CHAPITRE IV
r.s pointures exécutées par RaphaOl dans la villa d'Augustin Chigi, la première est la fresque (•(■'lèbre intitulée Le Triomphe de Galatfe, dans la i^rande salle du rez-de-chaussée. La fresque, selon l'usage, ne porte point de date. Mais cette date est fixée par une lettre de Raphaël lui-même à son ami Balthazar Castiglione. Cette lettre a été bien souvent citée ; elle est néanmoins trop importante, et au point de vue de ce travail et pour ce qu'elle nous révèle du génie de l'artiste, pour que nous ne soyons pas excusé de la reproduire à notre tour. En voici la traduction :
« Seigneur Comte,
« J'ai fait des dessins de plus d'une sorte sur les sujets proposés par votre Seigneurie, et tous ceux qui les ont vus ici sont satisfaits, si tous ne sont pas pour moi des flatteurs ; mais je ne satisfais point mon propre jugement, parce que je crains de ne pas satisfaire le vôtre. Je vous les envoie. Que votre Seigneurie fasse choix de l'un d'entre eux, si quelqu'un est jugé par elle digne d'être choisi.
(i Notre Saint-Père, en voulant m'honorer, m'a mis un lourd fardeau sur les épaules : c'est le soin de la construction de Saint-Pierre. J'espère bien ne pas tomber sous la charge, d'autant plus que le modèle que j'ai fait plaît à Sa Sainteté et est loué par beaucoup de beaux esprits ; mais ma pensée à moi va plus haut encore : je voudrais retrouver les belles formes des édifices antiques, et je ne sais si mon entreprise ne sera pas le vol d'Icare. Vitruve m'apporte sur ce point une grande lumière, mais non autant qu'il faudrait.
« Quant à la Galatêe, je me tiendrais un grand maître s'il s'y trouvait la moitié des choses que votre Seigneurie m'écrit. Mais dans ses paroles je reconnais l'amour qu'elle me porte, et je lui dis que pour peindre une belle femme il me faudrait voir plusieurs belles, en ajoutant cette condition que votre Seigneurie se trouvât auprès de moi pour faire choix du mieux ; mais, privé que je suis et de bons juges et de belles femmes, je me sers de certaine idée qui me vient à l'esprit ; si cette idée a en elle quelque excellence au point de vue de l'art, c'est ce que j'ignore, mais je me donne beaucoup de peine pour l'avoir.
(i Je me recommande à votre Seigneurie.
RAPiiAiiL Sanzio'.
<i Db Domc. »
^ . Voici lo texte même do la letlie : « Signor Conic,
« Ho fatto disegni in piu manière sopra l'invenzioni di V. S. e soddisfaccio a tutti, se tutti non mi sono adulatori ; ma non soddisfaccio al mio giudicio, perche tomo di non soddisfaro al vostro. Ve gli mando. Vossignoria faccia eletto d'alcuno, se alcuno sara da loi estimato degno. Nostro Signore con l'onorarmi, mi ha mosso un gran peso sopra le spallc. Queslo è la cura délia fabrica di S. Piotro Sperobenedi non cadervici solto; c tanto più, quanto il modello ch'io no ho fatto piace a Sua Sanlita, ed è lodato da molti belli ingegni ; ma io mi levo col pensiero più alto. Vorrei trovar le belle forme degli e'iifizi antichi, ne so se il voio sarà d'Icaro. Me ne porge una gran luce Vitruvio, ma non tanto che basti.
« Délia Galatea mi terrei un gran maestro, se vi fosscro la meta délie tante cose che V. S. mi scrive : ma nolle sue parole riconosco l'araore che mi porta e le dico cbe
Bramante était mort au mois de mars 151ii, peu de temps après l'avrnement de LéonX. Ce fut alors que le successeur de Jules II mit « sur les épaules de Raphaël », selon l'expression de celui-ci, ce nouveau fardeau sous lequel il craint de plier, de diriger les travaux do la reconstruction de Saint-Pierre. Nous voyons qu'il a déjà fait des dessins, soumis des plans. Tout cela a dû lui prendre plusieurs semaines, plusieurs mois peut-être. Les fonctions que l'on peut le moins négliger sont les fonctions nouvelles, et l' amour-propre de Raphaël ne résiste pas au plaisir d'apprendre à son illustre ami que les plans proposés par lui ont satisfait sa Sainteté et ont été loués par les juges les plus délicats, bien qu'il ait l'ambition de faire mieux encore.
