Psyché, au contraire, a le torse nu
XXL — Psyché, espérant désarmer Vénus par sa soumission, prend la résolution d’aller se livrer elle-même. « Gomme « elle approchait, l’Habitude, une des suivantes de Vénus, ac- « court... et, la saisissant par les cheveux, l’entraîne sans « qu’elle oppose aucune résistance. Dès qu’Aphrodite vit sa « victime en son pouvoir, elle poussa un grand éclat de rire , « de ce rire que produit souvent l’excès de la colère. Secouant a la tête et se frottant l’oreille droite : « Où sont, dit-elle, mes « deux servantes, l’Inquiétude et la Tristesse? » Elles parais- « sent, et Vénus leur livre Psyché. Aussitôt elles la frappent de « verges, la tourmentent de mille manières, puis la ramènent « en présence de la déesse. »
Il y a de très-belles parties dans la gravure qui répond à ce passage du conte d’Apulée. D’un côté, Vénus est assise entièrement nue, portant la main à son oreille , ainsi que le dit la Fable. La tête et le torse sont d’un aspect grandiose et d’un calme plein de noblesse; le mouvement des cuisses et des jambes trahit seul, par ce qu’il a d’excessif, l’irritation de la déesse. De l’autre côté, Psyché arrive en sanglotant, entre les deux cruelles messagères de Vénus. L’une la tire par les cheveux, l’autre la bat de verges; tandis que, debout derrière Aphrodite, l’Habitude, les cheveux couverts d’un long voile, avance vers l’épouse infortunée d’Éros, la main également armée de verges menaçantes. Ces deux groupes, parfaitement équilibrés entre eux , s’enchaînent et se complètent mutuellement. Il faut encore remarquer ici combien cette traduction de la Fable est moins triviale que la Fable elle-même, et combien le sentiment vrai de la beauté rehausse et ennoblit les sujets les moins nobles. Quoi de plus ridicule que les paroles de Vénus dans Apulée? La déesse voit Psyché porter les fruits de l’Amour, et ce qui l’irrite surtout, c’est la pensée qu’elle va être grand’mère : Félix vero ego, quæ in ipso ætatis meæ flore voca bor avia. Et après avoir crié bien haut qu’elle refusait son consentement à cette union clandestine, elle termine en di-
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sant : « Le marmot sera bâtard, si toutefois je lui donne le « temps de naître... » Acper hoc spurius iste nascetur; si tamen partum omnino proferre te patiemur. Quoi de plus grotesque qu’un pareil langage, quoi de plus irrévérencieux, quoi de moins conforme au type d’immuable jeunesse que toute religion doit donner à ses dieux? Or, dans le dessin dont on peut attribuer les traits principaux à Raphaël, toutes ces taches grossières disparaissent, et la pureté des lignes exclut l’impureté des idées1.
XXII. — Vénus, après avoir elle-même accablé Psyché de ses coups, se fit apporter du froment, de l’orge, du millet, de la graine de pavots, des pois, des lentilles et des fèves, et mêlant le tout ensemble, commanda à sa victime de séparer ces graines et de les ranger par espèces. Psyché restait immobile en présence de cette tâche impossible, lorsqu’une fourmi compatissante s’en alla réunir ses compagnes. Aussitôt toutes ces filles alertes de la terre se mirent à l’œuvre, et bientôt cet amas confus se trouva divisé et classé. Vénus, étant revenue vers le soir, vit avec stupéfaction ses ordres exécutés. Elle reconnut aussitôt la puissance de l’Amour, et, de plus en plus irritée, elle se retira, après avoir jeté dédaigneusement un morceau de pain à Psyché.
D’un côté , on voit Vénus étonnée à la vue du travail qu’elle croyait irréalisable et qu’elle trouve accompli. La figure de la déesse est nue dans toute la partie supérieure et n’est pas sans beauté. Elle exprime plutôt la surprise que la colère.
1. Un autre dessin, sorti sans doute aussi de l’école de Raphaël, et qui a été également gravé, montre Psyché renversée à terre et entourée de Furies déchaînées contre elle par Vénus. Ces mégères sont au nombre de quatre : trois jeunes, dont les torses sont nus ; et une vieille, entièrement drapée. Les unes arrachent les cheveux de la victime, les autres l’accablent de leurs coups. Cinq petits Amours apparaissent au-dessus de ces femmes et intercèdent en faveur de l’épouse de Cupidon.
