VÉNUS IMPLORE JUPITER CONTRE PSYCHÉ
Vénus est en présence de Jupiter. Elle a renoncé complètement à ce qu’elle avait d’impérieux et de violent quand elle était en compagnie de Junon et de Cérès. Elle semble même avoir abdiqué ce sentiment de divinité qui illuminait ses traits dans la fresque précédente. Elle se fait humble, suppliante, et oppose la faiblesse désarmée de sa seule beauté à la puissance du dieu que l’antiquité regardait comme le principe de la vie universelle. Elle se tient debout, le corps incliné, les bras pendants et légèrement écartés. On voit qu’elle prie, qu’elle met dans sa prière autant de soumission que d’ardeur, et qu’elle se présente, non comme une déesse irritée, mais comme une femme malheureuse. C’est la fille de Jupiter, que l’outrage d’une simple mortelle a dépouillée de sa majesté. Sa tête, vue de trois quarts et tournée vers la droite, se lève timidement vers le maître des dieux. Ses yeux n’ont point de haine; ils ne menacent pas, ils pleurent, et toute leur éloquence est dans la douleur qu’ils expri-
PSYCHÉ
ment. C’est ainsi que Vénus se montre devant Jupiter quand elle vient l’implorer en faveur d’Énée :
... Et lacrvmis oculos suffusa nitentes *.
Sa bouche fait entendre des paroles désolées, mais douces comme le parfum des fleurs. Ses cheveux ne sont plus noués d’une manière triomphante; ils sont arrangés en modestes bandeaux, et simplement attachés par derrière. La poitrine s’incline avec grâce, et se présente presque de face. Le geste enfin est plein d’humilité 1 2. — La nudité de cette figure fait songer un moment à l’antiquité; mais si elle rappelle, par la rondeur calculée des lignes, les Aphrodites Callipyges, ce souvenir profane disparaît dès qu’on regarde les traits expressifs de la tête, où l’empreinte du génie chrétien est si puissante. Jetez une draperie sur le corps nu de cette Vénus, supprimez tout cet entourage mythologique , et vous aurez une vierge chrétienne dont la prière montera facilement au ciel en la compagnie des anges... C’est par sa mythologie que la Grèce fut mère de la beauté; mais à travers tant de systèmes compliqués, la simple notion de Dieu n’arrivait aux hommes qu’obscure, incomplète, et même quelques esprits privilégiés pouvaient seuls entrevoir ce faible rayon.