‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 80 sur 214 · Creuzer, IV, pi. ccxxix, f · texte numérisé non relu

Creuzer, IV, pi. ccxxix, f

3. Parmi les compositions héroïques de Raphaël, je trouve encore l’indication d’un dessin qui fait partie de la collection de l’Institut des beaux-arts de Staedel, à Francfort-sur-Mein, et qui représente Timoclée devant Alexandre. J’ai fait un voyage spécial pour voir ce dessin, et je n’ai pu y parvenir. N’en connaissant, d’ailleurs ni photographie, ni gravure, je n’en puis parler.

LA CALOMNIE

LA CALOMNIE

L’ignorance et l’envie ont de tout temps trouvé un accès facile au milieu des cours; de tout temps aussi l’innocence et la vertu ont été victimes de la calomnie. Tel est le sujet du tableau d’ Apelle et du dessin de Raphaël 1.

Apelle, poussé par la tempête, aborde au port d’Alexandrie. Alexandre était mort, et Ptolémée, sans avoir pris encore le titre de roi, était tout-puissant en Égypte. Ptolémée n’aimait point Apelle, et Apelle sans doute le lui rendait. Apelle avait en outre des ennemis parmi les flatteurs de Ptolémée; un surtout, le peintre Antiphile 2, le haïssait mortellement. Reconnu bientôt, il fut traîtreusement attiré au palais à

L. Ce dessin est exécuté à la plume et lavé à la sépia. II appartient au musée du Louvre, et a beaucoup souffert par suite d’une trop longue exposition à la lumière.

2. Antiphile avait un esprit caustique et méchant. Il avait peint avec une tète de porc un certain Gryllos. D’où le nom de grylles donné à tout un genre de caricatures.

l’insu du maître, qui entra dans une grande colère en le voyant ainsi paraître subitement devant lui. Apelle prit un charbon, dessina sur le mur la figure de celui qui lui avait tendu ce piège grossier, et le coupable fut aussitôt reconnu. Apelle, pour se venger, peignit le tableau de la Calomnie, un de ces chefsd’œuvre dont la renommée troublait la Renaissance et excitait en elle une généreuse émulation. Lucien nous a laissé la description de ce tableau : « Sur la droite « de la composition est assis un homme à longues « oreilles, à peu près semblables à celles de Midas. Il « tend la main à la Délation qui s’avance. Près de « lui sont deux femmes, dont l’une est l’Ignorance et « l’autre le Soupçon. On voit la Calomnie arriver sous « la forme d’une femme parfaitement belle. Son vite sage est enflammé. Elle paraît violemment agitée et « transportée de colère. D’une main, elle tient une « torche ardente ; de l’autre, elle traîne par les che- « veux un jeune homme qui lève les mains au ciel. Un « homme pâle et défiguré la conduit et la guide. Son « regard sombre et fixe, sa maigreur extrême le font « ressembler à ces malades exténués par une longue « abstinence. On le reconnaît aisément pour l’Envie. « Deux autres femmes accompagnent aussi la Déla- « tion, l’encouragent, arrangent ses vêtements et pren- « nent soin de sa parure. L’une est la Fourberie, l’autre u la Perfidie. Elles sont suivies de loin par une femme « dont le vêtement noir et déchiré, dont la douleur « annoncent le Repentir. Elle détourne la tête, verse

LA CALOMNIE

« des larmes, regarde en arrière et voit avec confu- « sion la tardive Vérité qui s’avance1. »

Le dessin de Raphaël est la traduction tellement exacte du texte grec, qu’on croirait que c’est ce dessin même qui a servi de modèle à la description de Lucien.

La Crédulité est assise sur un trône de marbre. Elle se penche en avant et étend avec empressement la main droite vers la Calomnie. La main gauche tient le sceptre royal. C’est la sottise, armée du souverain pouvoir, la pire et la plus humiliante de toutes les tyrannies. Ses traits expriment la faiblesse, voisine de la stupidité, la joie niaise et cruelle d’un esprit borné qui, dans le mensonge, croit voir la vérité. Il cède et plie sans résistance sous le souffle des insinuations perfides. Il est vrai que les grandes oreilles de Midas permettent à l’erreur de pénétrer avec facilité dans ce crâne sans cervelle. A ses côtés se tiennent ses deux conseillers intimes, l’Ignorance à sa droite et le Soupçon à sa gauche. L’Ignorance se montre sous les dehors épais d’une femme dont l’embonpoint a quelque chose de triste et de malsain : dans cette figure, qu’on voit de face, on reconnaît encore des traces de beauté; mais le regard a perdu son intelligence et sa flamme, la matière a tout envahi, et dans cette lourde tête il ne reste plus de place que pour la méchanceté. Le Soupçon s’avance en rampant près du trône, l’enveloppe

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