Notamment au Sacrifice de Noé et au Sacrifice à Lystra
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beauté de ces dessins, il importe d’ailleurs de les dégager des entraves et des duretés de la gravure1, et de les étudier d’après les interprétations les plus intelligentes qui en aient été faites. A cet égard on ne saurait trop considérer les émaux de Léonard Limosin, peintre des rois François 1er et Henri IL Cet émailleur célèbre lit deux reproductions en grisaille de toute la série des dessins de Psyché2. 11 est impossible de s’assimiler avec plus de verve et de bonheur l’esprit de ces beaux dessins3.
V. — Voici maintenant le cortège qui conduit Psyché sur la montagne où doit s’accomplir sa destinée.
Psyché est assise sur une chaise drapée que portent deux hommes vigoureux. Absorbée par la douleur, la jeune fille, la tête doucement inclinée sur la poitrine, est simple et touchante dans sa mélancolie. Tout un peuple l’accompagne, et c’est sur elle que se concentre l’émotion. Cette montagne déserte, où l’on conduit Psyché, ligure l’aridité de la vie. Au delà, il y a l’inconnu, vers lequel l’âme tend invinciblement, avec impatience et avec tristesse. C’est la même Psyché à qui Corneille fait dire :
Et je n’ai pas besoin d’exemple pour mourir.
Cette figure principale est placée en sens inverse de toutes les autres. Outre l’heureuse opposition qui en résulte, l’effet mo-
1. Ce dessin a été gravé par Augustin Vénitien. (Bartsclî, n° 295.)
2. L’une de ces reproductions est de l’année 1535, l’autre est de 1515. Dans cette dernière, il se servit des gravures arrangées par Ducerceau d’après celles du Maître au Dé. (Voir la Notice des émaux du Louvre, par M. Léon de Laborde.)
3. Voir au musée du Louvre le n° 240 du catalogue des émaux. Cet émail représente le Père de Psyché consultant l’oracle d’Apollon. C’est une délicieuse grisaille, sur fond noir, avec les chairs colorées et quelques rehauts d’or.
ral est plus saisissant, car de cette manière Psyché tourne le dos au lieu redoutable où on la mène et peut voir quelques instants encore la patrie qu’elle quitte et les parents qu’elle abandonne.
Derrière Psyché, le roi et la reine suivent désolés, mais soumis à la volonté des dieux. Trois personnages accessoires, deux hommes et une femme voilée, les accompagnent. — En avant, deux joueurs détrompé ouvrent la marche; leurs têtes sont coiffées de peaux de lions, et l’ensemble de leurs figures est pittoresque autant qu’harmonieux. Viennent ensuite deux enfants nus, portant les torches de l’hyménée. Il est impossible de méconnaître l’origine de ces beaux enfants, complices de l’amour; le regard qu’ils jettent en arrière sur Psyché est plein de noblesse et de mystérieuse expression. A côté d’eux sont deux jeunes hommes, dont l’un tient également une torche. Au fond, on aperçoit sur le sommet de la montagne une petite figure : c’est Psyché assise sur les roches où le destin l’enchaîne. Ce dessin est dramatique, et les figures qui le composent ont un grand caractère.
VI. — Tout à coup Psyché se sentit caressée par le souffle de Zéphyre, qui, la soulevant dans les airs, la déposa sans secousse sur le gazon fleuri d’une riante vallée. La jeune fille s’étant endormie dans cette fraîche oasis, vit à son réveil les portiques d’un palais merveilleux, au seuil duquel de belles nymphes vinrent la recevoir.
À gauche, Psyché est étendue sur un nuage, où elle repose avec sécurité. Au-dessous de ce nuage, Psyché encore est assise, la tête doucement inclinée en avant. Cette seconde figure, presque entièrement drapée, est charmante. Enfin, à droite, s’ouvrent les horizons lointains: on aperçoit des jardins, des bosquets, des fontaines, les colonnes d’un riche palais; et au milieu de tous ces enchantements, Psyché debout, reçue par trois nymphes qui l’accueillent avec empresse-
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ment. Ces petites figures, reléguées sur un plan secondaire, compétent de la façon la plus heureuse les deux figures principales. Ce dessin a le mérite de présenter en même temps trois scènes différentes et successives, de réunir ces divers sujets par des liens pittoresques qui en font un seul tableau, dont il est impossible de rien distraire sans nuire à l’équilibre et à la beauté de l’ensemble.
VU. — Après que Psyché eut visité toutes les magnificences de sa nouvelle demeure, les nymphes la mirent au bain et la couvrirent de parfums 1.
