‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 115 sur 214 · PSYCHÉ RAPPORTE DES ENFERS LE VASE D’IMMORTALITÉ · texte numérisé non relu

PSYCHÉ RAPPORTE DES ENFERS LE VASE D’IMMORTALITÉ

Toutes les fresques précédentes nous ont entretenus de Psyché, mais Psyché elle-même se montre ici pour la première fois. Elle a été livrée à Vénus, et a subi maintes épreuves dont elle est sortie victorieuse. — Raphaël, pour résumer toute cette période d’expiation, représente Psyché ayant triomphé de la mort et rapportant le don mystérieux qu’elle a reçu des mains de Proserpine. Par la souffrance , par l’humiliation, par la croix (pourrait-on presque dire en regardant cette radieuse figure), l’Ame a vaincu l’enfer, elle a sanctifié la terre, et elle monte joyeuse au sein de l’idéal. Elle n’est plus déjà l’esclave outragée de Vénus, elle a revu son immortel amant, et elle reflète l’image d’un époux céleste... Les vérités morales transmises aux initiés, à travers les allégories de la Fable, laissaient ici le génie de Raphaël libre de s’aventurer dans le domaine de la mythologie, sans trop s’écarter de la donnée de l’Évangile. « Les grandes eaux ne sauraient « éteindre l’Amour, les fleuves ne sauraient l’étouf-

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« fer. « Ainsi chante le chœur autour de la Sulamite, ainsi pourrait-on dire en présence de ce tableau.

Psyché apparaît au milieu du ciel, entourée de trois Amours qui l’assistent dans son ascension vers l’Infini. On comprend qu’une puissance surnaturelle la soutient et l’élève; on la voit monter, et dans son vol majestueux, il semble qu’elle va bientôt se dérober aux regards mortels. Toute la figure se présente de face, le corps légèrement tourné vers la droite et la tête un peu inclinée à gauche. Une tunique, fixée sur l’épaule gauche et attachée à la taille, découvre une partie de la poitrine, les bras et la jambe gauche. Le bras droit s’appuie sur un des petits Amours, et le bras gauche, aidé parle second messager de Cupidon, se lève avec aisance pour montrer le trésor arraché aux enfers. Le troisième Amour soutient encore la partie inférieure du corps de Psyché, et imprime à toute la figure un mouvement décisif1. Les traits du visage, où brille l’espérance, rayonnent de grâce, de bonheur et de pureté. Le front, large et haut, cache une pensée supérieure à l’antique fatalité. Les cheveux, noués en nattes et flottants au sommet du front, donnent à la tête quelque chose de fier que tempèrent les ondes de cheveux blonds qui encadrent modestement les tempes. Les yeux sont doucement abaissés vers celui des Amours

\. Ce troisième petit Cupidon supporte la jambe gauche de Psyché. Cette jambe est nue, tandis que la jambe droite, enveloppée dans les plis de la tunique, tombe d’elle-même dans l’axe de la figure.

que Psyché entoure de son bras droit. Il y a une communauté particulière de sentiments entre elle et ce petit Cupidon. Leurs mains se cherchent et se touchent. Leur regard exprime la confiance. Psyché se repose et se fortifie dans les yeux de l’Amour, elle y puise la foi nécessaire pour s’élever toujours davantage, et ses traits s’épanouissent avec sécurité. Avec quelle tendresse elle enlace cette jeune tête et la rapproche de son sein! Et dans ce sein que de fraîcheur! Comme le bras gauche, en soulevant l’urne, se dresse avec simplicité, et comme ce geste est voisin de la grandeur! Quel charme dans le petit Cupidon, caché en partie derrière l’épouse d’Éros, et comme il soutient bien le bras de Psyché! Et, de l’autre côté, quel jet magnifique dans la draperie qui s’agite derrière l’épaule droite, avec quelle puissance celte draperie aide à l’ascension de ce beau groupe, et avec quelle heureuse symétrie elle équilibre et balance le mouvement opposé ! Combien la tunique est à la fois discrète et transparente ! Quelles belles lignes elle dessine autour de la jambe droite, et comme le troisième petit Cupidon se joue avec aisance au milieu des plis harmonieux!... Le génie de Raphaël éclate ici dans sa sève et au milieu de son véritable élément. La beauté de ces Amours est le complément de la beauté de Psyché : ils lui sont nécessaires, elle leur est indispensable; ils se prêtent mutuellement leurs sourires; ils respirent des affections identiques, quoique infiniment variées; ils chantent avec les plus suaves

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modulations ce pur amour, qui grandit ou diminue, selon que les éléments nobles de l’humanité s’élèvent ou s’avilissent; ils traduisent avec une poésie naïve l’allégorie de l’Ame appelée par Éros à une destinée supérieure.

Cette fresque, dont sans doute il faut faire honneur à Jules Romain, est une de celles que Carie Maratte a été obligé de repeindre en partie. Cependant les ombres noires de la partie droite du torse appartiennent encore au Pippi. On voit également, malgré l’exagération actuelle de quelques-uns des tons et malgré l’absence des demi-teintes, que cette peinture est l’œuvre d’un pinceau rapide, qui n’a point fait abus des tempere. La valeur générale du coloris est demeurée dans une relation assez exacte pour qu’on puisse juger, dans une certaine mesure, de l’harmonie primitive. Le visage s’est trop vivement nuancé, et les rayons d’or qui brillaient dans les cheveux ont perdu leur éclat; mais telle qu’on la voit encore, cette tête est d’une grande beauté. La poitrine est restée jeune. La draperie verte, avec ses reflets jaunes, flotte encore majestueuse et légère à la droite de Psyché j, et la tunique s’est conservée, semblable à ces tissus délicats dont le ciseau grec aimait à parer la nudité de ses œuvres. Les mains sont remarquablement belles... la main droite surtout; le dessin du pied droit laisse il est vrai à désirer, mais le raccourci du

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