Bellori, Descrizione dette pülure, etc., p
3. Déjanire, fiancée à Achéloüs, s’unit à Hercule après que le dieu-fleuve eut été vaincu par le héros. Nessus ayant insulté Déjanire, Hercule tua Nessus. Mais Nessus, en mourant, remit à Déjanire une tunique trempée dans le sang qui coulait de sa blessure empoisonnée, l’assurant qu’Hercule lui serait à jamais fidèle si elle parvenait à lui faire revêtir ce tissu. Bientôt Hercule revint avec Iole de la conquête d’QEchalie, et Déjanire, dans un accès de jalousie, envoya à Hercule la fatale tunique.
4. Iole, fille d’Eurvtus, roi d’QEchalie et sœur de Dryope, fut aimée d’Hercule, qui emmena sa captive à Trachine, où elle rencontra Déjanire.
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nière conquête et le dernier amour du héros. Mais, pas plus que Déjanire, Tôle n’a droit de s’asseoir parmi les immortels. Quoi de plus simple, au contraire, que de se conformer à la tradition homérique, et de reconnaître, à côté d’Hercule divinisé, l’épouse qu’il reçut dans l’Olympe des mains de Jupiter, Hébé, la propre fille de Junon? Cette figure, absolument nue, assise et à moitié couchée sur de moelleux coussins, est d’une grande importance pittoresque et d’une rare beauté. Elle est vue de dos, la jambe gauche repliée sous la cuisse droite; elle s’appuie sur son bras gauche et se penche du côté d’Hercule, vers lequel elle retourne la tête, en lui désignant de la main droite le groupe de Neptune et d’Amphitrite. Il est impossible de voir un mouvement plus vif, et qui mette davantage en relief tous les ressorts d’une nature où la force le dispute à la souplesse. La tête se montre de profil; la bouche et l’œil parlent avec vivacité; les cheveux disparaissent sous une draperie qui découvre l’oreille et la plie légèrement; le cou se tord, sans rien perdre de sa rondeur ni de sa forme; les épaules se développent avec ampleur; l’épine dorsale dessine une courbe élégante de chaque côté de laquelle les muscles principaux se massent avec clarté; la taille se cambre sans effort; la hanche forme avec la cuisse une ligne presque droite; le bras droit, horizontalement étendu à la hauteur de l’épaule, fait un geste superbe; les pieds enfin sont d’une finesse qui défie toute comparaison...
En regardant ce beau corps dessiné avec tant de soin , on pourrait presque dire avec tant d’amour, ces pieds délicats que Raphaël semble s’être complu à montrer sous leurs aspects divers1, on est tenté de chercher dans cette figure le portrait de la femme aimée du peintre. Ce que l’on connaît de la Fornarine répond en effet aux éléments principaux dont nous venons de signaler les perfections. Jetons une draperie sur ces chairs qui s’animent ici d’une vie heureuse, et nous aurons devant nous la même femme que nous voyons agenouillée au premier plan de la fresque (ï II éliodore et du tableau de la Transfiguration. C’est la même nature riche et forte, qu’un regard du Sanzio devait rendre immortelle ; c’est la même sève et la même vie qui circulent dans ces trois figures; c’est la même tête à laquelle le turban sied si bien; c’est enfin ce même pied que Raphaël a si souvent reproduit avec bonheur, depuis la première fois où il le vit entrer dans les eaux du Tibre. En introduisant la Fornarine dans les Noces de Psyché l’Urbinate suivait les errements de son époque, et il usait de cette licence sans que l’ordre de sa composition en souffrît aucunement. Si cette figure est particulièrement belle, le même reflet de beauté se voit sur toutes les autres. S’il a représenté sa maîtresse sous les traits divinisés de
\ . Le pied droit, dont les doigts seuls posent sur les nuées, est vu de profil. Le pied gauche se montre par la plante sous le jarret droit.
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la jeunesse l, s’il l’a confondue avec Hébé, que les poètes appelaient Callisphyros , la déesse aux beaux pieds, il a du moins accompli cette transformation sans que le goût en soit blessé, sans que la logique de son sujet en puisse être troublée 2.
Tel est le cercle des dieux assis à la table du banquet. Éros et Psyché, tout entiers au bonheur qui les réunit, n’entendent et ne voient rien de ce qui n’est pas eux. Jupiter garde le calme de sa dignité. Junon, en se retournant vers Neptune et Amphitrite, attire l’attention d’Hébé, qui, dans un mouvement plein de vivacité, sert de lien entre Hercule et les autres personnages. Quant à Pluton et à Proserpine, ils écoutent
1 . Hébé. — Épvj. — Fille de Jupiter et de Junon, devint l’épouse d’Hercule, lorsqu’il fut admis dans l’Olympe. Elle était adorée en Grèce et en Italie. Dans le Cynosarge, les Athéniens lui avaient consacré un autel qu’elle partageait avec Hercule. A Phlionte et à Sicyone, on la révérait dans un bois sacré sous les noms de Ganymedae t de Dia. A Rome, on l’adorait comme déesse de la Jeunesse sous le nom de Juventas.
