Voir le Cantique des Cantiques, par M. Renan
tifïcation de l’amour. Toutes les deux sont saisies et comme enveloppées par un souffle divin, qui les sépare du monde matériel , pour les ramener et les réunir à leur essence originelle, qui est Dieu. Si ces héroïnes ont quelque chose de profane, elles n’ont assurément rien de frivole; et si la forme de ces livres n’a pas les raffinements du sentiment moderne, l’esprit qui les a inspirés est souverainement sain.
Psyché est donc la personnification de Y Ame*. Comme la Phalène elle est venue brûler ses ailes à la flamme de la science défendue : elle a failli, et aussitôt, tombant des hauteurs où l’Amour l’avait comblée de ses dons, elle est devenue l’esclave du corps, misérablement enchaînée à la terre, soumise à l’erreur, aux passions et à tous les maux de l’humanité. Mais elle se relève par le sacrifice , elle fléchit le courroux de Vénus,' et l’Amour, lui rouvrant ses bras, la présente aux dieux, comme sa belle et pure fiancée.
Telle est la conception morale, tels sont les éléments d’art et de poésie que Raphaël trouvait dans la Fable, et auxquels il allait ajouter ce que la mythologie ne connut jamais, la sainte ardeur de l’inspiration chrétienne. Rien n’était plus conforme aux exigences de la métaphysique chrétienne que cette
1. Elle est la plus jeune de ses sœurs, parce que le corps existe avant que lame lui soit donnée; elle est la plus belle, parce que [’âme est toujours supérieure à la chair et que ses sœurs représentent les appétits grossiers. Vénus la hait, et pour la perdre elle lui envoie l’Amour, mais celui-ci contracte avec elle une alliance éternelle.
PSYCHÉ
allégorie païenne. L’accord s’établissait sans peine entre les différentes doctrines sur l’origine du mal, sur l’expiation, sur le sacrifice et surles destinées de l’âme. Aucun sujet ne pouvait être mieux choisi par le représentant suprême de la Renaissance italienne, pour fixer le sens intime de cette grande époque, l’alliance définitive de l’esprit moderne avec l’esprit antique. Vivement, pénétré de ce qu’il y a d’universel dans le mythe de Psyché, Raphaël concentra toutes ses forces pour découvrir la forme dont le génie grec avait dû revêtir ce mélange sublime de raison et d’imagination, et il parvint à exprimer avec une mâle élégance la
vérité qui est de tous les temps. Il s’affranchit des
détails romanesques qui encombrent le récit du rhéteur africain et, s’élevant tout à coup jusqu’aux sources de la poésie, il retrouva la noble simplicité des lignes primitives de la Fable.
1. Voir, pour les détails de la Fable, détails que Raphaël s’était attaché d’abord à traduire d’une façon très-intime, notre Appendice, lettre B.
Les fresques de Raphaël sont peintes dans le vestibule, aujourd’hui fermé, jadis ouvert en forme de Loggia , qui commande, au rez-de-chaussée, l’entrée du palais de la Farnésine. Ce vestibule est formé, nous l’avons dit1, par un portique composé de cinq arcades, dont le plafond est relié aux colonnes et aux pilastres au moyen d’arcs et de voussures légèrement cintrés. Trois sortes d’espaces étaient donc à la disposition du peintre : les lunettes des arcs, les retombées de ces arcs ou pendentifs, et le plafond. Les pendentifs, au nombre de dix, en forme de triangles sphériques, furent consacrés à la fable de Psyché2; le plafond, divisé en deux vastes champs rectangulaires, fut réservé aux deux grandes compositions qui célèbrent la conclusion de la fable; enfin les lunettes des arcs, au nombre de quatorze, reçurent les allégories relatives au triomphe de l’Amour.
\ . Voir tome I, page 269.
2. La base de chacun de ces triangles sphériques se trouve au sommet de chacune des fresques, tandis que l’angle opposé forme la base du tableau. Toutes les figures peintes sur ces pendentifs sont plus grandes que nature.
PSYCHÉ