Nous avons ainsi la date de la lettre de Raphaël. En la supposant datée de la fin du printemps ou de l'été de 1514, nous ne risquons pas de nous tromper de beaucoup.
La lettre nous apprend en même temps que Raphaël a déjà envoyé à Balthazar Castiglione le dessin de sa Galatée, et que celui-ci s'en déclare enchanté. La composition première remonte donc jusqu'avant la mort de Bramante, au mois de janvier ou de février 15IZi au plus tard. Mais au moment où il écrit, la fresque est-elle exécutée ? Le carton même de la grandeur de l'original est-il achevé ? Évidemment non ; sur ce point, à notre avis, il ne saurait y avoir doute. La lettre de Raphaël est celle d'un homme tout entier au travail de la création, qui cherche encore et n'est pas satisfait. 11 poursuit l'idéale beauté : faute de conseils en qui il ait pleine confiance, faute aussi de modèles suffisants, il s'efforce de retrouver dans sa mémoire les formes pures dont la nature, ici ou là, a pu lui offrir le spectacle et dont l'image est demeurée en lui ; il voudrait que
per dipingere una bella mi bisognera veder più belle, con questa condizione che V. S. si trovasse moco a fare scella del meglio. Ma essendo careslia e di buoni giudici o di belle donne, io mi servo di certa idea che mi viene alla mente. Se quesla ha in se alcuna excellenza di artc, io non so, ben m'affatico d'averla. V. S. mi commandi.
Rafpaello Sanzio.
« Di Roma. «
LE THIOiMPlIE Dli GALATEE. 63
Gastiglione fût là pour le guider, lui qui est si fin connaisseur en fait de beauté. Si donc la première esquisse de la Galatée doit être reportée au commencement de l'année Iblli, c'est dans la seconde moitié de cette année seulement que la fresque a pu être exécutée ; et si l'on songe de combien de travaux Raphaël est alors accablé, — travaux auxquels ajoutent sans cesse les caprices et les fantaisies d'un nouveau pape qu'il faut d'abord contenter — peut-être a-t-il alors attendu assez longtemps le loisir dont il avait besoin pour mener son œuvre à bien. Fallùt-il reporter jusqu'à l'année 1515 l'achèvement du carton et la peinture de la Galatée, il n'y aurait là rien de très étonnant. Ce qui est certain, c'est que l'ouvrage, une fois commencé, a été mené avec une singulière rapidité. On sait quels sont les procédés de la fresque, et comment ce genre de peinture ne peut être exécuté que sur un enduit frais, déposé le matin même. M. Miintz, s'aidant d'une échelle, a pu distinguer les lignes du travail successif, et faire la part de l'œuvre de chaque journée ; il a ainsi établi que la Galatée, telle que nous la voyons, a été toute entière peinte en dix-sept jours. C'était un fier abatteur de besogne, un artiste doublé d'un intrépide ouvrier que l'homme capable d'un tel effort !
Et maintenant que nous avons fixé la date de l'ouvrage, qu'était-ce que ce sujet de Galatée que Raphaël se chargeait d'illustrer et auquel il allait rendre l'éternelle jeunesse ? Un vieux sujet, et non parmi les plus illustres de la mythologie grecque.
Le jour où la race aryenne, dans ce mouvement lointain de migration qui l'entramait vers l'Occident, et du centre de l'Asie la poussait vers l'Europe, atteignit l'extrémité de l'Asie Mineure, elle avait eu soudain comme une révélation nouvelle.
Son génie naturel lui avait, dès son premier éveil, fait voir dans les phénomènes physiques, dans les forces de la nature, tantôt bienfaisants,
6^ RAPHAËL ET LA FARNl'SINE.
tantôt redoutables, surpassant en puissance l'énergie humaine, l'intervention d'êtres supérieurs, les uns bons, les autres méchants, en lutte incessante les uns avec les autres. Au-dessus de l'humanité, pour expliquer le spectacle du monde, elle avait créé les dieux.
