Ce méchant couple amenait avec lui
La curieuse et misérable Envie ,
Pâle démon, que le bonheur d’autrui Nourrit de fiel et de mélancolie.
(La Fontaine, ibid., liv. I.)
C’est aussi la basse jalousie des sœurs de Psyché qui remplit tout le premier acte de la pièce de Molière. Seulement les personnages n’y ont absolument rien d’antique. Les sœurs de Psyché, Aglaure et Cidippe, vaines et romanesques, sont de vraies précieuses. Psyché, au contraire, est douce, naturelle, bonne, sensible sans effort, aimable sans pruderie. Ces caractères opposés abondent en détails attrayants, en oppositions fines et gracieuses ; mais ils appartiennent aux romans de mademoiselle de Scudéry plutôt qu’à la fable païenne.
APPENDICE
vages lointains de la mer, au sein de laquelle va se plonger le soleil couchant. Enfin, dans un nuage au-dessus des flots, les deux sœurs de Psyché sont emportées par Zéphyre loin du palais enchanté.
XII. — Nous retrouvons encore ici Psyché en compagnie de ses sœurs. Les deux méchantes femmes mettent en commun, pour la perdre, leur infernal génie1. Elles lui persuadent que l’être mystérieux qui l’a prise pour femme est un monstre hideux qui bientôt doit la dévorer. Elles la supplient de braver les ordres de cet odieux époux, de chercher à le voir et de s’en défaire à tout prix. Ce nouveau groupe, qui paraîtrait ne pouvoir être qu’une répétition du précédent, en diffère cependant par l’ordonnance autant que par la pensée. Les deux dessins n’ont rien de semblable entre eux que le style, qui est admirable de part et d’autre. Je préfère même peut-être encore ce dernier. Psyché nous apparaissait tout à l’heure rayonnante du bonheur qu’elle confiait à ses sœurs. Nous la voyons maintenant courbée sous leurs insinuations perfides, humiliant devant elle sa beauté jusque-là triomphante. Cette beauté, ne reflétant plus la même beauté morale, est comme amoindrie par l’idée du mal qui a pris déjà possession de la malheureuse enfant. La pauvre Psyché est debout, implorant un appui contre les désirs impies qui se sont emparés d’elle. Mais vainement elle lutte encore sous l’étreinte d’une curiosité fatale, elle est vaincue et se rend à merci aux conseils qui doivent la perdre. Ses sœurs sont assises devant elle. Une passion identique les anime et les fait parler. Ce sont deux formes différentes d’un même sentiment; on voit, à l’arrogance de leur attitude et de leur geste, à la manière hautaine dont elles tournent la tête vers Psyché, que leur triomphe est assuré2.
* 1. Perfidæ lupulæ magnis conatibus nefarias insidias tibi comparant.
2. La scène précédente se passâit devant le péristyle du palais : celle-ci
XIII. — L’inquiétude et la curiosité l’emportent sur l’amour. La treizième gravure1 nous dévoile le crime et la punition de Psyché. La nuit a ramené l’invisible époux, qui, après avoir prodigué à l’épouse ses plus tendres caresses, s’est profondément endormi. Alors Psyché, quittant furtivement le lit nuptial, a pris de la main gauche une lampe sacrilège, a armé sa droite d’un poignard, et s’apprêtait à tuer le monstre, quand tout à coup elle reconnaît Cupidon luimême 2. Saisie de crainte, elle s’agenouille en extase devant l’Amour, et se penche vers lui pour le regarder et le contempler encore. Ses yeux se dilatent et semblent ne pouvoir s’ouvrir assez pour contenir la merveille d’un semblable spectacle; ses lèvres frémissent, brûlantes d’un feu nouveau 3; sa chevelure s’agite au souffle d’une passion que la fragile enfant ne peut contenir. Toute sa figure enfin rayonne de bonheur et tremble d’émotion. — Quant à l’Amour, on ne reconnaît en lui aucun des traits d’idéale beauté décrits
a lieu dans l’intérieur même de l’édifice, ouvert à droite sur la campagne, et qui permet de voir dans un coin du ciel les deux sœurs enlevées encore par Zéphyre.