Pittor. d'Ercol. , III
cette étude comparative démontrera à chaque instant qu’un dieu inconnu à l’art antique s’est révélé à l’art moderne, et que ce dieu s’est fait enfant et faible pour s’imposer au monde par un nouvel amour, qui s’appelle la Charité.
Tous les tableaux des pendentifs et des lunettes sont entourés de guirlandes de fleurs peintes par Jean d’Udine. La variété de ces encadrements est pour ainsi dire infinie. Ce sont de véritables chefs-d’œuvre de goût, de grâce et d’imagination. Il semble que toutes les fleurs et que tous les fruits de la création aient été jetés là par enchantement... Ou plutôt tous les trésors du règne végétal prodiguent, à l’envi leurs riches couleurs et leurs parfums exquis, pour rendre hommage aux divins symboles. .. Ces fleurs ont conservé leur fraîcheur : elles sont comme une ébauche de la vie et de la beauté, à côté de la vie elle-même et de la beauté par excellence; elles accompagnent de leur sensibilité silencieuse les accents sublimes de l’Ame et de l’Amour. Au point de vue de l’exécution, ce sont là des modèles qu’on n’a jamais dépassés et qu’on a rarement égalés 4.
]. Jean d’Udine n’avait pas peint ces guirlandes de fleurs jusqu’à la corniche de la Loge. Il en restait encore à peindre plusieurs palmes, qui furent habilement exécutées sous la direction de Carie Maratte, lors de la restauration qui eut lieu auxvn® siècle. Les cintres des fenêtres simulées en face des arcades extérieures, étaient
PSYCHÉ
Avant de quitter ce palais et ces fresques, il faut protester contre les bruits qui s’acharnent encore aujourd’hui, dans cet endroit plus que partout ailleurs , contre la renommée de Raphaël. Dès que le Sanzio fut mort, « dès que le siècle eut perdu « son printemps1, » on commença à dire que, plus épris de sa maîtresse que de son art, il avait délaissé ses travaux pour s’abandonner aux voluptés grossières, et l’on n’a cessé depuis trois siècles de répéter cette invention sous toutes les formes. On a ajouté qu’Augustin Chigi, désespérant de voir le Sanzio poursuivre et achever son œuvre, avait amené et logé dans sa villa la femme aimée du peintre, afin que celui-ci pût mener de front ses amours et ses fresques. On a montré enfin ce beau génie trouvant la mort à la fleur de l’âge pour avoir abusé de la vie. Cette antithèse ridicule était à la portée du plus grand nombre, et elle a fait son chemin : elle est passée maintenant à l’état de légende dont la vérité aura difficilement raison. Nous avons déjà protesté et nous protestons encore contre de pareilles imputations.. Raphaël s’éteignit jeune encore parce que ses forces ne purent supporter son génie; il est tombé sous le poids d’une vie intellectuelle trop
également demeurés sans décoration, et cette partie du mur restée blanche formait un contraste fâcheux avec les tableaux existants. Des motifs d’architecture, peints avec talent par Domenico Paradisi et Giuseppe Belletti, vinrent combler cette lacune et compléter cet ensemble.
1. Comme disait Périclès, en pleurant les héros morts pour la patrie.
intense. Aucune preuve historique n’affirme les excès amoureux de ce grand homme : mais l’histoire parlerait-elle, que je l’accuserais de mensonge, tant il est impossible d’admettre le contraste d’une vie débauchée avec des pensées dont la chasteté ne s’est jamais démentie, avec des œuvres dont la progression a été constante depuis la première jusqu’à la dernière heure. L’artiste qui, au moment de mourir, peignait la Transfiguration, était en pleine possession de lui-même. Que Raphaël ait aimé, cela est certain ; que cette nature, si tendrement sympathique, se soit éprise d’une femme dont la jeunesse et la beauté l’avaient charmé, cela est incontestable ; que cette femme enfin, en laissant complètement libre le génie de l’Urbinate, ait exercé sur son talent quelque influence, je dirai même quelque empire, cela n’est pas douteux. Mais il n’est pas moins évident que si les traits de sa maîtresse venaient comme d’eux-mêmes s’offrir à son pinceau, c’est que son cœur les lui montrait sous un jour qu’éclairait l’idéal.
En poussant souvent jusqu’à l’immoralité l’amour de l’art et du beau, la Renaissance avait suivi la trace de l’antiquité. Apelle ayant vu la courtisane Laïs près de la source de Pirène, l’emmena avec lui. De même Raphaël, ayant aperçu sur les bords du Tibre la fille d’un fornaro1 du Transtévère, fut frappé de sa beauté, aima la Fornarina et lia sa vie à la sienne 2. C’est