Passavant, t. II, p
devait lui donner la mort, Vénus accourut pour secourir son amant, et, dans sa précipitation, se blessa aux épines qui se trouvèrent sous ses pas. Quelques gouttes de ce sang divin tombèrent sur des roses, qui, de blanches qu’elles étaient, devinrent rouges. Suivant une autre légende , « Vénus versa autant de larmes « qu’ Adonis répandit de sang. Du sang naquirent les « roses, et les larmes engendrèrent les anémones1. »
Ces quatre tableaux revêtent assurément des formes païennes, mais la grâce qui les pare appartient au sentiment moderne. Les idées qu’ils font naître ne sont pas des idées voluptueuses. Ces nobles figures nous élèvent autant qu’elles nous séduisent; loin d’énerver, elles fortifient, car elles font naître à chaque instant la notion d’une beauté supérieure; loin d’exciter les instincts vulgaires, elles n’apportent que des pensées douces , calmes , riantes et fraîches. La notion incomplète qu’on en peut prendre par les dessins et par les gravures suffit déjà pour convaincre de cette vérité, qui se trouve d’ailleurs démontrée avec la dernière évidence par l’étude des reproductions faites d’après les trois autres tableaux. Dans ces dernières peintures en effet Jules Piomain est loin de se tenir à la hauteur de son maître. Il faut la puissance du génie
1. Bion, id. T, 64. — Cette composition a été souvent reproduite et quelquefois transformée par des imitateurs de Raphaël. C’est ainsi que dans un tableau à l’huile qui se trouve à Manheim , on voit Vénus chaussant son pied d’une sandale (Landon, n° 171), et qu’ailleurs, la même figure semble sortir du bain et essuie son pied encore humide.
pour rehausser de pareils sujets au point de les rendre chastes, le talent n’y suffit pas. C’est cette pudeur instinctive^ c’est cette délicatesse innée qui manquent au Pippi. Dès lors il lui est presque impossible de s’aventurer dans le domaine de la Fable, sans dépasser certaines limites rigoureuses au delà desquelles le goût se perd. S’il nous fait voir Pan et Syrinx, il présente la nymphe sous des formes trop réelles, vaquant à des soins prosaïques, ou plutôt s’en occupant d’une manière trop vulgaire. Raphaël nous charme lorsqu il nous montre Vénus essuyant ses pieds humides1, tandis que Jules Romain nous met mal à l’aise en présence de Syrinx peignant ses longs cheveux2. — Plus loin, estce bien Vénus qui est couchée dans les bras d’ Adonis 3? On a vu tour à tour, et avec autant de raison, dans ce tableau, Ariadne et Bacchus, Angélique et Médor... ou plutôt cette composition n’a aucun sens élevé. Ce n’est pas de la poésie, c’est de la prose; c’est une jeune femme, n’importe laquelle, dont la tête repose amoureusement sur les genoux d’un jeune homme. A ces caresses il manque la tenue. Un semblable dessin est attrayant sans doute, mais ne fait songer à rien de grand. — Quant à la dernière peinture qui représente la naissance d’Érechthée 4, la gravure que nous en con-