement destiné à un ex-voto, puisque le donataire mourut dans le mois de février de l'année suivante.
Selon Vasari, ce tableau aurait primitivement orné le maître-autel de l’église Ara Cœli sur le Capitole, à Rome. Mais, depuis 1565, il se trouvait à Fuligno, dans l'église Saint-Anne du couvent delle Contesse. On ne sait rien au sujet de cette translation, si ce n’est que l’évêque Malffei, dans une visite qu'il fit à ce couvent, lut l'inscription suivante en lettres d’or sur le cadre : « Questa tavola la fece dipingere messere Gismondo Conti, segretario primo di Giulio secondo, et è dipinta per mano di Raphael de Urbino, et sora Anna Conti nepote del dicto messere Gismondo lha facta portare da Roma, et facta mettere à questo altare nel 1565 à di 23 di maggio. » Voyez la note de Comolli pour la Vita inedita di Raffaello, etc. (Roma , 1790, p. 44).
Enlevé par les Français, lors des guerres d'Italie, il arriva en assez mauvais état à Paris, où il fut transporté sur toile par M. Haquin, et restauré par M. Roser de Heidelberg. Un rapport détaillé sur la manière dont cette transposition eut lieu se trouve dans le Précis historique des productions des Arts, etc., par Landon (Paris, an X, 1801). Le baron Boucher Desnoyers donne à ce sujet des détails intéressants dans son Appendice à l'ouvrage de Quatremère de Quincy (p. 44). Ainsi, lorsqu'on eut enlevé le bois du panneau, on pouvait voir distinctement le dessin entier de la composition tracé au pinceau avec une couleur brune. On remarquait aussi que la main droite du saint Jérôme était dessinée de deux manières différentes et qu’une seulement avait été exécutée par le peintre.
Après le traité de paix de 4815, ce tableau retourna du Musée Napoléon en Italie, mais non pas dans l’église de Fuligno : il est aujourd’hui placé dans la galerie du Vatican.
Gravures : Vincentius Victoria Hispan. Canon fecit. Mauvaise feuille à l’eauforte, petit in-folio; du côté opposé. — P.-A. Pazzi, in-folio. Faible gravure. — - Le baron Boucher Desnoyers sculp., 1810, grand in-folio. — Devilliers, in-folio. — Nic. Schenker, de Genève, sculp. Paris, grand in-folio. — Filippo Toseüi, in-folio. — Ignazio Pavon, Romæ, in-folio. — J,-M. Saint-Ëve, 1848, in-folio., — Beisson, in-folio, pour le Musée royal. — Pigeot, 1813, pour la Galerie Filhol. — Lith. par G. Bodmer. — Pietro Marchetti, 1850, gr. in-fol. — Landon, n° 443.
GRAvURES partielles de la Vierge avec l'Enfant : — par Marc-Antoine, deux fois. Bartsch, t. XIV, n°° 52 et 53. On y trouve aussi l'indication de trois copies et celle de la planche retouchée par Augustin Carrache, à laquelle il ajouta deux têtes d’anges. — Girolamo Scotto, 1818, in-8°, avec des variantes, d’après un tableau de la même grandeur, — Gravé à l’eau-forte, par F. Brulliot, grand in-fol. — La même Vierge avec l'enfant un peu différemment posé; l’on voit saint Joseph à droite dans un paysage; gravé par Antoinette Bouzonnet Stella, petit in-folio.
Une copie de ce tableau , attribuée à Sassoferrato, est en la possession du comte Giacomo Melerio, à Milan.
Un dessin , la Vierge et l’enfant Jésus seulement, à la pierre noire sur papier bleu, fut vendu au prix de 470 florins à la vente du roi de Hollande, en 1850, et passa en Angleterre. Ce dessin, qui a souflert, semble avoir été fait d’après la gravure de Marc-Antoine.