‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 114 sur 214 · Hermès Logios · texte numérisé non relu

Hermès Logios

PSYCHÉ

téore dans sa course majestueuse. L’art ne peut être plus grand et ne pourrait oser davantage sans perdre de sa grandeur. Jules Romain a exécuté cette fresque avec une verve et une spontanéité dignes du maître qu’il interprétait. Malgré les nombreuses altérations qu’a subies cette peinture, elle s’est bien conservée et n’a pas trop poussé , ni au noir dans les ombres , ni au rouge dans les parties claires, ni au blanc dans les parties saillantes et en pleine lumière. La draperie jaune s’agite encore avec légèreté derrière le dieu. On admire dans le torse une science consommée , mais exempte d’ostentation. Les rotules et les différentes articulations sont traitées avec autant de justesse que d’élégance. La tête enfin est restée parfaitement belle1.

Aucune figure dans l’art moderne ne fait plus songer à l’antiquité. Non que Raphaël ait copié tel ou tel monument, mais parce qu’il a rappelé les principaux traits que l’art des anciens nous a transmis sur le personnage mythologique de Mercure. Ce dieu avait le privilège de la popularité, et ses images étaient partout.

4 . Le pétase qui coiffe cette tête est de couleur violette, avec une ombre rousse dont le temps a exagéré la nuance. Les petites ailes qui complètent cette coiffure sont vertes à leur racine et jaunes à leur extrémité. — Dans cette fresque, le bras droit est la partie peutêtre qui a le plus souffert. On remarque aussi au flanc droit du dieu une large blessure occasionnée par l’armature qui fixe aujourd’hui la fresque au mur. Du reste, si cette fresque venait à périr, on en retrouverait une reproduction fidèle, exécutée par un maître aussi. M. Ingres l’a copiée avec l’enthousiasme qu’il a voué toujours aux œuvres de Raphaël. — Marc-Antoine a gravé cette fresque. (Bartsch, t. XIV, n° 343.)

C’est lui qui puisait dans les entrailles de la terre les biens qu’il répandait ensuite à profusion sur elle c’est lui aussi qui donnait la santé... Et quoi de mieux compris pour inspirer l’idée d’une vie saine et forte que ce corps, plein de souplesse et de vigueur ? Sans penser au Mercure des vieux chants de la poésie, sans rappeler en rien l’ Hermès robuste, à la barbe épaisse et pointue, à la chevelure longue et tressée des temps primitifs, le Sanzio a réalisé, peut-être sans le savoir, les derniers perfectionnements que l’art antique avait apportés à la représentation de ce dieu. Mercure est le messager de Jupiter, mais il est aussi le dispensateur de la beauté corporelle et des belles proportions : c’est l’éphèbe accompli du gymnase2, à la large poitrine, aux membres un peu longs, élégants et forts, développés par les exercices de la palestre. Tel l’avait rêvé la jeune école attique, tel aussi le conçut Raphaël. A l’exemple de Praxitèle 3, il a donné à Mercure, avec un haut degré de force et d’énergie, les formes agréables et gracieuses de la jeunesse. Sa fresque rappelle, par quelques-unes de leurs qualités les plus remarquables, les représentations d'Hermès, comme coureur et comme discobole; elle fait voir en même temps non-

\. C’est à ce titre qu’il appartient, dans le système religieux des peuples aborigènes de la Grèce, au cycle des dieux chthoniens. (O. Muller.)

2. Dès les temps les plus reculés, il présidait aux gymnases, sous la forme d’un buste pilier phallique.

3. Ce fut Praxitèle qui réalisa le type le plus achevé de ia figure de Mercure.

PSYCHÉ

seulement le serviteur de Jupiter, mais le dieu de l’intelligence et de la parole médiatrice. Jamais on n’a su concilier avec tant de bonheur le mouvement avec la beauté, et malgré la course violente qui l’entraîne, on reconnaît une identité de race entre le Mercure de la Farnésine et les Mercures célèbres sculptés par le ciseau grec 4. C’est ainsi que planerait dans les airs le Mercure en bronze qui se repose au musée de Naples1 2; c’est ainsi que nous apparaîtrait, s’il sortait de son calme, l’éphèbe attique connu sous le nom de Y Antinous du Belvédère , et auquel Yisconti a restitué son vrai nom de Mercure3.

1. Quelques bronzes antiques montrent Mercure volant à travers les airs.

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