Sa main gauche pose sur la tête de Psyché qu’elle incline et courbe vers la terre. — De l’autre côté, l’épouse de Cupidon est à genoux aux pieds d’Aphrodite. Cette seconde figure de Psyché est massive et laide. C’est sans doute l’effet de l’impuissance du graveur, car l’ensemble de ces deux groupes ne manque pas de beauté.
XXII J. — « Le char de l’Aurore commençait à peine à s’éle- (( ver au-dessus de l’horizon, que Vénus fit venir Psyché, et lui a dit : « Vois-tu ce bois bordé dans toute sa longueur par une <; rivière dont les eaux sont déjà profondes, bien qu’encore « voisines de leur source? Un brillant troupeau de brebis à la « toison d’or y paît, sans gardien, à l’aventure : il me faut à « l’instant un flocon de leur précieuse laine. Va, et fais en sorte '( de me la rapporter sans délai. » Psyché s’élance aussitôt, espérant trouver la mort dans les eaux du fleuve. « Or, voici « qu’un vert roseau, doux organe d’harmonie, inspiré tout à « coup par le vent qui l’agite, se met à prophétiser en ces « termes : « Pauvre Psyché, déjà si rudement éprouvée, garde- « toi de souiller par ta mort la sainteté de mes ondes, et n’ap- « proche pas en ce moment du formidable troupeau qui paît « sur ce rivage. Tant que le soleil de midi darde ses rayons, « ces brebis sont possédées de rage. Tout mortel alors doit re- « douter leurs blessures... Mais une fois que la nuit aura tem- « péré l’ardeur de l’astre du jour, dès que les brises de la « rivière auront rafraîchi le sang de ces animaux furieux, tu <( pourras sans peine gagner ce haut platane nourri des mêmes « eaux que moi, et trouver sous son feuillage un sûr abri. Alors « tu n’auras, pour te procurer de la laine d’or, qu’à secouer « les branches des arbres voisins, où elle s’attache par flocons. » « Ainsi, le bon roseau faisait entendre à Psyché de salutaires « conseils... Ayant observé toutes ces choses, elle revint bienci tôt vers Vénus, les mains pleines de la toison d’or. »
Vénus est debout, tournant sa tête en arrière vers Psyché,
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et désignant du doigt les troupeaux à la riche toison. La déesse, presque nue \ est d’une belle et fière tournure. Son geste est impérieux, sans être violent, et le mouvement du bras droit est superbe. Cette figure a un caractère remarquable de grandeur. A côté, l’épouse de l’Amour n’a l’air que d’une simple mortelle. — Au fond, on voit, par delà le fieuve qui circule à travers la campagne, d’abord le roseau bienfaisant qui parle à Psyché, puis Psyché qui ramasse la laine d’or des brebis endormies. Cette dernière petite figure est charmante.
XXIV. — Vénus, voyant encore sa vengeance lui échapper, remet une boîte à Psyché : « Prends cette boîte, et va de ce « pas aux enfers, au sombre ménage de Plu ton. Tu présente teras cette boîte à Proserpine, et tu lui diras : Vénus de- 't mande un peu de votre beauté, ce qu’il en faut pour un jour « seulement; car toute sa provision s’est épuisée par la contt sommation qu’elle en a faite en servant de garde-malade à « son fils. Va, et ne tarde pas à retourner... »
Psyché s’élance aussitôt vers une tour élevée, dans l’intention d’y monter et de se précipiter du sommet, lorsqu’une voix sort de cette tour et enseigne à la jeune, fille le moyen d’exécuter l’ordre de Vénus. La Fable est pleine de ces tableaux vivants où les choses inanimées prennent elles-mêmes une voix pour s’entretenir avec les hommes, pour les conseiller, les soutenir, les sauver ou les perdre.
J’aime moins ici le groupe principal. Vénus est vulgaire et sans noblesse, et c’est par la taille seulement qu’elle domine Psyché. Le mouvement de Psyché est meilleur; le regard de la jeune fille, fixé dans la direction du doigt de Vénus, a une fermeté remarquable. — Au fond, on voit une ombre humaine qui sort de la tour et se porte au-devant de
1. La draperie ne couvre que les cuisses et les jambes. La nudité est toujours le privilège de Vénus.
Psyché, pour la prévenir et la sauver. Plus loin encore on aperçoit « Lacédémone, cette noble cité de l’Achaïe, » et Psyché qui se dirige vers le Ténare. La pauvreté du fond contraste avec la fraîcheur des premiers plans 1.