2. Un très-beau dessin de cette figure, exécuté à la sanguine, se trouvait dans la galerie de sir Thomas Lawrence (n° 19), et est gravé parmi les fac-similé exécutés d’après les dessins de cette collection. — Les images antiques d'Hébé sont très-rares, et ne fournissent aucune idée particulière relativement à cette déesse. Cependant ces images n’auraient pas autorisé Raphaël à représenter Hébé entièrement nue. — Voir, à la villa Albani, Hébé offrant à Hercule le breuvage immortel , Guattani, Monumenti inediti , 1787, p. 47. Ce sujet a fourni au père Corsini le motif d’une savante dissertation. — Hercule présenté à Hébé, Micali, t. V, p. 49.— Noces d’ Hercule et dJHébé, R.- Rochette, Mon. ined., I, p. 271. — Hébé prosternée, au moment où Ganymède devient , à sa place, l’échanson des dieux. Ras-relief de la villa Rorghèse, Winckelmann, Explic. de monum. ant., N. 16.
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ce qui se passe autour d’eux, sans se départir de leur silencieuse immobilité. C’est ainsi que tous ces dieux se tiennent et se groupent, et qu’en conservant leur haute physionomie, en exprimant chacun des idées différentes, ils vivent cependant d’une pensée commune.
Les dix convives immortels, tous assis sur un même plan horizontal , paraîtraient peut-être rangés d’une façon monotone au point de vue pittoresque, si le Sanzio n’avait trouvé moyen de rompre cette uniformité, de manière, non-seulement à la faire oublier, mais à la rendre nécessaire. Par un de ces traits de génie familiers à Raphaël, les Heures surgissent audessus des dieux, et leur versent, au milieu des fleurs, la pure volupté des deux.
Les Heures, au nombre de trois1, se sont révélées
1 . Les Heures, hpoct, sont grecques d’origine. Encore indéterminées de nombre et de noms dans Homère, ce sont les déesses de la température, et elles président aux saisons. — Plus tard, elles deviennent les ministres du Soleil et président à la floraison et a la maturité. Dès lors, on distingue l’Heure du Printemps et l’Heure de l’Automne (Thallo, croissance , et Carpo, fructification) . — Elles se plaisaient à parer tout ce qu’aimaient les hommes et les dieux. — On les regardait aussi comme les patronnes et les protectrices de la jeunesse, et lesÉphèbes invoquaient Thallo dans le temple d’Agraulos. Ce furent les Heures qui donnèrent les premiers soins à Junon, à Aristée, à Bacchus et à Mercure, encore enfants. — Leurs attributions physiques se compliquèrent d’attributions morales identiques. Elles exercèrent sur la vie humaine une action analogue à leur action sur la nature, et Hésiode les montre mûrissant les actions des mortels. — Après avoir formé une dyade (Pausanias), on les voit au nombre de trois, dans les hymnes orphiques, Eunomie, Dicé et Irène (Eùvcpuow, Abcnv, Eipuivw), en accord avec les Grâces, présidant
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à Raphaël sous l’apparence de belles jeunes filles, douées d’une jeunesse éternelle et td’une inaltérable douceur. Elles forment, avec les Grâces, le complément des chœurs de chants et de danse, dont Vénus, Apollon, Pan et les Muses entourent l’assemblée des immortels. Toutes trois sont vêtues de longues tuniques qui découvrent les bras. Toutes trois, en mémoire de Psyché, portent les ailes brillantes delà phalène. Toutes trois enfin regardent l’épouse d’Éros avec autant de piété que de tendresse. Elles paraissent comme de purs esprits; leurs jambes se perdent on ne sait ou. tandis que leurs corps montent, semblables à un souffle léger, dessinant une lumineuse auréole au-dessus des divins convives. Les deux premières se penchent l’une vers l’autre en étendant les bras, et leurs mains, chargées de fleurs, se rejoignent au centre de la table du banquet. La troisième se renverse en arrière et mêle son encens aux prières des deux autres. Est-il rien de plus beau que ces bras qui s’élèvent comme des actions de grâces, et que ces mains qui s’ouvrent pour répandre des fleurs? Quel recueillement, que d’âme et que d’intelligence dans cette tête qui s’incline, couverte d’ombres diaphanes à travers lesquelles brille le regard profond de l’ange et du séraphin1! Peut-on rêver un
aux lois, aux mœurs, à la paix. Dans la suite elles se groupèrent en téirade répondant aux quatre saisons de l’année.
