‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 163 sur 214 · Homère · texte numérisé non relu

Homère

PSYCHÉ

frances de sa vie mortelle est l’image d’un lien qu’elle a brisé , et après la dernière épreuve , toutes les chaînes étant tombées, elle a pu s’élever radieuse vers l’éternité.

Hercule représente, aux noces de l’Amour, l’héroïsme divinisé dans l’Olympe. La flamme du bûcher n’a consumé, dans le fils d’Alcmène, que les éléments terrestres qu’il tenait de sa mère mortelle; et le principe supérieur, qui lui venait de Jupiter, s’est fixé dans les cieux. Dès lors le héros a pris Hébé pour épouse , Hébé dont il partage l’éternelle jeunesse, et il est devenu lui-même un dieu que l’antiquité n’a cessé d’entourer d’un culte fervent. Il est assis en face de Psyché : sa tête est vue de profil ; ses cheveux sont courts; son front est ceint d’une couronne qui rappelle l’Hercule des apothéoses ; l’œil , très-enfoncé dans son orbite, est d’un éclat extraordinaire ; la barbe couvre les lèvres, le menton et le bas de la joue; les traits sont d’une énergie voisine de la violence. Évidemment la pensée de Raphaël a été faussée, ou tout au moins exagérée par lepinceau de son élève. Cette tête héroïque, dont tous les caractères sont outrés , n’a pas la conscience de sa divinité; l’humanité s’y accuse par quelque chose de trop tendu et de presque pénible. Le regard, d’un éclat exagéré, semble plein de courroux; la pommette trop accentuée creuse la joue et donne presque de la maigreur au visage; l’os frontal enfin forme au dessus des yeux une trop forte saillie. Le torse, complètement en évidence, est rendu avec plus d’intelli-

gence et de goût : le dos est modelé avec un remarquable talent ; les muscles ont la force qui leur convient, et cette force est exempte d’exagération. On reconnaît dans ce corps athlétique la puissance du héros et la majesté du dieu. Hercule a retrouvé dans l’Olympe la plénitude de ses hautes facultés ; il a perdu jusqu’au souvenir de ses mystérieuses alternatives d’énergie et de faiblesse, de courage excessif et de sensualité délirante, et l’on revoit en lui quelque chose du type idéal que les Grecs adoraient comme la personnification du courage qui triomphe de tous les obstacles1.

On donne généralement à la femme qui se trouve près d’Hercule, dans le Banquet des dieux , le nom de Déjanire2. Or, rien ne me paraît justifier cette dénomination. Pourquoi Déjanire, après avoir causé la mort d’Hercule, serait-elle réunie à lui dans l’Olympe3? Mieux vaudrait, ce me semble, nommer Iole4, la der-

1. La tête du lion de Némée pend derrière Hercule, et la massue du héros est posée à côté de lui.

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