Voir, dans la tragédie d ’Hécube, le récit de Talthybios
un des plus parfaits qu’ait conçus Raphaël. Certes, il y a loin de ce groupe des Grâces au dessin timide et charmant que l’Urbinate exécutait à Sienne presque au début de sa carrière1. Et cependant, est-il vrai qu’on n’ait pu présager, dans le jeune homme qui, en 150â ou 1505, peignait les Grâces en s’inspirant directement de l’antique, ce que serait l’homme qui dessina, en 1516, les tableaux de Psyché? Les doctrines du Sanzio, quand il fut en pleine possession de lui-même, furent-elles donc si différentes de ce qu’elles étaient déjà dans sa jeunesse? Je ne le crois pas. Je trouve, au contraire, un enchaînement merveilleux dans toutes les phases de cette existence si pleine et si courte, et de même que la Vierge de Saint-Sixte m’émeut sans me surprendre quand j’ai regardé d’abord la Vierge au Chardonneret 3 de même, après avoir étudié le petit tableau appartenant à lord Ward, j’admire sans étonnement la fresque de la Farnésine. Il est certain que la virilité de ce génie accuse une originalité, qui n’est pas à ce point manifeste dans ses premiers essais; mais on peut affirmer en même temps que le germe de ces qualités se découvre, même dans les plus timides ébauches du divin jeune homme, et que si l’étude et l’expérience développèrent ces hautes facultés, elles ne les créèrent pas. La forme peut paraître plus libre et plus variée dans telle œuvre que dans telle autre, mais la manière de comprendre et d’interpréter la nature et