ARIADNE
seulement un côté de la poitrine , mais tout le torse, et n’enveloppe plus que les cuisses et les jambes, dont elle accuse avec fidélité les contours1. En enlevant ainsi tous les voiles qui cachent, dans la statue, la partie supérieure du corps, en s’éloignant du modèle plastique qu’il avait sous les yeux, le Sanzio s’est rapproché, sans le savoir, des peintures antiques, qui montrent également Ariadne exposée, pendant son sommeil, aux regards de Bacchus et du Thiase bachique. La figure gravée par Marc-Antoine semble copiée d’après la fresque de Pompéi, qui était elle-même une répétition d’un tableau fameux consacré dans le temple de Bacchus, à Athènes. Que ne connaissonsnous F Ariadne de la Lesché de Delphes2 ! Peut-être alors trouverions-nous dans l’œuvre de Polygnote et dans celle de Raphaël, non-seulement des formes identiques, mais la même noblesse de style et la même simplicité d’expression. Le Sanzio n’a donc point copié la statue du Belvédère. Après en avoir respiré la beauté, il a obéi à son propre sentiment, et il a dessiné une figure à laquelle le nom d’ Ariadne peut également s’appliquer. Les dieux l’ont découvert pour la montrer à Bacchus, et l’on voit, à travers son sommeil, les poétiques angoisses de son cœur. Peu importe
1. La draperie, dans la statue, comme dans le dessin, couvre une partie du pied gauche et n’en laisse voir que l'extrémité. Dans le marbre, on ne voit également que l’extrémité du pied droit, tandis que ce pied est complètement découvert dans le dessin. Les pieds enfin, chaussés dans la statue, sont nus dans la gravure.