‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 145 sur 214 · Hésiode compte jusqu’à trexis mille fleuves · texte numérisé non relu

Hésiode compte jusqu’à trexis mille fleuves

rapports naturels et mythologiques qui les unissaient à ce héros1.

Le fleuve asiatique est sur le premier plan. C’est une grande figure entièrement nue, dont le corps se présente de dos, et dont la tête, tournée à droite, se montre de profil ; elle est assise et presque couchée sur les nuages, la jambe gauche repliée sous la jambe droite. Les mains et les avant-bras sont cachés. On ne voit que les bras : le gauche s’appuie sur un tigre; le droit se plie, pour que la main puisse sans doute atteindre aussi l’animal et s’y appuyer également. Dans ce mouvement les épaules se relèvent, s’élargissent et prennent un magnifique développement. Tout le torse est admirablement étudié. L’épine dorsale dessine une courbe, de chaque côté de laquelle se massent avec une simplicité pleine de force les parties musculaires et charnues qui recouvrent les côtes. On sent que tous les rouages fonctionnent à l’aise dans ce corps robuste, où la vie circule avec plénitude et avec abondance. La science de la nature et de l’antiquité est portée dans ce dieu-fleuve à une haute puissance. La tête, coiffée de longs cheveux humides qui tombent de côté le long des joues et par derrière jusque sur le dos, est marquée d’un grand et mystérieux caractère. On se rappelle involontairement la statue du Tibre, que Raphaël pou-

1. Les sources d’eau chaude, divinisées par des Naïades qui entraient dans le système des divinités fluviales, avaient mis Hercule, le héros du soleil et du feu, en rapport assez proche avec ces divi-

PSYCHÉ

vait voir alors au Vatican1 ; mais aussitôt on trouve dans le dessin du Sanzio quelque chose qui fait songer à des œuvres plus éloignées et plus belles. On pense à l’Ilissus du Parthénon, et la conception du Sanzio semble plus voisine de ce marbre mutilé que d’aucun autre monument d’époque romaine. Cependant Raphaël ne connut point les sculptures de Phidias ou de son école2; preuve nouvelle de l’étroite affinité qui rattache ce grand génie aux plus beaux temps de l’antiquité.

A côté du Tigre est le Nil3, dont on ne voit que la tête et le bras droit. Le coude s’appuie sur le sphinx qui se présente complètement de face, ayant du lion les pattes, et de la femme la poitrine et la tête. Cette tête, malgré sa coiffure hiératique et sacerdotale, possède une beauté, une jeunesse, une indépendance, une variété de lignes , une pénétration de regard qui n’appartiennent pas en propre au monstre égyptien, mais qui accusent le souffle plus pur, moins inflexible, moins inexorable de l’idéal grec. Quant à la tête du fleuve, elle se montre également de face et offre les traits d’un vieillard à longue barbe, dont l’expression bienfaisante fait penser à la statue demi-co-

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