Entre tous les phénomènes, un, dès l'origine, l'avait particulièrement frappée, celui qui remplit de terreur les animaux eux-mêmes : l'orage avec ses noirs nuages qui voilent le soleil, avec les sillons éblouissants de la foudre, avec les roulements effroyables du tonnerre, avec les trombes d'eau versées sur le sol. L'orage devint vite le formidable duel entre la puissance de la lumière et celle de la nuit, entre le génie du bien et celui du mal, duel où la victoire, en dernier résultat, demeurait toujours au génie du bien, à la puissance de la lumière. Toute la mythologie primitive est là. Le dieu de la lumière pourra changer de nom et s'appeler Zeus ou Jupiter au lieu de s'appeler Indra; il demeurera le Dieu souverain, celui qui manie la foudre.
L'orage est le grand spectacle des continents. Lorsque la race aryenne arriva aux limites de l'Asie, elle en ^it un autre tout nouveau, non moins saisissant : elle vit la mer ; la mer qui l'arrêtait comme un obstacle en apparence infranchissable, qui pourtant l'invitait à le franchir, lui montrant, par delà les flots profonds, des îles riches, heureuses, verdoyantes, qui faisaient comme une ceinture à la riante lonie. La jeune imagination aryenne, toute vive et fraîche, entra aussitôt en travail. Elle anima la mer comme elle avait animé le ciel et la terre. Elle enfanta le peuple innombrable des dieux de la mer, s'enchantant elle-même de ses poétiques visions.
On n'a pas assez marqué, peut-être, la part de cette vue de la mer dans le caractère de la mythologie grecque. L'Orient avait connu surtout des dieux difformes et monstrueux ; les dieux de la Grèce sont des dieux sereins, rayonnants de l'immortelle beauté. C'est la mer d'Ionie surtout qui les a faits tels.
L'orage n'est que menaçant et terrible : la mer est belle d'une inexprimable harmonie. Non point la mer telle que le Nord la connaît, telle que l'Océan la montre, avec ses eaux d'un vert pâle, ses vagues ou
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TÎAphaël Sanzio pmx
T. de Mare se
MERCURE CONDUIT PSYCHE DANS L'OLYMPE Fresque du Palais de la Famesine.àRome)
Gazette des Beaux-Arts
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plaintives ou rugissantes qui viennent, toujours courroucées, battre le pied des falaises, la mer pleine de dangers et de menaces, ennemie des hommes, sans cesse en proie aux tempêtes : celle-là est la mer terrible qui n'inspire guère que de sombres légendes aux marins, ses rudes laboureurs. Tout autre est la mer bleue de l'Arcbipel. Ce n'est pas qu'elle aussi n'ait parfois d'effroyables colères et n'engloutisse dans ses vagues les imprudents qui se sont fiés à elle : et les dieux de la mer garderont toujours en eux quelque chose de mobile, d'inquiétant et de perfide. Mais les colères sont rares sur la mer d'Ionie. Ce qu'elle est à l'ordinaire, c'est la mer calme qu'un souille ride à peine. Elle vient avec un bruit de baisers caresser amoureusement le sable du rivage : elle est la mer joyeuse sur laquelle volent les mouettes rapides poussant leurs cris aigus, où se jouent les dauphins. Elle est la mer amie de l'humanité, qui porte sans effort, où elle veut aller, la barque légère poussée par la brise ; elle est surtout la mer belle à voir, merveilleux saphir liquide, limpide et transparent, où se reflète le ciel, où se mirent les rivages : l'incomparable enchanteresse qui attire et retient les yeux, livrant l'esprit aux rêves souriants qu'elle berce de son léger mouvement et de son doux munnure. Elle révèle aux hommes la beauté en leur montrant l'harmonie. Ce furent des dieux beaux et de belles déesses que les êtres dont le génie grec peupla la mer d'Ionie, qu'il imagina se promenant sur les flots lumineux dont une écume, semblable à une dentelle, blanchit la cime, escortés des tritons et traînés sur leur char par les dauphins joyeux.