Le dessin sorti de l’école de Raphaël a dû être une simple étude à laquelle un artiste secondaire, Michel Coxie ou tout autre, a ajouté postérieurement un fond et des accessoires. Rien en effet n’indique une composition définitive et sagement ordonnée, en vue d’un motif spécial et déterminé. Trois femmes nues sortent du bain. La première, à gauche, debout sur le premier plan, passe un linge sur sa tête, et apporte dans ce geste familier une noblesse instinctive. La seconde, au milieu, assise sur le bord d’une baignoire, tient de ses deux mains ses longs cheveux dénoués et pendants; tandis que devant elle, une femme à genoux lui présente un miroir. Dès qu’on adapte ce dessin à la Fable, c’est à la seconde baigneuse qu’il faut donner le nom de Psyché. Il est impossible d’ailleurs de méconnaître le dessin de Raphaël dans l’attitude et dans le mouvement de ces figures. Qu’on se
1. Dans le conte d’Apulée, Psyché est entourée des plus tendres soins mais elle ne voit aucun des serviteurs qui la servent : « Psyché sentit « qu’elle était l’objet d’une sollicitude divine. Docile aux avis du conseiller « invisible, elle se met au lit; puis elle entre dans un bain, dont l’influence « eut bientôt dissipé toute fatigue. » Sensil Psyché divinæ providenliœ beatitudinem : monüusque voces informes audiens, et prius somno, et mox lavacro fatigationem sui diluit. — La Fontaine est effrayé de cette solitude, et il fait servir Psyché, non par des voix invisibles, mais par des nymphes.
souvienne des trois déesses du Jugement de Paris, et l’on sera convaincu que les mêmes beautés originelles, si fidèlement traduites par le burin de Marc-Antoine, se retrouvent ici sous l’impuissance d’une interprétation secondaire. C’est la même distinction naturelle et la même simplicité , c’est la même force, ce sont les mêmes lignes suaves et habilement cadencées, c’est la même science exempte d’exagération. Quant à la troisième baigneuse assise à droite sur un plan secondaire, elle a été complètement transformée par le burin du graveur ; car même dans les épanchements les plus intimes de son inépuisable crayon, jamais Raphaël n’a laissé la trace d’aucune inconvenance; et d’ailleurs le dessin de cette figure manque de la grâce qui pare jusqu’aux moindres émanations de ce noble esprit. Enfin sur un dernier plan, une petite figure est couchée dans un lit. C’est une Psyché endormie, avec laquelle encore Raphaël n’a rien de commun. Quant aux détails et à l’architecture du fond, ils sont lourds et sans élégance. De petites fenêtres, fermées par des vitrines étroitement découpées, sont percées dans des murs épais et sombres. La baignoire est massive et de forme plus que vulgaire. Un grand poêle de faïence se trouve derrière la baigneuse qu’on nomme ici Psyché. Deux aiguières assez sveltes rappellent seules quelques-unes des exigences artistiques de la Renaissance italienne. Ainsi, dans la gravure1, il faut voir deux choses : des figures dans lesquelles l’esprit de Raphaël se reconnaît aux prises avec la nature , des études qui n’avaient sans doute rien de définitif encore, et qui certainement auraient été ennoblies, atténuées, changées, s’il y avait eu lieu de les concevoir en vue d’un tableau ou d’une fresque; puis d’autres figures secondaires, et tout un entourage qui sont évidemment dessinés dans un autre esprit et par une autre main. Si Raphaël avait eu à composer le bain de Psyché,
1. Cette gravure est d’Augustin Vénitien. (Bartsch, n° 2.57.)
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il eût tout subordonné à la figure principale, il l’eût douée d’une grâce spéciale, il l’eût entourée de soins attentifs, et il n’eût pas montré trois baigneuses entre lesquelles l’œil hésite à reconnaître celle qu’il doit regarder comme Psyché. Il importe du reste, en regardant la plupart des gravures du Maître au Dè, de procéder ainsi à une sorte de travail d’élimination , et de dégager la pensée du Sanzio des liens pesants qui trop souvent la paralysent et l’enchaînent.
VIII. — Au sortir du bain, un repas fut servi à Psyché, et pendant ce repas elle entendit une musique divine qui chantait les louanges et la glorification de l’Amour1. Ces douces harmonies arrivaient mystérieusement aux oreilles de Psyché : elles semblaient sortir du murmure des fontaines et de la solitude des bois ; la nature entière les répétait avec des modulations infinies.
Ici la composition est complète, et témoigne d’une unité de sentiment et d’inspiration qui permet de croire que le dessin de Raphaël a fourni tous les éléments de la gravure. Psyché, étendue sur un lit de repos, se retourne doucement vers un petit Cupidon, qui, à genoux sur le même lit, pose sa tête sur l’épaule de la jeune fille. Leurs regards se confondent, et toute cette figure de Psyché exprime une tendresse infinie2. Sa