‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 179 sur 214 · LES TRIOMPHES DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

LES TRIOMPHES DE L'AMOUR

Il nous reste à parler encore des fresques qui remplissent les quatorze lunettes placées entre les pendentifs. C’est là que de nombreux Amours s’élèvent triomphants vers le ciel , célébrant à l’envi les exploits du fils de Vénus, et portant comme preuves de sa puissance les attributs des dieux vaincus par lui. Ces beaux enfants montrent à Psyché quel haut prix elle doit attacher à l’époux auquel elle va s’unir.

I. — On voit d’abord1 un Amour lancé dans l’espace, tenant d’une main un arc et de l’autre montrant des flèches, dont il essaye la pointe avec l’un de ses doigts. Cet enfant est d’un admirable dessin. Deux moineaux volent entre ses jambes. Devant lui un autre Amour sort du sein des nuées et regarde vers la terre.

II. — Vient ensuite l’Amour vainqueur du maître des dieux. 11 porte avec aisance sur ses épaules le foudre et les traits de Jupiter, et se joue pour ainsi dire de ces terribles attributs 2. L’aigle dés-

En commençant par la gauche de la Loge.

2. On remarque sur le corps de cet enfant de très-beaux effets de clair-obscur.

PSYCHÉ

armé plane avec majesté devant l’enfant vainqueur.

III. — Puis, l’Amour se montre armé du trident de Neptune. De beaux effets d’ombre et de clair-obscur sont répandus sur cet enfant. Une aigrette et d’autres oiseaux de mer voltigent autour de lui.

IV. Dans l’arc suivant sont deux Amours, dont l’un tient la fourche de Pluton, et dont l’autre est presque couché sur Cerbère. Des oiseaux de nuit apparaissent au milieu des nuages.

y. Les armes de Mars sont légèrement portées par un petit Amour, qui descend à tire-d’aile vers la terre. Deux faucons avides accompagnent la dépouille du dieu de la guerre1.

YI. — L’arc et le carquois d’Apollon sont également enlevés par l’Amour, et c’est en vain qu’un hippogriffe2 semble vouloir s’opposer à ce rapt.

VII. — De même, l’Amour a dépouillé Mercure de son pétase et de son caducée. Cet enfant se présente en raccourci, vu de bas en haut, et l’on sent que ces difficultés de perspective ne furent pas le fait de Raphaël .

VIII- IX. — Voici maintenant l’Amour vainqueur de Bacchus et de Pan. Ici il joue avec le thirse, entouré des fruits de la vigne, et tourne la tête vers une

] . L’expression de ces enfants s’élève, par des gradations savantes, de la grâce la plus tendre à la beauté la plus grande.

2. L’hippogriffe est une création fabuleuse inconnue a l’antiquité. Il appartient au moyen âge, et ce fut Bojardo qui, le premier, le consacra dans la poésie.

panthère qui s’acharne vainement après lui1. Là il porte le chalumeau du dieu rural 2.

X-XI. — Les deux Amours qui suivent se sont empalés des armes des héros. L’un élève légèrement audessus de sa tête un casque, sur un lourd bouclier qui projette une ombre transparente sur toute la figure du terrible enfant. L autre se couche avec abandon sur les dépouilles du guerrier qu’il a vaincu.

XII* Plus loin, ils réunissent à deux leurs forces pour porter la massue d’Hercule, tandis que vers eux s avance la Harpie, à laquelle Raphaël a conservé le caractère de beauté qu’elle possède dans les traditions primitives recueillies par Homère et par Hésiode 3.

XIII. — Vulcain aussi a été dépouillé de ses instruments de travail, et voici l’Amour qui s’élance portant les tenailles et le marteau du divin forgeron4. A côté est une salamandre qui semble sortir du milieu des flammes.

XIV. — Enfin, pour montrer que la terre et les eaux sont soumises à l’empire de Cupidon, un dernier Amour conduit avec facilité un lion et un hippocampe 5.

Tous ces Amours sont d’une exécution magistrale.

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