Homère, Iliade , ch. xxiv, v
est vu de dos, et tourne la tête à droite, du côté de Vénus. C’est la jambe droite qui porte le poids du corps; la jambe gauche se relève et s’appuie sur un plan supérieur également formé par les nuées. Le manteau du dieu, en glissant jusqu’au bas des reins, découvre tout le torse et n’enveloppe plus que les cuisses et une partie de la jambe droite1. Le visage se montre de profil et est noyé dans l’ombre; l’œil, grand ouvert, est fixé sur Aphrodite; la bouche fait entendre des mélodies divines ; les cheveux très-abondants, attachés sur le front par un large nœud, forment ensuite un épais bandeau qui ceint la tête comme un diadème, et se répandent enfin sur le cou et jusque sur les épaules2. On ne voit que les bras; les avantbras et les mains sont cachés3; le haut de la lyre apparaît seulement; mais le mouvement général est tellement juste, qu’on voit pour ainsi dire cette figure sous tous ses aspects. Toutes ces formes sont grandes dans leur simplicité. L’épine dorsale, les omoplates et les muscles du dos s’animent et se meuvent sans violence. L’air entre sans effort dans la poitrine du dieu, gonfle les poumons, soulève et abaisse alternativement les côtes. La hanche droite dénote une force et une sou-
\ . Le genou et la jambe gauches sont nus.
2. Une natte rattache le nœud du front aux cheveux de la nuque, et, de chaque côté de cette natte, partent des ondes allant se perdre dans le bandeau qui encadre le front et les tempes.
3. L’avant-bras droit disparaît derrière le corps du dieu; l’avantbras gauche, qui pourrait être visible, retient le manteau et est caché par lui.
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plesse extraordinaires, et le mouvement qui la fait saillir met en évidence la noblesse de la taille du dieu. Cette figure rappelle les beaux antiques, sans en copier aucun ; elle semble sonore et lumineuse, et il est difficile de concevoir une plus grande image du dieu du jour et de l’harmonie1.
Pan et les Muses forment le cortège d’Apollon.
Pan 2 est sur un second plan et en partie caché par le dieu Musagète ; il regarde Vénus et l’accompagne en soufflant dans la syrinx2’; il a les cheveux et la barbe crépus, le nez légèrement épaté, de petites cornes, de longues oreilles et des pieds de bouc 4. Ce n’est donc pas le dieu rural et pasteur des grandes époques de l’art, le Pan à figure com-
\ . Un beau dessin de cette figure se trouve dans la Collection albertine.
2. Pan, originaire d’Arcadie, était un dieu nature, dans lequel les mythographes et les philosophes de l’école d’Alexandrie virent un symbole de l’univers. Il vint au monde avec les jambes, les cornes et le poil du bouc, et Mercure l’avant apporté dans l’Olympe, tous les dieux se prirent à rire. Il présidait aux bois et aux pâturages. C’était en outre un dieu musicien et danseur, et on lui attribue l’invention de la conque marine, de la flûte et du chalumeau. Il enseigna, dit-on, la divination à Apollon lui-même. Son culte, inconnu en Grèce au temps d’Homère et d’Hésiode, fut répandu par Épiménide dans les contrées helléniques. Profondément altéré par les rêveries mystiques des philosophes de tous les âges, il parvint à Rome et s'v modifia profondément, en s’identifiant avec les dieux Inuus et Faune.
3. La syrinx était la flûte à sept tuyaux adoptée par le dieu Pan.
4. On regardera avec intérêt, à côté de la tête de Raphaël, la tête très-caractérisée de la médaille de la famille Vibia. Morelli, Thesaur., p. 444. — Creuzer, fig. 499.
plétement humaine des médailles de Sicile 1 et d’Arcadie2. Ce n’est pas non plus le Pan des Bacchanales, le bouffon plaisant et quelquefois obscène du cycle et du thiase de Bacchus. C’est un état intermédiaire entre ces représentations ; c’est le gai joueur de flûte et le folâtre danseur de l’école de Praxitèle, l’amant le plus opiniâtre des Muses et le maître d’harmonie du jeune Olympus. Tel il apparaissait souvent au milieu des nymphes gracieuses. Placé entre Apollon et les filles de Mnémosyne, loin de rompre l’équilibre du groupe musical , il complète l’accord de ces voix divines 3.
Pan , pour les anciens, était un des emblèmes de l’art... « Thamus ! Thamus ! Thamus ! annonce à Pa- « Iode que le grand Pan est mort, » criait au ier siècle ciel” ère chrétienne la voix défaillante de l’antiquité 4, et tous les échos de la mer Ionienne répétaient avec tristesse ce cri lamentable. Cependant le grand art
1. Pan, complètement nu et imberbe, s’est assis sur un tertre, et joue avec un lièvre. Dans le champ, on lit le nom du dieu écrit en lettres grecques. — Méd. de Messana, en Sicile.
2. Pan, 'a peu près semblable au précédent, est assis sur le mont Olympus, en Arcadie. Il tient dans sa main droite le pedum (bâton pastoral). — Méd. des Arcadiens.
3. On ne voit du Pan des Noces de Psyché que la tête, l’épaule droite et une partie du bras, la hanche et la cuisse droites. Le bas du pied droit disparaît au milieu du nuage. Tout le côté gauche est caché par le corps d’Apollon.
4. Une tradition célèbre, rapportée par Plutarque, racontait que, sous le règne de Tibère, un vaisseau se trouvant un soir auprès des îles Écbinades, le capitaine Thamus entendit une voix profonde l’appeler trois fois par son nom. Ayant enfin répondu, la voix mystérieuse ajouta : « Annonce à Palode que le grand dieu Pan est « mort. »
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n’était pas mort, car, étant immortel, il ne saurait mourir. Il peut s’obscurcir pendant de longs siècles; mais la précieuse étincelle demeure toujours, et quelles lueurs généreuses elle répandait déjà depuis l’aurore de la Renaissance, quand Raphaël en fit jaillir les radieuses clartés !
Les Muses enfin, personnifiant la science engendrée d’un hymen mystique entre la Sagesse [Z eus) et l’Intelligence (. Mnémosyne ), forment avec Apollon le cercle harmonique dont Pan occupe le centre. Ce sont elles qui font entendre le chant nuptial des noces de Psyché dans l’Olympe1. S’effaçant sur un plan secondaire et n’ayant pas leurs attributs spéciaux, elles sont difficilement reconnaissables. — La mieux caractérisée est Melpomène. Placée entre Vénus et Apollon, elle est vêtue d’une simple tunique; sa main gauche porte le masque tragique, et de la main droite elle soutient sur son épaule la trompette de la renommée. — On ne voit que la tête de la muse qui vient ensuite. Est-ce Ërato, la muse de la poésie érotique et de la mimique? Il lui manque la couronne de laurier, le plectrum et la grande cithare2. Est-ce plutôt Clio, la muse de l’histoire, ou Euterpe, la muse de la poésie lyrique? Comme elle n’a ni le rouleau ni la double flûte3, on ne saurait le dire. Une seule chose est certaine, c’est
1. Selon Hésiode, les Muses forment les chœurs du banquet des dieux.