‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 174 sur 214 · Id., ibkl · texte numérisé non relu

Id., ibkl

9. Ce tableau, tiré de Pompéi, est au musée de Naples. — Assise presque nue sur un bloc de marbre, Psyché, les cheveux épars sur les épaules, regarde fixement la terre, avec l’expression de la douleur. Un Cupidon, debout devant elle, lui applique sur le sein

présentations sont charmantes sans doute, mais ne s’élèvent pas comme idée morale au-dessus du récit d’Apulée; elles affectent en outre les formes déjà lourdes et un peu épaisses d’un art de décadence. Les initiés pouvaient y voir un sens profond; pour nous, ce ne sont que des tableaux de genre, presque toujours empreints d’une grâce incontestable, mais généralement dépourvus d’émotion. Il n’y a donc là aucun rapprochement utile à faire avec les fresques de Raphaël.

Laissant de côté les œuvres qui rappellent le mythe oriental arrangé par les conteurs de Milet et d’Éphèse, cherchons si nous trouverons quelque analogie plus sérieuse entre les images où Psyché est considérée comme pur symbole d’immortalité et tes pendentifs de la Farnésine.

Les plus anciens parmi ces monuments et les plus dignes d’admiration sont ceux où la phalène sert d’emblème aux destinées de l’âme après la mort... Ici un Cupidon presse une phalène sur son cœur1, ou bien la torture en lui brûlant les ailes, ou

une torche enflammée, un autre lui lie les mains derrière le dos, un troisième plane au-dessus et répand du baume sur ses blessures. A droite une femme, vêtue d’une tunique violette, est debout appuyée contre une colonne; elle tient une quenouille et un éventail, et attache sur Psyché un regard de colère. C’est peut-être Némésis Réparatrice. A gauche, une autre femme, vêtue d’une robe bleue, ramène sur sa poitrine une légère étoffe de gaze verte, et contemple Psyché avec attendrissement : c’est sans doute la figure de l’Espérance, qui assiste l’Ame dans ses épreuves.

1 . Description of ancient terra colla, in lhe British Muséum, pl. xxs.v, 73. — Creuzer, t. IV, 2e part., pl. cv bis, 409, b.

PSYCHÉ

en la piquant cruellement à un arbre1. Là une phalène vole au-dessus d’une lyre et en fait vibrer les cordes 2. Ailleurs la phalène semble sortir du sein d’une femme chastement voilée 3, ou voltige à côté d’une dépouille mortelle... Et les inscriptions venant en aide à l’artiste, on lit sur un tombeau : « J’ordonne « à mes héritiers de faire voler sur mes cendres un « papillon ivre, et de couvrir mes ossements4. » On voit encore une jeune femme courbée, sur le dos de laquelle rampe une larve, tenir délicatement la phalène par les ailes5, etc... Le paganisme, même à son insu, inclinait vers le christianisme, et cet art symbolique parut quelquefois aux premiers chrétiens digne de figurer dans leurs cimetières. C’est ainsi que le mythe de Psyché traversa, sans se perdre, les époques barbares et ferventes du moyen âge, et qu’au seuil de la Pienaissance Dante fit entendre un écho sublime de l’antique légende : « O chrétiens superbes, malheu- « reux, débiles, qui, infirmes de la vue de l’esprit, « vous fiez à vos pas qui vous font rétrograder ! « Ne savez-vous donc point que nous sommes des «vers nés pour devenir l’angélique papillon qui, « sans que rien l’en défende, vole devant la justice? « Pourquoi votre âme s’élève -t- elle avec orgueil? « Vous êtes pour ainsi dire des insectes imparfaits,

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