VÉNUS DÉSIGNE PSYCHÉ AUX PERSÉCUTIONS DE L’AMOUR
Vénus, assise sur un léger nuage, le bras gauche tendu en avant, le regard abaissé vers la terre, attire son fils vers elle et lui montre la victime contre laquelle il devra diriger ses traits... L’antiquité, à travers la communauté de vices qu’elle eut avec ses dieux, est perpétuellement sous le coup du ressentiment de la divinité. Les héros sont sans cesse en butte à la haine des dieux. Toutes les colères de l’Olympe sont déchaînées contre les guerriers de l’Iliade ; la colère de Neptune s’acharne après Ulysse dans l’Odyssée; la colère de Junon poursuit Énée dans l’ Enéide ; sur l’ordre de Latone, Apollon et Diane massacrent les enfants de Niobé; Minerve fait surgir un serpent qui étouffe Laocoon et ses fils; Psyché enfin, pour le seul crime de sa beauté, excite au plus haut point le courroux de Vénus.
. Tantæne animis cœlestibus iræ.
Toujours la vengeance divine écrase la pauvre humanité.
La figure de Vénus, sœva mater cupidinum, est entièrement nue 4, vue de profil et tournée vers la gauche. La tête, régulière et froide, exprime la hauteur d’une déesse, qui, pour triompher n’a qu’à vouloir. L’œil plonge sur la terre, et regarde avec une fixité terrible. Les cheveux ramenés en nattes depuis le haut du front jusqu’au sommet de la tête, se dressent comme une flamme menaçante. Une longue écharpe jaune flotte en arrière et s’arrondit en forme de voile.
Cupidon n’est pas ici le sœvus amor, implacable et prêt à servir la vengeance des dieux. Debçut à côté de sa mère, il apparaît sous les traits charmants de la première adolescence1 2. Armé d’une flèche qu’il va lancer de la main droite, et les ailes déjà à demi déployées, il aperçoit la victime qu’il doit poursuivre. Une douce sympathie illumine aussitôt son visage, et dans son regard attendri semble se refléter la beauté de Psyché. Sur le point de frapper, il hésite et s’arrête. Cette lutte intérieure, qui partage l’Amour entre l’obéissance qu’il doit à sa mère et l’entraînement qui le porte vers Psyché, est parfaitement rendue. S’il fallait chercher à cet Eros un point de comparaison avec les marbres antiques, c’est le groupe fameux du Capitole qu’il convicn-
1 . Presque toutes les figures de ces fresques étant nues, nous'éviterons de le répéter pour chacune, d’elles; nous nous contenterons, quand il se rencontrera quelques draperies, de mentionner leur arrangement.
2. Ses blonds cheveux bouclés sont également tressés en nattes sur le sommet de sa tète.
PSYCHÉ
drait de regarder 1 . Il y a de part et d’autre la même fraîcheur, la même tendresse et la même élégance. Mais le Cupidon de Raphaël a en outre quelque chose de l’archange et du chérubin, et cela est du pur domaine de l’art chrétien.
Ce tableau exprime naïvement et avec clarté des sentiments opposés. Vénus parle avec autorité; l’Amour écoute attentif, et* prêt à obéir, s’arrête avec émotion. Ces deux figures, sans être exclusivement animées de l’esprit de l’antiquité, ne seraient pas déplacées au milieu de cette multitude de dieux et de héros qui, dans un nuage d’or, dominaient la société grecque. Elles traduisent sans effort les légendes à travers lesquelles le génie poétique des Hellènes cachait les symboles de la religion, et rappellent les fictions dont s’enivra l'imagination des peuples à l’aurore de la civilisation antique2.
Jules Romain, Francesco Penni et Raffaellino del Colle paraissent avoir concouru surtout à l’exécution des fresques de Psyché. On a cité aussi Gaudenzio Ferrari. Il faudrait peut-être encore mentionner plusieurs autres artistes3. Mais Raphaël lui-même doit toujours être nommé le premier en présence de ces pendentifs. Chaque