‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 113 sur 214 · MERCURE DESCEND DU CIEL POUR PUBLIER LES ORDRES DE JUPITER · texte numérisé non relu

MERCURE DESCEND DU CIEL POUR PUBLIER LES ORDRES DE JUPITER

Jupiter a écouté la prière d’Aphrodite : il a ordonné que Psyché soit livrée à Vénus, et Mercure s’élance aussitôt pour exécuter les ordres de son maître.

Ceux qui prétendent que les fresques de Psyché sont une œuvre de décadence prononcent légèrement, sous l’influence d’un préjugé, ou bien, trop préoccupés des altérations de ces tableaux, ils ne voient pas les vives étincelles dont ces peintures éclairent encore les yeux de ceux qui savent les regarder. Mais l’admiration ne saurait faire défaut à quiconque n’est pas égaré dans des voies trop étroites, ou n’est pas complètement abandonné par le sentiment du beau... Ce messager des dieux, lancé à travers l’espace avec un mouvement si simple et si grand, est le produit d’une science qui a tout pénétré et d’une inspiration que, chez Raphaël, la mort seule devait éteindre. C’est une de ces créations qui sont fdles de l’art plus que de l’artiste, et qui font comprendre la vérité de cette parole

PSYCHÉ

de Winckelmann : « La beauté parfaite est comme « l’eau pure, qui n'a aucune saveur particulière. »

Mercure se précipite des sommets de l’Olympe et fend l’air avec une rapidité surnaturelle. Il court dans le ciel comme un simple mortel courrait sur la terre. Sa chlamyde d’or, nouée au milieu de la gorge et rejetée derrière les épaules, demissa ex humeris1, laisse voir la magnifique structure du corps et des membres. La tête, qui se présente de face 2 et se porte en avant, entraîne avec elle tout le reste de la figure. Les traits du visage ont une expression douce, souriante, enjouée, bienveillante et fine. Le front disparaît sous les bords dupétase3 ailé qui couvre les cheveux; les yeux sont grands et d’un éclat extraordinaire, et la bouche ouverte proclame les ordres de Jupiter. La poitrine est large, sans être épaisse : elle supporte sans effort le travail d’une respiration à laquelle la rapidité de la course donne une prodigieuse intensité. Les membres ont au-

\. Virgile, En., IV, 263. — La chlamyde était le costume de l’éphèbe attique. Voir la frise des Panathénées du Parthénon, actuellement au Musée britannique. — Ovide a laissé une belle description du costume d’Hermès :

. Chlamydemque, ut pendeat apte,

Collocat ; ut lirnbus, totumque adpareat aurum.

( Metam II, v. 734.)

2. Non-seulement la tête, mais aussi le corps se présente de lace.

3. Le pétase, petasus, était le chapeau à fond bas et à larges bords que portaient généralement les Grecs en voyage. La plupart des cavaliers de la procession des Panathénées portent le pétase. — Des monnaies de Siris, d’Ænos et de Gatane montrent des têtes do Mercure avec le pétase. Les ailes du pétase ne se trouvent que dans les anciens monuments.

tant de vigueur que d’élégance. Les bras sont étendus de chaque côté à la hauteur de l’épaule. La main droite tient la trompette au son de laquelle Mercure annonce sa venue l. 11 montre en outre, par le geste de sa main gauche ouverte et levée au niveau de la tête, qu’il parle aux peuples, après les avoir rassemblés. C’est que le héros des dieux était aussi le dieu de l’éloquence2. Ce mouvement des bras ajoute quelque chose d’aisé et de grandiose au développement du torse, dont les formes se dessinent sans effort sur la draperie de la chlamyde. Cette draperie, visiblement agitée, ajoute à la vivacité du mouvement général : le vent la pousse tout entière vers la gauche, de manière à découvrir complètement le bras droit et à lui laisser toute la majesté de son geste. Quant aux jambes, elles sont ornées de petites ailes et volent avec une prodigieuse agilité. La jambe et le pied droits sont tendus en avant, tandis que la jambe gauche est rejetée en arrière, et que le pied semble trouver dans le ciel un point d’appui mystérieux pour aider à l’élan de cette figure aussi prompte que légère.

Rien n’est plus beau , plus simple, plus impétueux et moins violent que ce Mercure arrivant à nous avec tant de calme et de rapidité. Comme il remplit bien le champ du tableau, et comme il y semble à l’aise! Il serait impossible de rien ajouter, ni de rien retrancher, sans détruire l’équilibre de ce mé-

1 . Le bras droit est plié au coude, de sorte que l’avant-bras se présente en raccourci en face du spectateur.

Page 1