‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 51 sur 214 · M. Butavant a fait un fac-similé de ce dessin · texte numérisé non relu

M. Butavant a fait un fac-similé de ce dessin

formée par le style, elle continue de vivre dans la dignité du symbole. Rien n’est moins apprêté, moins cherché, moins académique, et rien n’est plus grand. Le bras gauche se lève et la tête se tourne sur l’épaule avec une remarquable aisance. Les yeux sont bien ouverts, nous regardant encore avec la même confiance qu’ils devaient avoir, il y a trois siècles et demi, quand ils plongeaient dans les yeux du maître, pour y chercher la trace de ses nobles pensées, il n’est besoin que d’un peu de mémoire et d’attention pour retrouver dans les traits de ce visage l’image de la Fornarina. Le nez, il est vrai, se trouve ici plus droit et l’ovale de la tête un peu plus allongé, mais on reconnaît ces yeux admirables et cette bouche aux lèvres un peu épaisses, aux plis fermes et accentués. C’est aussi le même corps élégant et robuste qui se cambre sans effort et qui se relève avec fierté. Cette draperie, tout élémentaire et simplement attachée sur l’épaule, témoigne d’un art qui, pour être spontané et presque instinctif, n’en est pas moins élevé; il faudra bien peu pour faire de cet arrangement quelque chose de définitif et de parfait. La caryatide, cette colonne humaine, est là toute prête à recevoir son fardeau, et elle le portera sans fatigue, sans douleur, avec calme et avec sérénité. Ce sera dans ce cas, il est vrai, une charge légère, la plinthe d’un soubassement, et voilà pourquoi le bras peut impunément s’écarter du corps et se lever au-dessus de la tête, presque dans l’attitude des canéphores athéniennes.

En interprétant la nature selon les tendances de son

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