XXV. — Cette gravure montre au loin Psyché, engagée déjà dans le chemin des enfers, rencontrant l’âne chargé de fagots et passant sans répondre à la voix de Panier boiteux. — Les eaux de l’Érèbe arrivent jusque sur le premier plan. Sur ces eaux, Psyché navigue en compagnie de Caron, auquel elle a remis l’obole exigée. « Caron est là, exigeant son péage; car « ce n’est qu’à prix d’argent qu’il passe les arrivants sur l’au- « tre rive. Ainsi l’avarice vit encore chez les morts! Ni Caron, « ni Pluton même, ce dieu si grand, ne font rien pour rien. « Le pauvre, en mourant, doit se mettre en fonds pour le « voyage : nul n’a droit de rendre Pâme que l’argent à la « main. » Tandis que, dans le récit d’Apulée , l’irrévérence religieuse touche sans cesse au grotesque, tout, dans le dessin qui a servi au Maître au Dè, porte l’empreinte de la tenue et de l’austérité. C’est ainsi que la Renaissance a su rendre quelquefois au paganisme de la décadence la pureté de ses lignes primitives. La figure de Caron est sévëre,
1. Dans la Fable, Vénus, avant d’ordonner à Psyché de descendre aux enfers, lui enjoint d’aller dérober de l’eau à la source même du Styx, et c’est l’aigle de Jupiter qui vient au secours de l’épouse d’Éros. On s’étonne de ne rien trouver qui rappelle cet épisode dans les trente-deux gravures attribuées au Maître au Dé. Mais une gravure assez rare, exécutée dans le même esprit et d’après des dessins do la même source, se trouve cataloguée au tome XV de Bartsch, n° 71, page 224. Psyché est à genoux devant Vénus qui se penche vers elle avec un geste menaçant, en lui remettant un vase de cristal. A droite s’élève une montagne, surmontée d’un rocher d’où s’échappent les eaux bouillonnantes du Styx. Ces eaux coulent, jusque sur les premiers plans, où des monstres bizarres les gardent avec vigilance. Sur la montagne, on aperçoit Psyché, à laquelle l’aigle rapporte le vase rempli de l’eau redoutable. C’est une bonne composition, traduite par le graveur avec un soin particulier.
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sans avoir rien de rébarbatif. Quant à Psyché, debout à côté du sombre nautonier, elle reflète une mélancolie silencieuse et calme, qui ajoute à sa grâce quelque chose d’imposant et de recueilli. C’est une vivante, enveloppée des ombres de la mort. Elle passe sans répondre au mendiant, qui, à genoux sur la rive, fait appel à sa compassion... Il me paraît impossible de méconnaître dans cette poétique image l’influence directe du génie de Raphaël. Tout est dramatique dans cette composition, jusqu’à l’aridité du sol et jusqu’à la disposition fantastique des nuages. Quant aux figures, elles semblent comme écrasées par une atmosphère épaisse et glacée.
XXVI. — Psyché a rencontré ensuite les femmes occupées à faire de la toile1, et, se souvenant des ordres de la divinité qui la guide dans son périlleux voyage, elle a refusé de mettre la main à la trame mystérieuse. Puis elle se trouve aux prises avec le chien à trois têtes, qui veille sans cesse à l’entrée du palais de Proserpine, et elle l’apaise en lui donnant un des gâteaux dont elle s’est munie. Cette figure de Psyché, pour être moins belle que la précédente, ne manque cependant pas d’élégance. Son geste est naturel, et la confiance avec laquelle elle approche le monstre est touchante dans sa naïveté. Les trois têtes de Cerbère sont d’un beau caractère : l’une (celle du milieu) dévore avec joie l’appât qu’on offre à sa férocité; l’autre, déjà subjuguée et soumise, se courbe humblement devant la jeune fille; quant à la troisième, elle semble protester encore, et se redresse avec une terrible vigilance. Au fond on aperçoit quelques frais ombrages; et l’on se souvient aussitôt du cinquième acte de la pièce de Corneille, où le poète, conduisant aussi sa Psyché dans les enfers, la fait pénétrer
Dans des bois toujours verts, ou d’amour on respire Aussitôt qu’on est mort d’amour.
