Millin, Peintures de vases , II
« éprouve les premières sensations de la volupté , et « dont l’ esprit occupé d’une douce rêverie, entre le « sommeil et la veille, cherche à en rassembler les « images fugitives 1 2 3 4... »
A côté du dieu qui avait promené vers l’Orient son brillant cortège et célébré joyeusement dans l’Inde un facile triomphe, Raphaël a eu l’heureuse inspiration de placer Hercule, le héros de l’Occident; Hercule, qui avait porté jusque .dans l’Ibérie ses pénibles trophées; Hercule qui, après une lutte constante et toujours victorieuse contre les ténèbres, avait osé s’attaquer même à la Mort2; Hercule enfin, le soleil invaincu qui, réuni a Apollon et a Bacchus, était venu agrandir le cercle des divinités que l’antiquité adorait comme de lumineuses émanations du maître des dieux4. Ce qu’il s’agissait de représenter ici, ce n’était pas le héros tutélaire qui avait consacré les efforts de sa vie à combattre le mal sous toutes ses formes, c’était Y Hercule olympien réconcilié avec Ju-
1 . Winckelmann, Histoire de l’art chez les anciens, t. I, liv. IV, cli. ii. p. 380.
2. Hercule avait osé attaquer Hadès dans les enfers. (Euripide, Alceste , 846.)
3. Hercule a de nombreux rapports avec Mithras. Suivant les vieilles généalogies grecques, le (ils d’Amphitryon et d’Alcmène était de sang égyptien par son pere et par sa mère tout a la fois, et, par son aïeul Persée, il descendait du dieu soleil Bélus. La tradition ajoutait que Jupiter avait pris la figure d’Amphitryon pour donner le jour à Hercule.
4. Apollon, fils de Latone, Bacchus, fils de Sémélé, et Hercule, fils d’Alcmène, avaient pour père commun Jupiter et étaient placés au premier rang des divinités de la lumière et du soleil.
non 1 et jouissant, au milieu des dieux, d’une gloire éternelle. Raphaël avait sous les yeux un modèle sublime, et il s’y attacha avec un pieux respect. L’Hercule du Belvédère avait été trouvé à Rome, sous le pontificat de Jules II, sur l’emplacement du théâtre de Pompée, au Campo ciel Fiore. Ce marbre était horriblement mutilé : il ne restait plus que le torse, mais ce fragment suffisait pour qu’on pût connaître un des aspects les plus élevés de l’art des anciens. Si, par exemple, on rapproche l’Hercule Farnèse2 de l’Hercule du Belvédère, dans le premier on reconnaît un homme, dans le second on a la révélation d’un dieu. C est le repos éternel, en regard du repos passager qui suit l’accomplissement des héroïques travaux. Ici, la musculature, accusée avec énergie, témoigne en faveur du héros qui a vaincu les monstres et qui doit encore soutenir de terribles combats. Là, on assiste aune transformation de l’humanité; on voit l’homme dans sa dignité morale et divine, jouissant enfin de la plénitude de sa force, mais d’une force désormais supérieure aux accidents de la vie. Le sentiment d’une félicité parfaite s’est répandu sur les muscles de ce torse majestueux, sans amoindrir en rien l’intensité de l’énergie vitale. C’est le héros divinisé, dont le corps