‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 8 sur 214 · I . Bartsch, t. XIV, n · texte numérisé non relu

I . Bartsch, t. XIV, n

LUCRÈCE

a ses conceptions1. » Dans ce dessin, Raphaël, exalté par le souffle de l’antiquité, oubliant d’ailleurs tout modèle et se confiant à sa propre inspiration, s’est élevé jusqu’au sublime. Lucrèce, debout sous un portique ouvert sur la campagne, va chercher dans la mort un refuge contre la honte, une consolation suprême à son déshonneur. On lit à côté cette inscription grecque : AME1NON AI1O0H2KEIN H AI2XPOS ZEN, « il est préférable de mourir que de vivre désho- « noré. » Rien de touchant comme ce sacrifice volontaire. Tout semble inviter la jeune femme à vivre : l’élégance, la beauté, la jeunesse qui la parent, la grandeur qui l’entoure, et jusqu’à l’air pur qui l’environne, en l’enveloppant de tous les parfums de la terre et des cieux. Cependant elle veut mourir. « Nous « vivons un jour. Qu’est-ce que vivre? Qu’est-ce que « ne pas vivre? L’homme est le songe d’une ombre2. » La tête de Lucrèce se penche comme une fleur qui, avant de se flétrir, s’incline avec mélancolie sur sa tige encore solide et droite. Ses yeux se ferment, et semblent près de s’éteindre. Ses traits, que couvrent déjà les ombres de la mort, expriment une immense dou-

1. De ce que la Lucrèce a fourni à Marc-Antoine le sujet de la première gravure qu’il ait faite d’après Raphaël, il faut se garder d’en conclure que Raphaël ne dessina pas, d’après l’antique ou en s’inspirant de l’antique, bien d’autres figures avant celle-ci. D’ailleurs, je le répète encore une fois pour n’avoir plus à y revenir, nous ne nous préoccupons pas, dans cette étude, de l’époque à attribuer à telle ou telle gravure.

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