Ainsi l'on vit des flots bleus surgir la blonde Aphrodite, tordant ses cheveux et venant prendre possession de la terre; ainsi apparurent, à côté du vieux Nérée, Poséidon, le maître de la mer, devenu bientôt le frère même de Zeus, et Amphitrite, sa compagne, et Palémon, et Prêtée, et autour d'eux l'innombrable cortège des belles Néréides.
Au temps d'Homère, Galatôe n'est encore qu'une des innombrables Néréides, filles de Nérée et de Doris, l'une des plus belles seulement , Galatée blanche comme le lait, ainsi que l'indique son nom, la très illustre, ou, comme nous dirions dans la langue moderne, la triomphante Galatée, «yaxXeir/i TaXaTsta.
11 faut maintenant descendre plusieurs siècles avant que la poésie nous en apprenne davantage sur Galatée, arriver jusqu'aux poètes siciliens, jusqu'aux Idylles de Théocrite. Elle est soriie maintenant de la foule des Néréides ; elle a quitté l'archipel ionien pour la mer de Sicile ; elle a son histoire à elle, ou, si l'on aimo mieux, sa légende. Elle est aimée du cyclope Polyphème.
Deux fois Théocrite nous entretient de ces amours, dans la sixième idylle et dans la onzième.
Dans la onzième, le Cyclope aime, et il est rebuté,- il porte dans son cœur, dans son « foie », dit le poète sicilien, la profonde blessure que lui a faite Véims. Assis sur un rocher au bord de la mer, s'accompagnant de la syrinx, il chante son amour, essayant de fléchir par ses prières l'orgueilleuse beauté, ou du moins de se consoler lui-même par ses chants. Galatée est plus blanche que le lait pressé, plus douce qu'un agneau, plus âpre aussi pour lui que le verjus. Elle lui a pris son âme depuis le jour où elle est venue sur la monlagne, en compagnie de sa mère à lui, cueillir l'hyacinthe en fleur : c'était lui qui leur servait de guide. Pourquoi le ropousse-t-elle ? Parce que son visage n'a qu'un œil, parce qu'un large sourcil traverse son front d'une tempe à l'autre, parce qu'il est velu. Mais il a des brebis sans nombre, des claies toujours chargées de fromages, un antre où il fait doux l'hiver et frais l'été. 11 a pour Galatée pris dans le bois onze chevrettes pleines et dans la montagne quatre oursons. Ces preuves de son amour ne la fléchiront-elles point ? Et tantôt il se lamente, tantôt il supplie, tantôt il s'emporte. 11 voudrait savoir nager pour aller chercher Galatée parmi les ondes. 11 s'en veut de ne pouvoir se détacher d'elle. 11 essaye d'exciter sa jalousie. Galatée n'est point seule au monde ; il est d'autres Galatées et peut-être plus belles encore. Toutes les filles ne le dédaignent pas, beaucoup même le provoquent. — Toute l'idylle en sa mélancolie est pleine de passion sincère et profonde, d'un sentiment intime et pénétrant, d'un charme exquis.
Les mythographes ont cherché et trouvé bien des raisons savantes pour expHquer cette légende du Cyclopo épris de la belle Néréide. Peutêtre n'était-il pas besoin de regarder ailleurs que dans le cœur humain.
L'adoration de Polyphème pour Galatée, c'est l'éternelle et douloureuse histoire de l'amour qui n'est pas payé de retour. La laideur n'empêche ni le cœur de battre ni l'œil d'être conquis par l'apparition de la beauté. Polyphème aime Galatée comme plus tard le diflbrme Quasimodo aimera la Esméralda : mais la beauté fuit la laideur ; ce n'est point Quasimodo qu'aimera Esméralda, mais bien le bellâtre Phœbus : si Galatée aime, elle aussi, ce n'est point Polyphème qu'elle aime : le monstre lui fait horreur.
