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que cette muse chante comme la précédente, et comme Apollon lui-même. — Celle qui suit chante aussi. Une partie seulement de ses traits apparaît entre le dieu Musagète et Pan; et comme cette tête, vue de face, lève les yeux au ciel, on peut l’appliquer soit à Uranie, la muse de l’astronomie, soit à Calliope, la muse de l’éloquence et de l’épopée. — Quant à la quatrième1, l’arrangement particulier de sa coiffure pourrait sans doute lui faire attribuer de préférence le nom de Polymnie, la muse des hymnes et des mythes. — La seule dont la figure se montre presque entièrement se trouve à l’extrême gauche de la fresque et la termine de ce côté2. Elle est vue de profil et tournée à droite, regardant Vénus avec complaisance. Ce torse presque nu, la vivacité de ces yeux, la franchise et l’animation de cette physionomie appartiennent sans doute à Terpsichore, la muse des chœurs de chants et de danse. — Une dernière parmi les Muses s’aperçoit encore entre les deux précédentes; mais elle est à peine indiquée, et s’il la faut mentionner, c’est seulement dans l’intention de ne rien omettre. — Les Muses ne jouent donc qu’un rôle secondaire dans la composition de Raphaël. Elles sont là pour accompagner et pour compléter la grande figure d’Apollon, plutôt que pour paraître en leur nom et avec leur propre valeur. C’est donc en vain qu’on chercherait
\ . Elle est placée derrière Pan, et retourne sa tète vers la gauche. 2. Les pieds de cette figure se perdent au milieu des nuages.
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à les rapprocher, soit des Muses de Lysippe décrites par Pausanias, soit des Muses de Philiscus célébrées par Pline, soit de tout autre monument antique... Au commencement de nos études sur Raphaël, nous avons vu les Muses, avec leur douce éloquence, couvrir, dans le palais des Papes, les pentes fleuries du Parnasse, en compagnie des grands poëtes de l’humanité1. L’Urbinate alors débutait presque dans la voie de l’antiquité, et d’un seul bond s’élevait jusqu’aux plus hautes cimes. Arrivé au terme de sa course, nous le voyons rendre un dernier hommage aux Muses. Fidèle à la tradition d’Homère, il se rappelle que le chant est le bonheur des dieux, et il évoque une fois encore les chastes sœurs, pour qu’elles réjouissent de leurs tendres chansons les noces de l’Amour et de Psyché.
Pour ce dernier tableau, plus encore peut-être que pour tous les autres , il importe de dégager la conception du maître de l’interprétation de l’élève. C’est le Fattore qui a peint cette fresque. Aucun doute n’est possible à cet égard, et l’observation est en parfait accord avec la tradition. On retrouve en effet facilement, dans les diverses parties de cette grande peinture, les qualités et les défauts de cet artiste : de la délicatesse, un soin extrême, beaucoup de bonnes intentions, une docilité parfaite ; mais une absence presque complète
Voir les fresques de Raphaël au Vatican. Chambres , p. M3.
de verve et de spontanéité, pas d’élan, pas de hardiesse, une certaine lenteur de pinceau, enfin l’impossibilité de s’élever au-dessus d’un niveau moyen et d’atteindre aux sommets sur lesquels il aurait fallu qu’il pût se promener sans effort. Heureusement la beauté de ces compositions a triomphé des défaillances de l’exécution , et quand on a surmonté le premier découragement que fait éprouver l’aspect général des couleurs dénaturées et dont la plupart sont devenues fausses, on restitue facilement à chacune des parties de ce vaste ensemble son véritable caractère.
Francesco Penni, nous l’avons vu déjà, préparait en général ses figures à bon-fresque , puis il ajoutait, trop souvent à tempere, les ombres et les parties claires. Il obtenait ainsi des fonds vigoureux et inaltérables, sur lesquels il modelait ensuite, au moyen de procédés fugitifs et presque éphémères. Le plus grand nombre de ses figures semblent désormais éteintes et sans animation, parce que la lumière les a depuis longtemps abandonnées. Ce peintre, avec une couleur charmante, avec un sentiment généralement vrai de la pensée du maître, nous paraît maintenant, même au point de vue de l’harmonie, plus fâcheux et quelquefois plus âpre que Jules Romain, qui, avec un mauvais choix de couleurs, comprenait mieux les exigences de la peinture à fresque. Aussi lorsqu’on compare entre elles les deux fresques du Conseil et du Banquet des dieux, quelque dure d’aspect que soit la première, la seconde
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est d’une apparence plus désagréable encore. Mais sous cette surface peu limpide et presque obscurcie, avec quel ravissement on retrouve les grandes beautés exclusivement propres au Sanzio!
