‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 118 sur 214 · PSYCHÉ DÉSARME LE COURROUX DE VÉNUS · texte numérisé non relu

PSYCHÉ DÉSARME LE COURROUX DE VÉNUS

Raphaël, après avoir montré, dans Psyché sortant des enfers et s’élevant vers la lumière, la puissance de l’Amour plus forte que la puissance de la mort, place maintenant l’épouse d’Éros aux pieds de Vénus, à laquelle elle présente l’offrande qui doit désarmer sa colère. — Vénus remplit presque tout le champ de la fresque. Psyché s’agenouille et s’efface à côté de la déesse.

Aphrodite, dans ce tableau, n’a rien qui rappelle l’enthousiasme purement sensuel auquel avait obéi le nouvel art attique. La conception de Raphaël ferait plutôt penser à l’école de Phidias, qui, dans Astarté, tentait de représenter le principe féminin dans sa grandeur et dans sa sainteté. — • Vénus est assise sur une draperie qui ne couvre que la cuisse et la jambe gauches. Toute la figure est tournée vers la droite. La tête, vue de trois quarts, se porte en avant, avec étonnement, avec pitié, presque avec attendrissement. Les yeux sont abaissés vers l’urne que présente Psyché, et le regard, en partie voilé par les

PSYCHÉ

paupières, est d’une grande douceur ; le nez, parfaitement droit et presque sur la même ligne que le front, est d’un très-beau dessin ; J a bouche a quelque chose de douloureux, qui imprime à l’expression générale un caractère de grande compassion ; le galbe du visage est fin, tout en conservant sa puissance; le front, haut et plat, donne à la physionomie quelque chose de calme et de bienveillant; les cheveux enfin, simplement arrangés en bandeaux de chaque côté des tempes et découvrant complètement l’oreille droite, ornée d’une longue perle, sont retenus en arrière par le diadème qui couronne la tête1. Le torse fait un mouvement en arrière, qui contraste très-heureusement avec le mouvement opposé cle la tête. Le cou et la poitrine sont étudiés avec soin et avec simplicité : les différents plans de ce beau corps s’accusent avec netteté, et tous les détails, bien que rendus avec exactitude, se fondent et s’effacent discrètement au milieu de l’ensemble. Les bras se lèvent, et ce geste a quelque chose d’infiniment naïf et de souverainement noble; il prouve à la fois l’étonnement, l’admiration, la bonté : les deux mains, suspendues au-dessus de Psyché, vont s’abaisser sur elle pour la bénir, et il semble que de ses deux bras ouverts la déesse va bientôt l’embrasser. La cuisse et la jambe droites, tendues en avant, ont presque la même inclinaison que le torse, et forment, depuis la hanche jusqu’au pied, une ligne sinueuse et légère-

1 . Ce diadème se retrouve souvent dans les têtes de Vénus appartenant aux anciennes écoles.

ment ondulée, qu’aucune partie saillante ne vient troubler ou interrompre. La jambe gauche au contraire se relève et se plie, formant un angle droit avec la cuisse. Une draperie recouvre cette cuisse et cette jambe, mais de manière que le nu se montre encore à travers les plis élégants b — Cette figure est parfaite dans son ensemble et dans toutes ses parties. La beauté morale illumine en elle la beauté physique. La divinité se montre là, autant dans l’expression que dans les formes, et sans que la sérénité olympienne, que proclame partout l’art hellénique , subisse aucune altération. Cette Vénus, très-différente de ce qu’elle était dans les fresques précédentes2, est plus belle encore, et, sans rien perdre de sa majesté, montre un sentiment plus humain. Si elle fait songer à la Fable, elle paraît surtout animée de l’esprit moderne, et prouve combien les conceptions morales du début du xvie siècle étaient différentes de celles de l’antiquité classique. Tl est certain que cette Aphrodite n’a pas les perfections plastiques des beaux marbres anciens; mais elle traduit une pensée chrétienne, et à ce titre elle a pour nous quelque chose de plus touchant que les images consacrées par le ciseau grec. C’est seulement en cachant, sous le voile des réminiscences antiques, le souffle qui nous anime, que l’art moderne doit entrer dans le domaine de la mythologie. En dehors de ces

\ . Doux colombes s’envolent au-devant de Vénus, et vont porter la nouvelle du pardon.

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