‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 198 sur 214 · LA FABLE DE PSYCHÉ ET LES DESSINS DE RAPHAËL · texte numérisé non relu

LA FABLE DE PSYCHÉ ET LES DESSINS DE RAPHAËL

Avant d’interpréter librement dans ses fresques le sens moral et profond de la Fable, avant de faire une œuvre d’art proprement dite, Raphaël voulut sans doute se pénétrer du caractère profane de son sujet, et transcrire pour ainsi dire littéralement, dans une série de dessins, les moindres incidents et jusqu’aux épisodes les plus vulgaires du récit d’Apulée. Puis dégageant la vérité de l’erreur, il donna pleine carrière à son inspiration personnelle; oubliant tant d’études charmantes, enchaînées encore dans les entraves du roman, il révéla dans ses fresques l’âme triomphante et libre.

Malheureusement ces dessins, qu’on pouvait considérer comme l’illustration la plus complète de la Fable, ont été perdus *, et l’on n’en peut plus juger que par les gravures souvent très-défectueuses d’Augustin Vénitien et du Maître au Dé2. Ces gravures, faites après la mort du maître et sur les

1. Aucune trace de ces dessins n’a pu être découverte. Bottari rapporte qu’en 1735 un peintre anglais, Carlo Jatris, avait rapporté de Florence huit de ces esquisses; mais on a depuis longtemps perdu la trace de ce peintre obscur et de ses collections.

2. Suivant Cumberland ( some anecdotes of the life of Julio Bonasone,

APPENDICE

indications de quelques élèves secondaires, ont à tel point dénaturé la pensée primitive, qu’on a prétendu que Raphaël n’avait été pour rien dans la conception des dessins originaux. Vasari lui-même, dans sa vie de Marc-Antoine 1, en attribue l’invention au peintre flamand Michel Coxie 2 ; et comme Vasari connut personnellement cet artiste à Rome en 1532, il faut compter avec un pareil témoignage. Cependant je ne saurais me ranger à cette opinion. Que les esquisses du Sanzio aient été recueillies par Michel Coxie, et que celui-ci les ait complétées par certains accessoires, pour les livrer ensuite au burin du graveur, je l’admets volontiers. Mais que Michel Coxie ait conçu lui-même tant de belles compositions qui s’imposèrent aussitôt à l’admiration de l’Europe, et qui furent reproduites avec tant d’éclat et de pureté, pendant près d’un siècle, par nos grands émailleurs et par nos maîtres verriers, c’est ce qui est inadmissible. Une preuve me paraît d’ailleurs péremptoire contre l’assertion de Vasari : c’est que ces mêmes dessins , qui ont suscité les chefs-d’œuvre techniques des Pénicaud, des Léonard Limosin, des Pierre Raymond et des Bernard Palissy3, ont servi également à Perino. del Vaga et à son école

p. 42), ce maître graveur était appelé en Italie Daclo, ce qui signifie Dé. La tradition lui a aussi conservé le nom de Beatricius, et, pour le distinguer de Beatrizet ou Beatricius le Lorrain, on l’a surnommé Beatricius l’Ancien. Plusieurs de ses estampes portent la date de 1532 et 1533. (Bartsch, t. XV.) Son dessin est lourd et sans élégance. Ses figures sont trop courtes, ses têtes généralement trop grosses, ses bras et ses jambes trop forts. Augustin Vénitien, qui a gravé trois des planches de V Histoire de Psyché, possède un dessin plus savant et un burin plus ferme.

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