Le sujet de la sixième idylle est un peu différent de celui de la onzième. Rien ne nous dit ici que Galatée ait été touchée par l'amour du Cyclope ; mais elle est coquette, doublement coquette, comme une femme, comme une fille de la mer qu'elle est. Elle ne répond pas à l'amour de Polyphème, mais elle ne voudrait point qu'il l'oubliât. Nul hommage n'est indifférent à la coquetterie. Quelqu'un interroge Polyphème. N'a-t-il point vu, tandis qu'il jouait de la syrinx, Galatée lancer une pomme à son troupeau ? Ne l'a-t-il pas vue ensuite lancer une seconde pomme à son chien qui a couru en aboyant vers la mer, tandis qu'elle glissait, légère et provocante, au bord des Ilots ? Et Polyphème répond : « Oui, certes ; il a aperçu tous les manèges de la coquette, mais il a feint de ne les pas voir. 11 Tadore toujours et donnerait pour elle et sa vie et son œil unique, sa joie suprême ; mais il a appris à la connaître : qu'il la recherche, elle le fuira ; qu'il la dédaigne, c'est elle qui le recherchera. Il s'est regardé naguère dans les flots quand la mer était calme ; il ne s'est pas trouvé laid; il forcera bien Galatée, par son indifférence affectée, à venir un jour jusqu'à lui ! » Ce n'est plus ici, on le voit, la plainte douloureuse de l'amour non partagé. C'est l'éternelle et souriante comédie de l'homme et de la femme, vieille comme le monde et toujours jeune comme lui.
Rien de plus dans Théocrite. Mais bientôt la légende sicilienne des amours de Polyphème et de Galatée se complète ; elle va se terminer par un dénouement sanglant. Galatée ne faisait que se moquer du Cyclope, même lorsqu'elle le provoquait ; son amoureux, c'était le bel Acis. Polyphème les a surpris, et son amour repoussé se change en fureur ; la bête fouve, un mo-
ment apprivoisée, se réveille en lui. 11 a saisi un rocher dans ses mains terribles, il l'a lancé sur les deux amants. Contre l'immortelle Galatée il ne peut rien ; mais Acis n'a pu fuir à temps ; écrasé sous le rocher, son sang rougit la mer. Tout ce que peut obtenir pour lui sa divine amante, c'est qu'il soit changé en un fleuve qui gardera son nom. Telle est la légende finale que du temps d'Auguste recueillera Ovide dans ces Mélamorphoses où tant de légendes ont été célébrées par le plus habile des versificateurs et le plus surfait des poètes. Lucien, au temps des Antonins, allait bientôt à son tour faire des amours de Galatée un de ces dialogues où se joue son bel esprit ^
La légende de Galatée fut l'un des sujets favoris de l'art campanien durant la période gréco-romaine. On l'a retrouvée en de nombreux exemplaires sur les murailles des maisons de Pompéi, d'IIerculanum et de Stables ; on l'a retrouvée, plus récemment encore, dans cette coquette maison du Palatin baptisée du nom de la maison de Livie. Le sujet allait admirablement au goût d'un temps élégant et ralTnu'', qui avait perdu le sentiment profond do la poésie antique et des mythes religieux. La mer et le ciel au milieu d'un paysage de rochers, la belle Galatée se jouant parmi les flots , et en face de sa beauté le contraste du Cyclope difforme et velu; les coquetteries de la Kéréide et les fureurs du monstre : quel thème plus piquant pour la peinture de genre ? quelle représentation plus agréable à voir pour d'élégants épicuriens qui faisaient du plaisir cl de l'admiration de la forme le fond même d'une vie que de fiers elTorls ne pouvaient plus occuper ? Galatée , Acis , Polyphème inspirèrent nombre de peintres renommés, et sans doute parmi les plus illustres d'alors.
Est-ce une galerie de tableaux réelle ou une galerie imaginaire qu'a décrite le rhéteur Philostrate à la fin du second siècle de l'ère chrétienne, sous le nom de galerie d'un amateur de Néapolis ? On pourra là-dessus discuter longtemps encore. S'il s'agit d'une galerie imaginaire, les descriptions sont tout au moins d'une précision singulière. Dans cette galerie