\ . Cette première figure, placée au-dessus de Proserpine, est tournée à droite vers Psyché. C’est le bras droit qui projette l'ombre sur les traits du visage, laissant sur la tempe et la joue une lumière qui forme avec cette ombre une vive et heureuse opposition.
mouvement plus exquis que celui de cette autre tête virginale, qui, lçs yeux remplis d’une émotion divine, se retourne vers Psyché1? Quelle douce flamme dans les yeux de la troisième des Heures, quel trésor de bénédictions dans ses traits, avec quelle sympathie tendre et respectueuse elle contemple Psyché2! Comment enfin ne pas répéter, en présence de ces images adorables, quelques-unes des invocations poétiques que les anciens leur adressaient? Ne sont-cepas là les déesses florissantes du printemps, les déesses aux doux visages, fraîches comme l'aube matinale, brillantes comme le lever du soleil , pieuses et recueillies comme l'heure de l'adoration ?
Mais une idée plus haute me domine, et si les mots de prière et d’encens, d’anges et de séraphins me sont échappés en présence de cette évocation païenne, c’est que je n’avais pas devant moi des divinités d’origine hellénique. Ce ne sont pas là, en effet, les Heures de l’antique épopée ; ce ne sont pas les déesses chargées d’ouvrir ou de fermer la porte des cieux, et de répandre sur la terre les pluies bienfaisantes. Ni l’Heure du Printemps, ni l’Heure de l’Automne, ni aucune des Heures terrestres ne sauraient m’émou-
\ . Cette figure, opposée à la précédente, est placée entre Junon et Neptune. Le corps s’incline à gauche, et la tête se retourne à droite vers Psyché.
2. Cette troisième figure, placée derrière la première et tournée comme elle vers Psyché, se renverse en arrière et ne lève que la main droite chargée de fleurs. L’autre main est ramenée vers le corps.
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voir à ce point. Le type de pareilles images ne se rencontre pas dans le temps, il n’est que dans l’éternité, et vainement je chercherais ici le résumé des attributions physiques et morales qu’honorait l’antiquité dans les filles de Jupiter et de Thémis. Ces ligures sont exclusivement chrétiennes parle sentiment, par la grâce et même par la forme. Elles rayonnent de l’intelligence souveraine qui gouverne le monde et le bénit dans tous les siècles; elles représentent vraiment un de ces rares et sublimes accents qui jaillissent à de longs intervalles du cœur même de l’humanité, et qui restent à travers les âges comme une révélation dont aucun trouble n’altérera jamais la pureté. Aux ailes de la phalène substituons les ailes de l’archange, et nous reconnaîtrons aussitôt les messagers du Très-Haut descendus pour prier auprès du Sauveur, et pour répandre sur son berceau toutes les fleurs du Paradis l.
On tenterait donc vainement de trouver dans l’antiquité des figures semblables aux fleures, ou plutôt aux anges du Sanzio. Soit qu’on regarde le bas-relief de la villa Albani2, soit qu’on considère le candélabre de la villa Borghèse3, aucun rapprochement n’est possible, aucune analogie ne peut s’offrir à l’esprit.
1. Voir les anges répandant des fleurs, dans la Sainte-Famille de François Ier, au musée du Louvre.
2. Sur ce bas-relief, les figures sont au nombre de quatre. Ce sont les Heures du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver.
3. Sur ce candélabre, qui appartient maintenant au musée du Louvre, les Heures ne sont qu’au nombre de trois.
BAPHAEL ET L’ANTIQUITÉ.
Cependant, même au milieu de ses inspirations les plus chrétiennes, Raphaël conserve toujours quelque chose de commun avec le génie de l’antiquité, en ce qu’il conçoit la beauté souveraine, absolue, permanente, immuable et toujours identique à elle-même...
. Faciès non omnibus una,
Nec diversa tamen; qualem decet esse sororum 1.
11 semble avoir médité cette parole de Platon : « Le « beau n’a point de type ». Certes nul artiste grec n’eût imaginé les Heures telles que Raphaël les représente dans les Noces de Psyché ; mais en les douant d’une expression moderne, le Sanzio les a représentées dans un repos parfait des sens, avec une égalité d’âme supérieure à toute agitation. Toute passion disparaît en elles. Elles sont trop élevées, trop inaccessibles au vulgaire pour se communiquer beaucoup d’une manière sensible. Contrairement à la beauté antique, elles parlent plus à l’âme qu’à l’esprit, et ce n’est plus avec la sagesse humaine, mais avec le sentiment religieux qu’elles s’entretiennent. Elles n’ont pas le calme de la nature divine, tel que le comprenait le paganisme; loin de cette froide impassibilité, elles expriment les plus douces affections, et se montrent comme les messagers du Dieu qui, voulant racheter le monde, en a lui-même épuisé les douleurs. Si Phidias, en mettant les Heures sur le piédestal de. Jupiter à Olympie, et