Le groupe de Gupidon et Psyché présente encore de très-belles parties. L’épouse d’Éros surtout porte l’empreinte d’une tendresse et d’une émotion qui se traduisent avec fraîcheur L — Les Grâces , placées derrière Psyché, ont été originairement peintes à bonfresque, et elles ont, gardé leur valeur. C’est même là, dans tout ce tableau peut-être, la partie qui a le moins souffert. Cependant si ces trois figures sont bien peintes, le dessin, surtout en ce qui concerne la seconde, manque d’ampleur et de style2. — Bacchus, malgré les restaurations importantes qu’il a subies, est à moitié perdu. Ce n’est plus qu’un corps rouge, sur lequel la ruine a déjà étendu son voile. Tl n’v a plus ni modelé, ni délicatesse. Le temps, en enlevant les demi-teintes mises à sec, a enlevé du même coup toute l’harmonie. — Les deux petits Amours qui assistent Bacchus sont également presque perdus. On ne voit plus que le dessin de ces figures, dont le simple trait suffit à révéler la beauté. — Ganymède, quoique fort abîmé aussi, s’est mieux conservé dans certaines parties. Si la face a poussé au rouge et au noir, si les cheveux sont rela-
\ . La draperie qui couvre Psyché est jaune avec des reflets verts.
2. Le dessin original de ces trois Grâces est dans la collection royale d’Angleterre.
tivement trop clairs, l’épaule, le bras droit et les jambes sont à peu près intacts, et la draperie verte à reflets roses demeure avec une belle qualité de tons1.
— Le Jupiter, avec sa chevelure noire et blanche, est encore une bonne peinture ; tandis que Junon sera bientôt méconnaissable2. — Neptune a conservé les traces de sa puissance. Quant à Amphitrite, elle est presque perdue. Sa chevelure, tres-blonde, jure horriblement avec le reste de la figure, dont les chairs et jusqu’à la draperie sont d’un rouge dur et désagréable.
— Pluton, quoique d’une couleur éteinte, a gardé son redoutable caractère. Sa tête, couronnée d’une chevelure noire, est d’une grande vigueur d’expression. — Proserpine a tant souffert, qu’elle est devenue presque laide. Son visage ne présente plus qu’une couche de couleur épaisse et sans transparence 3... L’interprétation de ces six personnages manque de grandeur. L’antiquité était loin de se révéler au Fattore avec la simplicité sublime quelle avait aux yeux de Raphaël. — Hercule a été repris par Carie Maratte ; bien qu’ayant trop poussé au rouge, il a sauvé les principaux traits de sa force. — Hébé est superbe, et cette figure modelée en pleine lumière est une des bonnes peintures du Fattore. Sans doute un grand
4 . Le dessin de cette figure a passé de la collection Richardson au musée du Louvre.
2. La tête, notamment, est devenue beaucoup trop rouge. Un voile vert flotte sur les cheveux blond foncé de la déesse. La tunique est bleu clair.
3. La tunique est verte, avec des ombres et des reflets violets.
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nombre de détails sont perdus maintenant; mais la beauté de ce corps à la fois robuste et délicat a triomphé du temps et de la ruine L — Parmi les Heures qui répandent des fleurs sur la table des dieux, celle du milieu s’est particulièrement bien tenue, loutesles valeurs des tons primitifs se retrouvent à peu près intactes, et le clair-obscur demeure avec tout son charme ; les ombres portées sur la face par le bras droit et par la tête sur le bras gauche -ont conservé leur transparence, tandis que les parties éclairées sont lumineuses et vives, sans violence et sans rien de heurté; la tunique jaune reste encore avec toute sa légéreté. Les têtes des deux autres Heures, tout en gardant la pureté de leurs lignes, sont devenues couleur lie de vin, et leurs draperies se sont alourdies2. — Le rouge et le noir, en dominant toutes les autres couleurs, ont singulièrement exagéré l’âpre caractère de Yulcain. — Le petit Amour qui porte le carquois vide de flèches est maintenant d’une couleur monochrome et violette. — Aphrodite a beaucoup souffert aussi. Les joues, de fraîches et roses qu’elles étaient jadis, se sont couperosées, tandis que des taches blanches et massives ont pris la place du travail délicat de la tempera dans les parties claires. De
\ . La draperie, qui enveloppe les cheveux d une façon si com plète et en même temps si originale, est jaune avec une large îaie blanche.
2. L’une de ces draperies (celle qui appartient à la figure de droite) est rose, l’autre est lilas clair.
même sur le sein, l’épaule et le bras, les lumières trop vives et trop crues enlèvent aux chairs toute suavité. La draperie verte à couleur changeante a été préservée davantage. Grâce aux lignes charmantes de la tête, grâce aux contours élégants du corps, la déesse a gardé quelque chose de son immortelle jeunesse et de sa légèreté. Sans cette pureté de formes, ce ne serait plus qu’une danseuse vulgaire et surannée, tentant sous le fard de vains efforts pour paraître belle encore. — Le modelé du torse d’Apollon a également perdu toutes ses finesses. Le dessin est admirable; mais la lumière manque sur tous ces muscles encore accusés avec précision, et les parties molles et charnues se sont comme affaissées sur elles-mêmes. — Pan est devenu trop sombre. — Les Muses enfin, bien qu’ayant aussi poussé au rouge et au noir, se sont mieux conservées que la plupart des autres parties du tableau. Ces figures ayant moins d’importance que les autres, Francesco Penni les a pu peindre entièrement à bon-fresque, et ce procédé, convenablement employé, a fourni une preuve nouvelle de sa solidité, on pourrait presque dire de son inaltérabilité.
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