1. Ces femmes, au nombre de trois, sont reléguées ici au second plan, et assises à l’ombre d’une masure.
XXVII. — Psyché est enfin parvenue jusqu’à Proserpine. A genoux devant la déesse, elle s’acquitte du message de Vénus, et reçoit la boîte au contenu mystérieux. Proserpine est assise; elle retourne la tête vers Psyché, et le mouvement de toute sa figure est simple, naturel et plein de douceur. — Quant à Psyché, son attitude est parfaitement expressive, très-humble et très-suppliante1. Le burin du Maître au Dè a beaucoup alourdi ces deux figures entièrement drapées; mais on reconnaît encore, à travers cette interprétation insuffisante, l’élégance du dessin primitif. Nul autre personnage ne vient rompre dans cette composition l’effet unique de ce groupe, qui semble plongé au milieu des profondeurs de la nuit éternelle.
XXV 1 1 1 . — Psyché est sortie des enfers, « elle revoit et « adore la blanche lumière du jour.» Alors une curiosité fatale la saisit. « Vraiment, se dit-elle, je serais bien simple, lorsque « je porte la beauté des déesses, de n’en pas retenir un peu « pour moi, quand ce serait peut-être le moyen de ramener « le charmant objet que j’adore. » Aussitôt elle ouvre la boîte. « Mais à peine le couvercle est-il soulevé que, sans que ni « beauté ni aucun objet ne se montre, une vapeur infernale.,
1. La Fontaine, allant plus avant dans le cœur et dans les sentiments de ses personnages, insiste davantage sur l’humilité de Psyché en présence de Proserpine. Il la montre dénigrant sa propre beauté qu’elle dit être flétrie et que ses sœurs enviaient :
Que mes sœurs étaient folles !
Elle exalte au contraire la beauté de la déesse, beauté qui n’a pas besoin de fard :
On aperçoit assez qu’il n’est point fait pour vous.
Elle cherche à détourner l’envie, à exciter la pitié :
Enfin l’Amour m’aima, je l’aimai sans le voir,
Je le vis, il s’enfuit .
(La Fontaine, ibid., liv. II.)
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<( véritable émanation du Styx, s’empare des sens de Psyché, se « répand comme un voile sur tous ses membres et la renverse a au milieu du chemin, où elle reste étendue dans l’immobiu lité du sommeil ou plutôt de la mort. » Cependant Cupidon, guéri de sa blessure, vole au secours de son amante 1. « Il la dégage avec soin des vapeurs qui l’oppressent et qu’il <( replace dans la boîte. Puis, de la pointe d’une de ses flèches, « il touche légèrement Psyché et la réveille... »
A droite, sur le premier plan, Cupidon s’échappe par l’étroite fenêtre de sa prison. Au fond, on le voit qui ranime la pauvre âme étendue à terre, victime pour la seconde fois d’une curiosité fatale. Enfin, au centre de la composition, il remet à Psyché la boîte qu’il lui commande de porter aussitôt à Vénus... En considérant ce retour d’Éros vers Psyché, les strophes du Cantique des Cantiques ne s’offrent-elles pas comme d’elles-mêmes à l’esprit? « Lève-toi, mon amie, ma « belle, et viens. Car voici que l’hiver est fini, la pluie est a passée, elle a disparu. Les fleurs commencent à paraître sur « la terre, le temps des chansons approche. La voix de la tour- « terelle a été entendue dans nos champs ; les jeunes pousses « de figuier commencent à rougir, la vigne en fleur exhale « son parfum. Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens. » N’estce pas là l’idéal des paroles que l’Amour doit prononcer pour réveiller l’Ame anéantie par la douleur; et l’Ame aussi ne peut-elle pas répondre, avec la Sulamite: « Je dors, mais mon « cœur veille. C’est la voix de mon bien-aimé !... Le voici qui « vient bondissant sur les montagnes... 11 frappe : ouvre-moi, « me dit-il, ma sœur, mon amie, ma colombe ; car ma tête « est couverte de rosée , les boucles de mes cheveux sont « toutes trempées de l’humidité de la nuit2... » — La Sula-
1. Sed Cupido jam cicatrice solida revalescens... Psyclien accurrit suam...
2. Le Cantique des Cantiques a tour à tour été considéré : comme un chant d’amour composé par Salomon à l’occasion de son mariage avec
mite, victorieuse de toutes les épreuves, s’évanouit dans les bras de son amant, qui la transporte endormie dans le village où elle est née. L’Amour prend Psyché, après qu’elle a triomphé dans le temps de la douleur et de la mort, pour s’unir à elle dans l’éternité.
