‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 102 sur 214 · Voir tome I, page · texte numérisé non relu

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l’antiquité demeure identique. A Sienne, le Sanzio, à peine livré à lui-même, voit les Grâces telles que les aima l’antiquité; aussitôt il revêt d’une adorable pureté la nudité de ces beaux corps, il les fait pénétrer dans la société moderne et il en fait des Charités. Eh bien ! le même principe le domine encore quand il conçoit sa fresque pour la villa d’Agostino Chigi. Forcé d’emprisonner son rêve dans un espace étroit et bizarre, on dirait que cet espace est ainsi circonscrit en vue de la composition qu’il renferme. Mais c’est surtout la pensée qui grandit et s’élève en présence de ce groupe où tout se cadence et s’équilibre avec un art si achevé, et quiconque n’est pas touché par cette douce influence est incapable de sentir le beau. Ces figures sont nues comme l’enfant qui vient de naître, et cependant personne n’oserait prétendre qu’elles ont été l’objet d’un art indiscret. C’est là ce que, dans leur indépendance, elles ont de commun avec les œuvres de la jeunesse du maître. Toutes les séductions de la vie n’ont pu sur ce point entamer la nature intime de cet esprit délicat. Donc ce qui différencie surtout les Grâces de la Farnésine des Grâces peintes à Florence, c’est la grandeur relative d’un talent qui, jadis emprisonné dans l’imitation, est désormais supérieur à tous les obstacles et complètement maître de lui. Ces deux œuvres montrent toujours l’idée chrétienne à travers les rayons d’or de la beauté classique. Raphaël, à la Farnésine, sans copier tel ou tel monument, n’abdique en rien son respect pour la tradition. Il se rappelle que

PSYCHÉ

les anciens représentaient les Grâces réunies entre elles par des liens étroits, et il les groupe de manière à rapprocher en un même faisceau les trois expressions du plus profond et du plus beau sentiment de l’humanité. Il se souvient aussi que l’art grec, lorsqu’il rassemblait ces trois divinités, en plaçait deux vis-à-vis du spectateur et la troisième en sens opposé ; et il fait de même dans sa fresque. Mais après avoir payé ce tribut à l’antiquité, il conserve toute son indépendance : il enlève à ces fictions poétiques leur impassibilité séculaire ; il leur donne, sans rien ôter à la perfection de leurs formes, un cœur plus ardent et plus haut; il les fait entrer dans l’intimité du drame de Psyché ; il les rend presque divines en les animant d’une immense sympathie, et montre, dans leurs traits, comme un reflet des destinées de notre âme immortelle.

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