‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 158 sur 214 · Plotin, Ennead., IV · texte numérisé non relu

Plotin, Ennead., IV

PSYCHÉ

d’entre elles ne goûtaient qu’avec mesure le fatal breuvage, et gardaient le souvenir de leur origine. Quant à celles qui buvaient à pleine coupe, elles se plongeaient dans la matière, et ce monde, qui n’est qu’une ténébreuse caverne, leur paraissait beau. Se plaisant dès lors dans l’esclavage des sens, elles achevaient de s’oublier, et se trouvaient comme fascinées par les délices de la grotte de Dionysos, symbole du monde sensible et des voluptés grossières. C’est ainsi que, dans la doctrine des mystères, Bacchus était en même temps la personnification du cercle de la vie et du cercle de la mort, et c’est en ce sens qu’il est nommé, chez Hermias, « celui qui veille sur la palingénésie « ou seconde naissance de tous les êtres descendus dans « le monde sensible1. » Ces idées obscures, à travers lesquelles on entrevoit la vérité au milieu des erreurs poétiques de la Fable, reviennent nécessairement en mémoire dès qu’on introduit la figure de Bacchus dans le mythe de Psyché. On se souvient aussitôt que Dionysos s’appelait le Libérateur 3 et qu’à ce titre il ne dut pas rester étranger à la vocation divine de Psyché.

Deux enfants, messagers de Cupidon, reçoivent de Bacchus le breuvage immortel. Le premier de ces Amours, posant ses bras sur une amphore, tient de ses deux mains la coupe que remplit Dionysos. Faisant face au dieu, il apporte dans ses modestes fonctions

Page 1