XXIX. — Les épreuves de Psyché sont enfin terminées. L’Amour monte au ciel et va trouver Jupiter, auquel il demande Psyché pour épouse. Le maître des dieux exauce cette prière et ordonne à Mercure de convoquer le conseil des dieux... Il est impossible de rien entendre de plus irrévérencieux çjue le langage prêté à Jupiter par Apulée. « Monsieur mon « fils, dit la Sagesse en s’adressant à Cupidon, vous n’avez « guère respecté en moi la suprématie déférée par le consen- « tement des dieux... Vous m’avez compromis dans je ne sais « combien d’intrigues amoureuses avec des mortelles. En « dépit des lois, notamment de la loi Julia et de toute morale « publique, vous avez chargé ma conscience, aussi bien que « ma réputation, de scandaleux adultères. Flamme, serpent,
Abisag (la Sulamite); comme une réunion de fragments pastoraux; comme une allégorie de l’alliance de Jéhovah avec Israël (théologiens de l’ancienne loi); comme un présage de l’alliance de Jésus-Christ avec son église (théologiens chrétiens); comme une peinture de. l’amour divin et de l’union que l’extase opère entre Dieu et l’âme humaine ( école mystique de Hugues de Saint-Victor, Gerson et Tauler); comme un drame pastoral destiné à la représentation scénique (MM. Ewald et E. Renan). La date du Cantique des Cantiques est antérieure à l’an 924 avant Jésus-Christ, et postérieure à l’an 986, elle est par conséquent postérieure à la mort de Salomon et antérieure à l’époque où Amri construisit Samarie, qui prit la place de Thcrsa ot devint la capitale du royaume du Nord. Ce poëmc date donc de l’époque du schisme qui eut lieu sous Roboam, vers le milieu du xe siècle avant Jésus-Christ, une des époques les plus fécondes de l’histoire des Hébreux. Le génie d'Israël y éclate dans toute son indépendance. Ces strophes, qui reflètent avec tant de fraîcheur la verte nature de la Palestine du nord, sont presque contemporaines d’Homère, et en les rappelant à propos de la fable d ç, Psyché, on se reporte plus facilement vers le génie épique de l’ancienne Grèce, auquel il faut sans cesse remonter si l’on veut avoir l’intelligence du grand art païen.
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« oiseau , bête des bois, bête d’étable; il n’est métamor- « phose ignoble où vous n’ayez ravalé la majesté de mes « traits; mais je veux être débonnaire... En revanche, s’il se « montre là-bas quelque jeune fille d’une beauté exception- « nelle, souvenez-vous que vous me devez une compensation. » On admire davantage encore les fresques de Raphaël à la villa d’Augustin Chigi, après avoir relu le texte qui les devait inspirer. La vingt-neuvième gravure montre également Jupiter embrassant l’Amour et apportant dans cette étreinte quelque chose d’austère et de majestueux, qu’on peut regarder comme l’origine ou le reflet de la fresque. — Dans le Mercure qui s’élance ici pour convoquer les dieux, on peut voir aussi l’origine du Mercure descendant des hauteurs de la Farnésine, rudiment affaibli, il est vrai, et même singulièrement dénaturé par le burin.
XXX. — Cette gravure nous transporte au milieu du Conseil des dieux. On y reconnaît nombre de traits communs avec la fresque, et aussi de notables changements. 11 ne me paraît pas invraisemblable d’admettre que le dessin qui a servi au Maître au Dè, a pu être aussi une des études préliminaires du grand tableau peint à la voûte de la Loge de la villa Chigi. Dans la gravure, Jupiter est placé à peu près au centre de l’assemblée. Mars et Janus sont derrière lui, avec Junon, Diane et Minerve. Vénus et l’Amour sont devant lui \ mais n’ont rien de commun avec ces figures telles qu’elles sont dans la fresque. Cependant, cet Amour surtout me semble bien appartenir à Raphaël. Apollon et Hercule, sans être identiques à l’Apollon et à l’Hercule de la Farnésine, les rappellent sensiblement. Bacchus est absent entre le dieu et le héros. — Au bas de la