LA FEMME EN MÉDITATION
Sibylle ou non, je ne puis résister au désir de citer encore cette jeune femme, qui, assise et tout entière enveloppée dans les plis austères d’un large manteau, la tête et la poitrine inclinées vers la terre, est absorbée et comme profondément endormie dans ses méditations. La simplicité se réunit à la grandeur dans cette petite figure. Le silence et le recueillement qui se font autour d’elle l’environnent d’une véritable majesté. Jamais l’art du dessin n’a placé la pensée humaine en présence de profondeurs plus sublimes. C’est cependant la nature, la nature elle-même, prise sur le fait et très -naïvement rendue; mais transformée par le génie du peintre et élevée spontanément à une singulière hauteur, cette image est digne d’être placée en regard du propre portrait du maître 1 2. C’est la même poésie dans la même pensée.
Le Sanzio, dans des dessins qu’une vie trop courte ne lui a pas permis de compléter par la peinture, mais qui sont déjà de véritables tableaux, va nous rappeler quelques-uns des grands traits épiques de l’antiquité.