Connubiis arvisque novis operata juventus
. • . subito quum tabida membris.
est le sujet développé dans le dessin de l’Urbinate.
Un dieu Terme, long et nu, monté sur un haut piédestal, coupe en deux le champ de la composition. Déjà dans ce pilier à tête humaine on voit un présage de mort. Les yeux fermés et éteints, les traits immobiles, calmes et graves, sont ceux de l’homme qui a souffert et que gagne le repos de la mort 4.
A droite, on pénètre dans l’intérieur d’une maison en deuil2. Un jeune homme, tenant une torche, vient compter le nombre des animaux qui ont succombé. U empêche un des moutons d’approcher de ceux qui sont morts. Un bœuf est couché, regardant les victimes avec tristesse. Il semble qu’on entend ses mugissements plaintifs, et l’on croit voir pleurer ses yeux. De cette cour jonchée de cadavres, on monte à une chambre, dans laquelle deux femmes voilées assistent de leurs soins le maître du logis, qui se meurt aussi. Un rayon du soleil levant pénètre par la fenêtre, et enveloppe de ses clartés les deux créatures charitables. Quant au malheureux étendu sur son lit, une ombre
Corrupto cœli trac tu, miserandaque venit Arboribusque satisque lues, et lethifer annus.
Linquebànt dulces animas , aut œgra trahebant Corpora; tum sterilis exurere Sirius agros;
Arebant herbæ, et victum seges ægra negabat.
(. En ., lib. III, v. 136.)
\. La tête barbue de ce Terme, fort belle dans la gravure, est effacée maintenant dans le dessin.
2. Une coupe verticale permet de voir à la fois ce qui se passe dans la cour et dans l’intérieur de la maison. C’est là une licence pittoresque que le génie seul peut se permettre.
LA PESTE
épaisse l’environne, en attendant l’ombre éternelle.
Dans 1 autre partie du dessin, le jour succède à la nuit, mais comme le deuil succède au deuil, pour montrer partout encore des scènes de désolation, pour ramener de nouvelles douleurs et de plus cruelles angoisses. Sui le premier plan, une femme, une mère est étendue morte. Son enfant est près d’elle, voulant se précipiter sur son sein glacé. Le père l’en écarte aussitôt, et forcé de se pencher vers ces deux chères créatures, dont l’une n’est plus et dont l’autre, à peine née, est menacée déjà, il couvre de sa main sa bouche et son nez pour se préserver de la contagion. Derrière ce gioupe, une femme plus âgee se détourne avec horreur. En face de la morte, un vieillard cache sa tête dans ses bras, et apporte dans ce mouvement l’accent de la douleur la plus poignante. Plus loin, un homme dans la force de l’âge fuit épouvanté. Enfin, au fond de ce lugubre tableau, la ville est morne et silencieuse. La mort l’a dépeuplée, bientôt la ruine va l’atteindre, et déjà des fûts de colonnes brisés gisent à terre au milieu des cadavres.
Plus on regarde ce dessin, plus l’esprit s’attache et plus le cœur s emeut, tant il y a de vérité dans la forme et de sincérité dans les intentions. Le sujet est horrible ; mais ainsi rendu, ce n’est pas l’horreur qu’il nous inspire, c est a la pitié qu il nous gagne. On ne saurait mieux rendre le navrant spectacle de la mort, quand elle frappe à la fois tout un peuple. Il est impossible de satisfaire plus complètement aux exigences de la
nature et au respect de la beauté. À côté de l’image de la mort, partout on retrouve l’enseignement des devoirs et l’expression des sentiments qui honorent la vie. L’animal compatit par instinct; l’humanité se dévoue par amour. Des femmes, presque des Sœurs, ne craignent pas de toucher un pestiféré; elles veulent, par leurs soins, lui charmer la mort, et déjà par la charité, elles font luire à ses yeux les splendeurs de l’éternité. Raphaël se retrouve avec son accent le plus ému dans cet enfant qui ne veut pas quitter sa mère; lui seul a su mettre autant de tendresse dans le cœur de l’enfance, autant de ferveur dans son regard, autant d’éloquence dans ses traits. Est- il rien de plus pathétique que ce vieillard accablé qui s’affaisse sous le poids du malheur?... A coup sûr le dessin du San zi o est au niveau de l’harmonieuse parole du poëte :
Linquebant dulces animas, aut ægra trahebant
Corpora . » .
Raphaël va maintenant puiser aux sources mêmes de la poésie grecque le motif d’un de ses plus beaux dessins.
LE JUGEMENT DE PARIS
LE JUGEMENT DE PARIS 1
Vasari dit que, peu de temps après la Lucrèce, Marc-Antoine grava le Jugement de Paris. Il y a là
Pour nous une erreur évidente, et pour la démontrer il suffit de jeter un regard sur l’œuvre de Raimoildi. Ce dessin, exécuté d une manière magistrale, montre Raphaël dans sa plus grande force, alors que l’antiquité lui était tout à fait familière; il a dû suivre le plus g1 and nombre des études dont nous avons parlé jusqu ici; il est certainement postérieur à la Gcilatée et
aux Sibylles de la Pace , et il a dû précéder de peu de temps les compositions relatives à la fable de Psyché. Ce qu’il y a de vrai dans Vasari, c’est l’admiration
qu excita 1 apparition de cette gravure, dont il s’est plu à énumérer les détails: l\e stupi tutta Iioma 2. Cherchons à nous rendre compte des beautés qui émurent ainsi la Ville éternelle. Cherchons aussi, par un retour vers 1 antiquité , à saisir la valeur de l’invention de Raphaël relativement aux nombreuses compositions antiques inconnues au xvie siècle, mais que la science moderne nous a rendues familières.
Aux noces de Thétis et de Pélée, les dieux étant