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LA CASSOLETTE

la cassolette.

Il importe de parler ici du dessin si connu, dans l’œuvre de Marc-Antoine, sous le nom de la Cassolette. Ce sont presque, en effet, des caryatides, ces jeunes filles qui se tiennent par la main, et qui réunissent, je ne dirai pas leurs efforts, mais leur beauté, leur giâce, pour maintenir sur leur tête une cassolette ornée de salamandres et de fleurs de lis1. Ce sujet, il est vrai, n est plus autant que les précédents dans la donnée de 1 antique; il appartient plus exclusivement à la Renaissance. Les têtes n ont plus le caractère grandiose des anciennes caryatides. Le dessin, fait d’après natuie, que nous venons d admirer au Louvre, avait quelque chose de plus grandiose et de plus imposant. Il est vi ai que la pensée de Raphaël ne nous parvient plus ici que par 1 intermédiaire d’un interprète; et quelque grand que soit cet interprète, il faut toujours s en méfier un peu. Toutefois la composition, telle qu’elle se présente dans la gravure, est délicieuse encoie et ti ès-seduisante. Les têtes sont plutôt charmantes qu elles ne sont belles. Les cheveux s’enroulent avec fantaisie pour couronner le front, et la draperie jetée

\ . On ne voit que deux de ces jeunes fdles, mais elles en cachent une troisième qui est nécessaire à l’équilibre du groupe.

sur ces magnifiques chevelures, pour les protéger du contact direct de la cassolette, rappelle le voile des fiancées et nullement le vêtement des esclaves. La tunique, qui découvre une partie de la poitrine et laisse les bras entièrement nus, dessine les formes avec complaisance. Les ornements de la cassolette, le pied triangulaire sur lequel posent les figures, tous ces détails sont d’une grande élégance. On sait que ce dessin, exécuté pour le roi François 1er, a servi de type à un groupe célèbre de la Renaissance française. Mais si nous ne trouvons plus déjà, dans la gravure de Raimondi, la sévérité des lignes antiques, à quelle distance extrême nous emportent les statues de Germain Pilon! On ne saurait nier cependant le charme et la popularité de cette œuvre. Mais pourquoi cette subite altération? Pourquoi tant de manière, de coquetterie puérile et d’affectation dans les têtes? Pourquoi ces longs pieds? Pourquoi surtout, aux draperies si simples et si harmonieuses dans leur simplicité, avoir substitué ces linges chiffonnés et lourds, sans logique, sans ordre, et par conséquent sans beauté? C’est que l’antiquité si puissante sur l’esprit de Raphaël, alors même qu’il voulait s’en affranchir, ne fut jamais bien comprise par le sculpteur français1.

1. L’Université d’Oxford possède un dessin à la plume qu’il faut mentionner à côté de la Cassolette. C’est un groupe composé d un satyre vu de dos^ placé enlre deux femmes qui élèvent en l’air des vases de forme antique.

ARABESQUES

YII

ARABESQUES

Un dessin comme celui de la Cassolette, pure inspiration de la fantaisie, incline vers l’arabesque, où le caprice peut se produire avec indépendance. On sait quels modèles de délicatesse et de goût la Renaissance engagée déjà dans cette voie avait fournis à Raphaël. Toutes les écoles italiennes avaient eu leurs arabesques. Mantegna surtout avait laissé des types où la perfection semblait près d’être atteinte 1. Mais l’artiste mantoüan, comme la plupart des artistes de la fin du xve siècle, s’était contenté d’agencer avec un art infini les produits d’une végétation idéale : montrant l’acanthe et la vigne qui s’élèvent comme de légers parfums, au milieu des volutes et des spirales élégantes, il n’était pas sorti du domaine exclusif de l’ornementation. On sait avec quelle liberté des tentatives plus hardies avaient été osées ensuite. Les artistes que couvre le nom presque légendaire d 'Antonio da

Voir les bordures des Triomphes. (Bartsch, t. XIII, n° 14.)

Brescia avaient introduit dans Y arabesque les éléments de l’humanité; ils avaient surtout apporté dans leurs travaux une abondance et une facilité qu’il était difficile d’imaginer plus grandes. Comment rêver des décorations plus riches, plus variées, sorties plus spontanément d’esprits plus inventifs? Il faut étudier les dessins et les gravures de ces maîtres trop peu connus, pour comprendre tout ce qu’ils portaient en eux de verve et de fécondité. C’est une source presque intarissable, où l’on peut puiser à l’infini. Malheureusement l’ordre et la logique manquent à la plupart de leurs inventions. Tant que ces artistes s’en tiennent à l’ornementation proprement dite, ils sont irréprochables, et je ne connais rien de plus délicieux que certains nielles de Peregrini de Modène et de Peregrino da Cesena. Mais à côté de ces détails irréprochables, il y a des particularités choquantes. Le goût est incontestable , mais la pureté fait défaut quelquefois1. Il y avait donc encore des progrès à faire, même après les nielles de Peregrini, même après Mantegna, même après Nicoletto de Modène2, Antonio da Brescia et tant d’autres. 11 fallait ne pas suivre aveuglément ces exemples et savoir choisir, au milieu de choses douteuses, ce qui est éternellement beau. Il fallait prendre conseil de

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