‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 107 sur 214 · I. Homère, Ü., ch. xiv, v · texte numérisé non relu

I. Homère, Ü., ch. xiv, v

PSYCHÉ

des affections maternelles très -puissantes, et Praxitèle, qui avait achevé le dessin du caractère idéal de cette déesse, lui avait donné des traits pleins de douceur et de mansuétude. Telle devait être Cérès dans la statue chryséléphantine d’Éleusis, et telle elle apparaît aussi, avec plus d’intimité sans doute, mais avec non moins de grâce touchante et persuasive, dans la fresque dessinée par Raphaël. Placée entre Aphrodite et Junon, elle se rapproche de celle-ci, vers laquelle la pousse une communauté de sollicitude et d’affection. Mais en même temps qu’elle s’éloigne de Vénus, elle retourne sa tête vers elle, et ses yeux, tout grands ouverts sur les yeux d’Aphrodite, font un chaleureux appel à la pitié. La main droite de Gérés s’élève comme pour protester contre le courroux qu’elle veut apaiser. Le haut de son corps est seul visible, et sa poitrine est enveloppée dans l’ample vêtement ( TCajxixvmop 7îayy£V6Teipa) que l’art antique donnait à Déméter 4. Le visage exprime une tendresse charmante et pleine d’une indignation contenue. Il semble que la déesse prenne ici l’ampleur du caractère que lui prêtait la mythologie lors du rapt de Cora, et que Psyché développe en elle, dans toute son étendue, le sentiment divin de la maternité. Une couronne d’épis coiffe admirablement cette tête, qu’une draperie couvre par derrière. Raphaël s’est en tous points ren-

1 . Ce vêtement est ici de couleur jaune. — Tout le bas do la figure de Cérès se trouve caché par la figure de Junon.

fermé dans la tradition, et les statues authentiques qui représentent Cérès étant fort rares, il est probable que, à défaut de bronzes ou de marbres, les monnaies de Cyzique ou de Lampsaque lui fournirent de précieux documents.

Au point de vue de l’exécution, cette fresque renferme de superbes parties, bien conservées encore, et dans lesquelles 11 est aisé de reconnaître la vigueur et l’entrain de Jules Romain. La Vénus surtout, plaidant la cause de sa haine devant Junon et Cérès, peut être considérée comme un des beaux dessins de Raphaël et comme une des plus fières peintures du Pippi. Elle est exécutée avec la verve d’un maître qui interprète un maître plus grand encore ; entièrement peinte à bonfresque, elle est aussi fraîche aujourd’hui que si elle était faite d’hier. Les deux autres déesses sont aussi d’une très-large facture. Malheureusement le pinceau de Jules Romain n’avait pas la suavité nécessaire pour traduire les nuances délicates de la pensée de Raphaël. Sa main pèche en général par excès de force; il y a, dans les formes qu’elle trace, quelque chose d’excessif et de presque athlétique qui, sans nuire à l’harmonie des lignes, donne à l’ensemble quelque chose de pesant, et de lourd1. Les têtes d’Aphrodite et de Cérès sont belles, celle de Junon a moins de noblesse... Ce qiu’il y a surtout de remarquable dans ce tableau, c’est

4. Le bras gauche de Junon, bien que d’un beau dessin, es.t trop gros, et une ombre maintenant faussée a fait dévier une des épatules de Vénus.

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le mouvement et la vie qui animent les trois déesses sans leur rien enlever de leur grandeur et de leur dignité. On voit que des passions ardentes s’agitent en elles, et l’on sent comme des vents contraires qui poussent en sens opposés jusqu’aux draperies qui les environnent... Quand on regarde avec attention et successivement ces pendentifs, l’œil devient bientôt la dupe d’un véritable mirage, et une sorte d’hallucination s empare de 1 esprit : il semble que de légères vapeurs courent à travers l’azur d’un ciel d’une profondeur inusitée, etqu au milieu de ces nuages apparaissent les antiques divinités, qui nous pénètrent des chauds rayons de leur lumière1.

Le dessin de ce tableau appartient à la collection Walraven. — Marc de Ravennea gravé cette fresque. (Bartsch, t. XIV, n° 327.)

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