VÉNUS SE PLAINT A JUNON ET A CERÈS DE LA TRAHISON DE SON' FILS
Une curiosité fatale a entraîné Psyché et l’a précipitée des hauteurs où l’Amour l’avait élevée. Vénus, ayant appris la trahison de son fds, s’en plaint à Junon et à Cérès, et leur demande de s’associer à sa vengeance. Mais les dieux ont de suite aimé Psyché; ils ont vu, dans le mariage qu’Eros a contracté avec elle, une alliance entre le ciel et la terre, et ils ont souri à cet hymen. Aussi Cérès et Junon, loin départager la haine de Vénus, intercèdent en faveur de Psyché. — Ce sont ces trois déesses, animées de passions contraires, l’une altière et irritée, les deux autres cherchant à fléchir une implacable haine, que Raphaël a réunies dans cette fresque.
Vénus est debout au milieu du tableau; elle va quitter Junon et Cérès, et retourne encore vers elles sa tête superbe et menaçante. Cette figure, d’un jet grandiose, remplit à elle seule plus de la moitié du champ de la
PSYCHÉ
fresque4. Tout en elle est passion et tout s’agite autour d’elle. La main droite, élevée au niveau de la tête, retient une longue écharpe flottante2, qu’à l’aide de la main gauche elle ramasse vers le milieu du corps. Le bras est d’un superbe dessin. La femme se révèle dans sa beauté, dans sa grandeur, dans sa dignité primitives. Là où l’idéal se montre, le mal ne saurait entrer. Or, dans cette Aphrodite, tout est idéal et rien n’a été composé pour les sens. Raphaël ignorait sans doute les principes qui avaient guidé les différentes écoles grecques dans la représentation de Vénus, et son dessin a quelque chose de personnel qui exclut toute pensée d’imitation. Il est clair qu’aucune préoccupation savante n’entrave en lui les élans de l’inspiration. Cependant, là, comme dans nombre de ses œuvres, son instinct l’a guidé vers les plus pures doctrines adoptées par les anciens. Ses dieux et ses déesses expriment ce qu’ils ont dans l’âme; mais leurs passions, quelque violentes qu’elles soient, n’altèrent jamais leur immortelle beauté. Il s’est en outre affranchi de l’enthousiasme exclusivement sensuel qui égara les écoles de décadence, et il a représenté, en dehors de toute individualité féminine, la puissance devant laquelle l’antiquité se courbait avec soumission. Vénus se présente ici dans son plus parfait développement. Ce n’est ni VAna-
\ . Le corps est tourné vers la gauche (du spectateur) et la tête se retourne vers la droite. Tout le côté gauche de la fresque est occupé par cette figure de Vénus.