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LE CONSEIL DES DIEUX

« C’est ainsi que se rassemblent les dieux dans le palais de Jupiter. »

(Homère, 71, ch. xx, v. 13.)

Deux grandes compositions, le Conseil et le Banquet des dieux, forment, à la voûte de la Loge, la conclusion de la fable de Psyché l. Dans la conception de ces fresques, le Sanzio semble avoir oublié le récit d’Apulée pour remonter aux sources de l’art grec. Il a trouvé en lui-même comme un écho de cette religion poétique et naïve, née en plein soleil sur une terre grandiose, et il a rappelé la sérénité splendide de l’antique épopée.

1 . Raphaël a simulé des tapisseries qui seraient attachées à la voûte de la Loge, et, sur ces prétendues tapisseries, il a dessiné ses fresques. De cette manière, il a pu conserver à chaque figure sa position naturelle, il a pu éviter les raccourcis, qui sont ordinairement de rigueur dans les plafonds et qui nuisent tant à la beauté; il a pu concevoir ses tableaux comme s’ils eussent dû être vus verticalement et sous le rayon visuel normal, et non pas horizontalement et de bas en haut.

PSYCHÉ

Au seuil de la Renaissance, Virgile avait conduit Dante à travers les cercles du monde invisible. A l’apogée de cette grande époque, Homère promène Raphaël dans les forêts sauvages et glacées de Dodone, dont les hautes cimes annonçaient la volonté des dieux1; il l’élève jusqu’au sommet de cet Olympe 2 qu’il avait organisé sur un plan vraiment humain, et il lui montre tous les attributs de la divinité, si diversement et si poétiquement individualisés. Partout et toujours, de la fin du xme siècle au commencement du xvie, c’est le paganisme qui se révèle au christianisme, ce sont les plus grands génies du monde antique qui se livrent avec confiance aux plus grands esprits des temps modernes.

Le Conseil des dieux de Raphaël est tiré de l’Iliade. Rappelons-nous le majestueux début du huitième chant : « Déjà l’aurore au voile de pourpre brillait

1. Iliade -, xvi, v. 233. — Odyssée , xiv, v. 327. La Dodone d’Homère était en Thesprotie. C’est là qu’est le berceau de la nation et de la religion grecques.

2. L’Olympe des Grecs flottait entre le ciel et la terre. Cela ressort clairement des descriptions homériques. On citait partout, dans la Grèce antique, des montagnes dont les sommets, perdus au milieu des neiges éternelles, étaient habités par les dieux. Il y avait un Olympe très-élevé entre la Mvsie et la Phrygie. (Voir la description qu’en a donnée Sestini : Voyage dans la Grèce asiatique , XVIII, p. 143 ) Un autre Olympe se trouvait entre la Thessalie et la Piérie. ( Voyage du jeune Anacharsis, XXXV, t. III, p. 337.) Homère parle de la tète de l’Olympe, où Jupiter ordonne à Thémis de réunir l’assemblée des dieux, qui va décider du sort de Troie. [U., xxiv.) C’est du sommet de l’Olympe, au milieu des éclairs et du bruit du tonnerre, que la loi divine est écrite sur la peau de la chèvre Amalthée, etc.

« sur toute la terre, lorsque Jupiter, qui se plaît à « lancer la foudre, convoque l’assemblée des im- « mortels sur l’une des cimes les plus élevées de a l’Olympe. Il parle, et tous les dieux prêtent l’oreille « à ses discours: « Écoutez-moi, dit-il, dieux, et « vous déesses; je dirai la pensée qui agite mon sein : « que nulle parmi les déesses, que nul parmi les dieux « ne tente de s’opposer à mes ordres; vous devez « tous les approuver, afin que j’accomplisse bientôt « mon dessein... » Ces assemblées d’immortels, où Jupiter préside toujours en maître souverain, ne sontelles pas comme un reflet de ces conseils mystiques que Dieu tient avec les anges, dans le livre de Job?... La même scène se répète avec la même solennité aux quinzième, vingtième et vingt-quatrième chants, et toujours la même poésie découle des mêmes sources sacrées. C’est là que Raphaël a puisé son inspiration ; c’est de là surtout qu’il a tiré le secret de ce calme sans froideur, de cette abondance sans enflure, de cette harmonie sans effort, qui font de ses compositions des œuvres où le bonheur respire au sein de la beauté.

Devant Jupiter, assisté de Neptune et de Pluton, va se décider le sort de Psyché. Autour du tribunal redoutable, les dieux sont réunis en conseil 4.

'I . Cette composition, de même que la suivante ( le Banquet des dieux), est placée au milieu de l’éther, au-dessus des nuées transparentes.

PSYCHÉ

Debout, en présence du maître de l’Olympe, et au milieu de l’assemblée des dieux, Aphrodite vient dénoncer l’outrage de l’Amour. De la main gauche elle désigne Gupidon, mais il y a moins de courroux que d’attendrissement dans ses traits1 2. Vénus à déjà pardonné, elle est désarmée par la pitié ; Psyché est sortie victorieuse des épreuves qui lui ont été imposées. La chevelure de la déesse, arrangée avec un art sans apprêt, ajoute à la tête une véritable originalité. Des tresses, partant du derrière de la tête et du haut du front, forment des courbes variées, et viennent se nouer au sommet, après avoir enlacé, comme dans un réseau, la masse des cheveux, dont une mèche se détache et tombe sur l’épaule. Aphrodite a d’ailleurs dépouillé les ornements de sa parure pour ne montrer que les seuls attraits de son corps divin. Rien en elle ne rappelle la Vénus d’or et d’ivoire de Sicyone, si richement parée par Ganachus; et cependant l’on ne retrouve pas non plus la nudité complète de la Vénus de Cnide, sculptée par Praxitèle. La déesse se tient ici entre ces deux chefs-d’œuvre, en se rapprochant davantage peut-être de la Vénus Félix > type idéal de la matrone romaine, dans sa florissante beauté. Sa poitrine et ses bras sont nus la draperie qui les enveloppait est tombée, et la main droite, en la retenant sur le reste du corps, la relève et découvre les pieds et

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