‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 137 sur 214 · Ap7iç KopuôodoXoç. (Homère, Iliade, ch. xx, v · texte numérisé non relu

Ap7iç KopuôodoXoç. (Homère, Iliade, ch. xx, v

4. L’art primitif avait représenté Mars barbu, comme tous les héros.

PSYCHÉ

la difficulté devait être plus grande encore pour la Renaissance! Aujourd’hui même, malgré ce qu’on sait des statues d’Aîcamène et de Scopas, des doutes nombreux continuent à exister sur les caractères plastiques du dieu. Que pouvait donc faire de plus Raphaël, que de rappeler le Mars homérique et populaire des Hellènes, le guerrier jeune et fort, beau et rapide à la course1? Gomment pouvait-il mieux entrer dans l’esprit mythologique, qu’en rapprochant Mars d’Aphrodite, rappelant ainsi que le dieu de la guerre, allié à Vénus, était aussi l’antique divinité de la nature, le fécondateur universel, et renfermait en lui l’idée d’une lutte perpétuelle, nécessaire au développement du monde aussi bien qu’au développement des sociétés 2 ?

'I . Ouv£)P o (a sv xaXo; ts xal àpTUroç .

[Odyssée, ch. vin, v. 34 0.)

2. Mars, d’après les mystères cabiriques de Samothrace, était, dans son alliance avec Aphrodite, le principe d’où résultait la vie sans cesse renouvelée de la nature et l’éternelle harmonie du monde. Le Mars du Latium complète et détermine cette antique conception. Chez les Hellènes, qui transformèrent les cultes pélasgiques, en les dépouillant de leur sens physique et les ramenant à la vie humaine, cette notion complexe se divisa. Mars devint plus exclusivement la personnification de la lutte et de la guerre sous tous leurs aspects. La théogonie Cretoise le fait naître de Zeus et de Héra. [Iliade, V, v. 896. — Hésiode, Theog., 921.) Junon, dans un jour de rébellion contre Jupiter, se réfugie en Thrace , touche une fleur à l’insu de Jupiter, et donne le jour à Mars. (Ovide, Fastes , Y, 229.) — Mars est le dieu qui, dans la mêlée, pousse un cri tel qu’on croirait entendre dix mille guerriers criant à la fois, et qui, blessé par Minerve, à laquelle il est toujours opposé, couvre sept arpents de son vaste corps. [Iliade, Y, 855, xxi, 403.) Voir Creuzer, Religions de l’antiquité,

Apollon, Bacchus et Hercule sont assis à côté de Mars.

Apollon, la main gauche appuyée sur une lyre, dirige la main droite vers Aphrodite, qu’il désigne à Bacchus. Le torse du dieu est nu, les cuisses et les jambes seules sont drapées. La tête, tournée vers Dionysos, est d’une beauté ravissante. Raphaël a toujours interprété avec un génie supérieur cette haute conception de la jeunesse virile, et son Apollon réalise un des types les plus achevés de la beauté divinisée. Quelle élégance dans l’ovale allongé du visage ! Quelle pureté dans le front ! Quelle douceur et quelle pénétration dans les yeux! Quel fin sourire sur les lèvres! Quel art, quelle inépuisable fantaisie dans l’arrangement de la chevelure ! comme elle se relève avec grâce sur le sommet de la tête, comme les nattes qui courent à travers les bandeaux couronnent le front avec noblesse, et dans quel cadre délicieux les traits se dessinent au milieu des longues boucles qui retombent jusque sur les épaules ! Gomment mieux rendre le « Phébus à la longue chevelure » d’Homère1? Tout cela est de pure inspiration, et vainement l’on chercherait ici l’inflùence d’une pensée étrangère. On citera facilement dans l’antiquité de plus grands modèles, mais nulle part on ne trouvera rien de plus charmant. Malgré les souve-

liv. V, sect. ii, ch. v, art. iii, p. 511 , du texte français, par M. Guigniaut.

Page 1