‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 79 sur 214 · L’ENLÈVEMENT D’HÉLÈNE · texte numérisé non relu

L’ENLÈVEMENT D’HÉLÈNE

Cette interprétation appartient à la Renaissance, et l’on cherche vainement dans les monuments antiques quelques traits de ressemblance avec la composition du Sanzio. On ne trouve nulle part aucune trace de violence. Partout, au contraire, on voit ce crime préparé, assisté, presque commis par les dieux, comme ces arrêts de l’antique fatalité, devant lesquels s’efface la liberté des hommes. C’est ainsi que, dans un bas-relief du musée Bourbon, à Naples, Vénus, assise à côté d’Hélène, discute avec elle les moindres circonstances du rapt, cherchant à la convaincre à force de caresses et de douces paroles. Et comme si la puissance de la déesse ne suffisait pas, la Persuasion ellemême, Pitho, coiffée du modius, s’impose au cœur passif de la femme. Quant à Paris, ce n’est pas non plus de son propre mouvement qu’il tente l’entreprise, c’est Cupidon qui l’entraîne1. — Ailleurs, sur un vase de marbre, on retrouve Hélène à côté de Vénus, qui la presse avec autorité. Assise sur le même trône qu’Aphrodite, la fille de Léda baisse humblement les yeux, et retient son peplus avec un air charmant de décence et de modestie. Paris, de son côté, s’avance, enchaîné par l’Amour, tandis que trois muses, Polymnie, enveloppée dans son ample vêtement, Euterpe

collection du duc de Devonshire, à Chatsworth. Ces différentes compositions laissent bien loin derrière elles la fresque que Jules Romain a exécutée dans le palais ducal à Mantoue!

1. Au-dessus de Vénus on lit A<i>poaith. Au-dessus d’Hélène eaenh. Au-dessus de la Persuasion rnen. Au-dessus de Paris AAE2ANAP02. — Winckelmann, Monum. ined., 113.

jouant de la double flûte, et Érato accompagnant ses chants amoureux des accents de sa lyre, sont là, toutes prêtes à célébrer l’adultère et à le proclamer avec éclat i. — Un autre bas-relief nous montre la scène de l’enlèvement, avec le même calme et la même passivité de la part des hommes, avec la même passion et la même activité de la part des dieux. Paris est assis et immobile à côté du vaisseau phrygien. Cupidon pousse doucement Hélène, qui ne résiste pas. Entre l’amante et l’amant Vénus tient une torche enflammée2... L’art de la Renaissance, malgré ses aspirations païennes, revendiquait pour l’homme plus de responsabilité, par conséquent plus d’indépendance 3.

Raphaël, enfin, a restitué, dans deux des plus beaux dessins qui se puissent voir, deux des plus célèbres tableaux de l’antiquité.

1. Tichbein, ûg. d’Homère, Iliade , II, 2. — ( Creuzer , pi. ccxxxi, fig. 753.)

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