CARYATIDE DE LA CHAMBRE D’HÉLIODORE
propre génie, Raphaël s’est encore instinctivement rapproché des grands modèles grecs qu’il ne connaissait pas. Les caryatides du temple de Neptune Érechthéeont la solidité des caryatides de la villa Mattéi, et elles ont en outre le charme et la grâce. Ce ne sont plus des captives, mais des vierges, portant sur leurs têtes les corbeilles mystérieuses consacrées à Minerve1. Le fardeau, au lieu de ceindre etd écraser le front, est posé légèrement sur le sommet de la tête, sans que les belles ondes de la chevelure en soient altérées2. Quelle que soit la lourdeur du poids, la face n’a pas besoin de s’élargir pour le porter; elle conserve la forme de son ovale, et les tiaits ne perdent rien de leur pureté. La tunique L au lieu d’être rigidement attachée au-dessous du sein, flotte avec élégance sur la taille, dessinant, par mille plis souples et fins, les contours du corps et des membres inférieurs. La beauté de ces vierges, plus de vingt fois séculaires, a triomphe de tous les mauvais traitements. La sève qu’elles avaient en elles a été intaris-
\. Lessing pense que la tradition $e Vitruve est un conte, et que les caryatides furent à l’origine l’image des vierges lacédémoniennes, célébrant à Carya, en Laconie, les fêtes de Diane. Cependant les figures des prisonniers perses supportaient à Sparte le toit d’un portique. (Voir Pausanias, liv. III, c. 11; Vitruve, liv. I, c. 1.) Il est donc certain que les Grecs ont employé quelquefois des figures de captifs comme supports de leurs monuments.
2. La plus grande partie des cheveux est rejetée en deux masses par derrière le cou. Le reste de la chevelure, divisé en plusieurs nattes, retombe sur le devant des épaules.
3. Un péplum est jeté par-dessus cette tunique qui est trèslongue.
sable, et leur jeunesse est demeurée éternelle. Le temps aurait passé sans les toucher ; il a fallu, pour les profaner, la main barbare des hommes1. Voilà les modèles vers lesquels le Sanzio se sentait invinciblement entraîné, et les dessins qu’il nous a laissés témoignent presque uniformément de cette inclination sublime. C’est, ainsi que les palmiers, confiant au vent leurs caresses fécondes, se cherchent et se retrouvent malgré l’espace qui les sépare 2.
1. Une de ces cariatides se trouve au musée Britannique. — L’École des Beaux-Arts à Paris possède un beau moulage de hÉrechthéion. On consultera également avec utilité les photographies de M. de Rumine.
2. Le dessin d’une autre caryatide de Raphaël se trouve dans la collection de l’Université d’Oxford; mais son authenticité est contestable. — On voit au musée Tevler, 'a Haarlem, un très-beau dessin à la sanguine, représentant un des Hermès mâles de la salle de Y Incendie du Bourg (Passavant). Sans doute il faudrait rapporter au môme ordre d’études tous les dessins qui servirent de prélude aux peintures des soubassements de cette salle de l’Incendie du Bourg. Ce sont des figures d’empereurs, assises, telles que Marc-Antoine en a gravé quelques-unes. Celui-ci tient d une main le sceptre, et de l’autre le globe du monde; il se repose dans la majesté de sa puissance. (Bartsch, t. XIV, n° 441.) Celui-là étend le bras dans l’attitude du commandement. (Bartsch, t. XIV, n° 442.) — Voir aussi, a l’Université d’Oxford, le dessin d’empereur catalogué sous le n° 137. Ce sont là de belles images de cette autorité souveraine, dont les Romains éblouirent le monde et dont Charlemagne rêva la restauration. — On trouve encore, dans la collection du duc de Devonsbire, à Chatsworth, un dessin à la plume, d’après une statue antique d’empereur romain.